Hôtel de ville de Montréal-Est (pĥoto courtoisie Ville de Montréal-Est).

TERRAINS D’ESSO : LA VILLE DE MONTRÉAL-EST DÉCIDERA DES USAGES

Réagissant à la nouvelle publiée hier sur EST MÉDIA Montréal concernant la vente des terrains d’ESSO, la mairesse de la Ville de Montréal-Est, Anne St-Laurent, a tenu à rappeler que le développement de ces quelque 13 millions de pi2 appartient à sa ville, et non à la Ville de Montréal. Il est vrai que les terrains de la pétrolière sont sur le territoire de la ville liée, malgré qu’ils fassent aussi partie du grand parc industriel de l’est de Montréal appelé depuis peu SIPI (Secteur industriel de la Pointe-de-l’Île) qui regroupe des parcelles d’Anjou, de Pointe-aux-Trembles et de Montréal-Est. C’est ce secteur industriel qui est particulièrement dans la mire de la Ville Centre (Montréal) et de Québec pour la revitalisation économique de l’est de Montréal entamée depuis 2018.

« 65 % des terrains disponibles dans le SIPI sont sur le territoire de Montréal-Est, dont les terrains d’ESSO. Bon, quand on parle du développement du SIPI dans son ensemble, je veux bien qu’on parle de vision ou de stratégie commune, mais quand on parle strictement des terrains d’ESSO, ou du Groupe C. Laganière, ou de 40netZéro, ça c’est le territoire de la Ville de Montréal-Est. C’est important de faire la distinction. L’usage de ces terrains appartient totalement à la Ville de Montréal-Est, l’agglomération de Montréal ne peut pas intervenir au niveau des usages », a exprimé Mme St-Laurent d’entrée de jeu.

Anne St-Laurent, mairesse de la Ville de Montréal-Est (photo courtoisie).

La nouvelle mairesse, élue en novembre dernier, semble irritée par une certaine perception de mainmise publique de la Ville de Montréal et de Québec dans le plan de revitalisation envisagé par les autorités, surtout lorsque les projets touchent le territoire de Montréal-Est. « Ça vient me chercher. Parce que lorsque Mme Plante ou Mme Rouleau parlent du développement industriel de l’est dans leurs conférences, les résidents qui nous ont fait élire, mon équipe et moi, ne se reconnaissent pas dans ces propos-là. Parce que l’est de Montréal ça ne les regarde pas (sic). Ce n’est pas eux-autres. Ils sont des Montréalestois », a déclaré en entrevue la mairesse.

Ceci dit, Mme St-Laurent affirme également que l’agglomération de Montréal et le directeur du développement économique de la Ville de Montréal-Est travaillent en étroite collaboration pour définir la vision du SIPI, et que cette collaboration est « excellente ». « La vision qu’ils ont à la Ville Centre pour le développement de ce territoire a été dessinée et élaborée avec notre directeur du développement économique, qui lui a conseillé les élus pour l’adaptation du nouveau zonage des terrains à Montréal-Est », soutient Anne St-Laurent.

Un plan d’avenir moderne et ambitieux

La nouvelle administration municipale de Montréal-Est est par ailleurs très proactive depuis la fin de 2021 dans le dossier des terrains industriels, mettant en branle une vision prometteuse des grands espaces qui seront bientôt requalifiés sur son territoire, surtout en ce qui concerne l’immense surface d’ESSO. « La première mission que nous nous sommes donnée après l’élection était de revoir le zonage résidentiel et industriel de notre territoire. Ainsi, tout ce qui était zoné industriel lourd par exemple sur les terrains d’ESSO et de 40netZéro a été enlevé, il n’y en aura plus sur ces terrains », affirme la mairesse.

Cette dernière compte aussi profiter de redéploiement du grand terrain d’ESSO au sud (voir texte d’hier) pour propulser la Ville de Montréal-Est vers une autre forme de développement axée plutôt vers la recherche et le savoir. « Sur les terrains d’ESSO au sud on vise un pôle de recherche, d’innovation, en santé, en développement durable, on aimerait attirer par exemple un campus universitaire. Au centre du territoire, là où se trouve notamment le Groupe C. Laganière, on voit plus une zone d’expérimentation de ce qui pourrait sortir justement de la zone de recherche au sud. Finalement, au nord, l’autre terrain d’ESSO, on envisage principalement des entreprises de distribution et de logistique. Dans tous ces pôles on prévoit qu’il y aura des commerces, des parcs, et peut-être même des hôtels. Mais tout ça est bien sûr une vision à long terme, ça ne se fera pas sur quelques années seulement », explique Anne St-Laurent.

   

Terrains d’ESSO en vente actuellement (au sud de Notre-Dame et au Nord de la Métropolitaine). Images tirées du site redefinemontrealeast.com

Le défi des infrastructures

Le développement des immenses terrains d’ESSO, mais aussi ceux des anciens terrains Shell, propriété aujourd’hui du Groupe C. Laganière, constituent, en plus de la décontamination des sols, un véritable défi pour les administrations municipales, qui devront inévitablement aménager nombre d’infrastructures telles que égouts, routes, etc., et surtout trouver les sous pour ce faire. Cet élément est un enjeu de taille dans un réel plan de revitalisation des zones industrielles dans l’est de Montréal, pourtant peu abordé par les porteurs du flambeau.

« Le redéploiement de ces zones, qui sont immenses, demandera en effet des investissements de grande envergure. Il manque par exemple clairement un axe de mobilité nord-sud dans ce secteur. La seule rue actuellement est Marien. Il y a aussi Joseph-Versailles, mais seulement entre Notre-Dame et Sherbrooke. Donc il faudra construire une nouvelle route éventuellement pour traverser le territoire. Là il y a au moins la construction d’un grand collecteur (égout et eaux pluviales) qui débutera et prendra deux ans à construire dans ce secteur, c’est la base, et c’est un gain entériné par l’agglomération. Au-delà de tout cela, il faudra bien sûr construire nombre de petites rues pour desservir les bâtiments qui arriveront, des parcs, etc. Ce sont des coûts énormes, mais inévitables pour le développement de ces zones, qui rapporteront toutefois au niveau des taxes municipales », explique Anne St-Laurent.

Questionnée à propos d’un intérêt de la Ville de Montréal à acheter en tout ou en partie les terrains d’ESSO, la mairesse de Montréal-Est ne semble pas trop s’en faire avec cette éventualité. « Ça se peut que la Ville de Montréal veuille acheter ces terrains, elle a le droit de faire une offre à ESSO ou pas. Je sais que en ce qui concerne la Ville de Montréal-Est, nous n’avons pas les moyens d’un tel investissement », conclut-elle, ajoutant qu’elle se concentre surtout pour le moment sur l’élaboration d’un Plan particulier d’urbanisme (PPU) pour la zone industrielle occupée par les anciennes pétrolières.