Les 10 studios et les 5 appartements créés sont destinés à des personnes à risque d’itinérance grâce à ce projet (Emmanuel Delacour/EMM)

UNE PIQUERIE ENFIN TRANSFORMÉE EN LOGEMENTS RAVIT LES ACTEURS LOCAUX, QUI DEMANDENT PLUS DE PROJETS SEMBLABLES

Une quinzaine de personnes vulnérables bénéficient maintenant d’un loyer subventionné dans le quartier Hochelaga grâce à un investissement de 5,9 M$. En effet, elles habitent désormais un immeuble patrimonial rénové qui aurait déjà servi de piquerie. Confrontés à la crise du logement qui ne cesse d’escalader, les acteurs du milieu communautaire présents lors de l’inauguration des Habitations Loge Accès VI ont appelé les différents paliers de gouvernement à réaliser d’autres projets semblables et, donc, à augmenter les sommes injectées dans le logement social.

Les élus du niveau fédéral, provincial et municipal étaient rassemblés au square Dézéry, en face des Habitations Loge Accès VI, un immeuble rassemblant désormais 10 studios et 5 appartements destinés à des personnes à risque d’itinérance. L’immeuble patrimonial, dont les éléments architecturaux de la fin du 19e siècle ont été conservés, était autrefois à l’abandon dans un coin mal-aimé du quartier. « Il y a une vingtaine d’années, dans ce secteur, le sud-ouest d’Hochelaga-Maisonneuve était particulièrement dévitalisé, avec un niveau important de pauvreté, de vente de stupéfiants et de prostitution de rue. Ce bel immeuble patrimonial, aujourd’hui rénové, était alors devenu une piquerie », explique Jean-Pierre Racette, directeur général de la Société d’habitation populaire de l’est de Montréal (SHAPEM).

Les Habitations Loge Accès VI, situées au coin des rues sainte-Catherine Est et Dézéry. (Photo: Emmanuel Delacour/EMM)

L’immeuble a donc été racheté en 2017 par la SHAPEM, avec un financement partiel provenant du gouvernement fédéral, de la Ville de Montréal et du défunt programme Accès Logis. La SHAPEM avait alors « fait le pari risqué » qu’elle pourrait boucler le projet en obtenant le financement au soutien communautaire, finalement décroché en 2022, raconte M. Racette. Les Habitations Loge Accès VI sont le fruit de plusieurs partenariats, tant au niveau du financement, du montage du projet, guidé par l’organisme Bâtir son quartier, que de la gestion du site, qui sera supervisée par la Mission Old Brewery.

En somme, cet « immense succès » fait en sorte que quinze individus, de tous genres et âges, ont un toit sur la tête grâce à ces logements qui ont été retirés du marché locatif et de la spéculation immobilière qui le maraude.

Ce sont 2,4 M$ du montant versé qui proviennent du gouvernement du Canada, grâce à l’Entente Canada-Québec concernant l’Initiative pour la création rapide de logements; 1,3 M$ du gouvernement du Québec par l’entremise de la Société d’habitation du Québec (SHQ), qui garantit le prêt hypothécaire; et 800 000 $ de la Ville de Montréal , dont environ 250 000 $ proviennent du fonds de logement social de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et dont environ 562 000 $ proviennent de la subvention au patrimoine de la Ville de Montréal.

« Les défis sont énormes »

Néanmoins, le projet aura pris sept années à lever de terre, si l’on peut parler ainsi. Tous les intervenants interrogés le reconnaissent, de tels projets, même lorsqu’il s’agit de rénover des immeubles déjà existants pour une conversion vers du logement social, demandent beaucoup de temps avant d’être bouclés.

De gauche à droite : James Hughes, président de la Mission Old Brewery; Marianne Duguay, vice-présidente principale, immobilier social, communautaire et abordable, Fonds immobilier de solidarité FTQ; Jean-Pierre Racette, directeur général de la SHAPEM; Robert Beaudry, élu au comité exécutif de la Ville de Montréal, responsable du dossier de l’itinérance; Soraya Martinez Ferrada, députée de Hochelaga; et Lionel Carmant, ministre provincial responsable des Services sociaux (Emmanuel Delacour/EMM)

Ces habitations se trouvant au coin des rues Dézéry et Sainte-Catherine Est s’inscrivent donc dans un contexte complètement différent aujourd’hui. « Il faut reconnaître la crise du logement » qui sévit actuellement dans l’ensemble du pays, indique en effet Soraya Martinez Ferrada, députée fédérale d’Hochelaga, et le gouvernement a, selon elle, mis en place les efforts pour « aller plus vite » afin de construire les logements sociaux et abordables nécessaires. Pour sa part, le ministre québécois responsable des Services sociaux, Lionel Carmant, affirme « qu’on sait que les enjeux de l’itinérance touchent beaucoup la population ». À la Ville de Montréal, Robert Beaudry, élu qui siège au Comité exécutif en tant que responsable du dossier de l’itinérance, conçoit que de « protéger les maisons de chambres est un rempart à la pauvreté », tout en soulignant que les besoins explosent de façon « exponentielle ».

Malgré tout, le nerf de la guerre demeure l’argent et les sommes accordées restent insuffisantes pour répondre aux besoins croissants en matière de sécurité du logement. Chantal Desjardins, directrice générale de la Fédération des OSBL d’habitation de Montréal, confie que faute de financement, les projets tels que celui inauguré ce lundi continueront de se faire rares à Montréal et dans la province. « Il n’y a simplement pas assez d’argent et les programmes sont peu nombreux. Il faudrait cinq milliards de dollars en sommes injectées dans le logement social et abordable pour répondre aux besoins actuels à la grandeur du Québec », insiste-t-elle.

Selon les données fournies, ce sont présentement 137 000 ménages québécois qui doivent dépenser plus de 30 % de leurs revenues pour arriver à se loger. Cependant, impossible de mettre en chiffres les besoins et objectifs de la SHAPEM dans l’est de Montréal dans ce domaine, répond le directeur de l’organisme en entrevue. En effet, il n’y a plus que les plus vulnérables qui sont à risque de perdre leur domicile, car « la classe moyenne se fait attaquer par le jeu du marché ». « Les défis sont énormes et on sait qu’ils vont augmenter », conçoit M. Racette. Dans un contexte nouveau où les prix de l’immobilier flambent et où les contrecoups de la COVID-19 en ont laissé plusieurs vulnérables, ce dernier souhaite toutefois rester positif. « La seule façon de réussir, c’est de travailler ensemble. Ce projet en est un bel exemple », termine-t-il.