Esquisse préliminaire du projet de CTIMM (image : Tennis Québec).

CENTRE DE TENNIS INTÉRIEUR DANS L’EST : TENNIS QUÉBEC GARDE ESPOIR

Sans grande surprise, mais décevant tout de même, la Ville de Montréal n’a finalement pas appuyé cette année le projet de Tennis Québec concernant la construction du Centre de tennis intérieur multifonctionnel de Montréal (CTIMM), dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies−Pointe-aux-Trembles. Rappelons qu’il n’existe aucun centre de tennis intérieur dans l’est de Montréal.

Cette décision fait particulièrement mal pour ce projet de complexe sportif évalué à plus de 25 M $, puisque son modèle d’affaires prévoyait en amont une importante contribution des trois paliers de gouvernement, et que c’est la Ville de Montréal qui détenait en quelque sorte la clef du coffre. L’objectif de Tennis Québec était de pouvoir bénéficier du budget de 294 millions de dollars annoncé par Québec et Ottawa pour la réalisation de projets d’infrastructures récréatives et sportives à travers la province d’ici trois ans (Programme d’aide financière aux infrastructures récréatives et sportives). Cette somme servira à financer des projets de construction, d’aménagement, de rénovation, de mise aux normes, d’agrandissement ou de réaménagement d’infrastructures récréatives et sportives portés par des organismes municipaux et des organismes à but non lucratif. La Ville ne retenant pas le projet de centre de tennis dans l’est de Montréal, Tennis Québec ne pourra donc pas compter sur ce programme, et devra trouver d’autres sources de financement et/ou attendre une nouvelle enveloppe gouvernementale dédiée aux infrastructures sportives, nous a confirmé la direction de l’organisme.

Si le projet de CTIMM semble toutefois toujours intéresser la Ville de Montréal, et en particulier l’arrondissement de RDP-PAT, l’administration municipale a donc visiblement décidé de bénéficier elle aussi de la manne du programme PAFIRS en prévoyant la réfection et la mise aux normes de plusieurs de ses propres infrastructures vieillissantes, laissant donc peu de place aux nouveaux projets. Une décision qui se justifie aisément compte tenu du piètre état de certaines infrastructures dans plusieurs arrondissements, même si la Ville a fait beaucoup d’investissements ces dernières années pour améliorer la situation.

Reculer pour mieux sauter

Si Tennis Québec parlait d’une « dernière chance » pour voir aboutir ce projet dans l’est de Montréal au début de 2020 (lire notre reportage à ce sujet), le tsunami appelé COVID-19 est venu complètement changer la donne, du moins pour encore un bon bout de temps. « Disons que la pandémie est venue nous lancer une balle courbe difficile à frapper », affirme Jean-François Manibal, directeur général de Tennis Québec. « L’arrêt des activités l’an dernier, en particulier des Internationaux du Canada, a fait fondre notre subvention annuelle provenant de Tennis Canada de 355 000 $ à 55 000 $, et ce jusqu’en 2022. L’an dernier, on parle d’une perte cumulée de près de 650 000 $ pour notre OBNL, ce qui est énorme pour une petite équipe comme nous, qui est passé de 12 à 5 personnes. Alors vous comprendrez que nous étions, et sommes encore, en mode survie. Il a fallu mettre le projet de centre de tennis intérieur sur la glace », explique M. Manibal.

Jean-François Manibal, directeur général de Tennis Québec (photo : Tennis Québec).

Ajoutez à cela le départ de celui qui pilotait le dossier du CTIMM avant la pandémie, Réjean Lévesque, alors directeur général adjoint de Tennis Québec, et il apparaît clair que l’organisme n’était pas en position récemment de relancer le projet, et de travailler à l’implanter sur un autre territoire que l’est de Montréal. Ceci étant dit, c’est peut-être une bonne chose finalement puisque les astres risquent d’être mieux alignés maintenant que la Ville accélère la réfection de ses infrastructures sportives, et sera fort probablement en meilleure position pour investir dans de nouvelles constructions dans les années à venir. Ce qui est encore plus prévisible en ce qui concerne l’arrondissement de RDP-PAT dont les infrastructures sont passablement déjà mises à jour, alors que la ville-centre semble appuyer une certaine densification pour les années à venir dans ce secteur.

« Nous avions déjà compris que la Ville allait privilégier la réfection de ses propres infrastructures avant d’appuyer de nouveaux projets, mais nous étions aussi confiants d’avoir une chance de se faufiler. Malheureusement cela n’a pas été le cas. Mais compte tenu de la nouvelle réalité amenée par la COVID, qui nous oblige à ralentir avec ce projet, à prendre du recul, et de l’ouverture réelle que nous a démontré encore tout récemment l’arrondissement de RDP-PAT, je suis persuadé aujourd’hui que ce n’est qu’une question de temps avant de voir aboutir le projet dans l’est de Montréal. Faudra revoir le montage financier si les programmes sont différents, mais on va trouver un moyen d’y arriver. Il semble que la Ville voit toujours d’un bon œil ce projet dans le cadre de la revitalisation de l’est », avance le directeur général de Tennis Québec.

Oui, le projet de CTIMM est effectivement toujours dans la mire de la Ville nous a confirmé la mairesse de l’arrondissement de RDP-PAT et responsable des dossiers de l’est au comité exécutif, Caroline Bourgeois. « Il est du souhait de l’arrondissement et de la Ville de Montréal d’aller de l’avant avec le projet. Pour l’instant, nous avons mis l’emphase sur la réfection des installations sportives existantes mais nous gardons tout de même l’œil sur notre objectif qu’un centre de tennis intérieur voit le jour dans l’arrondissement de RDP-PAT », nous a-t-elle envoyé par courriel hier après-midi.

Alors que la pandémie a eu pour effet de mettre de côté pour le moment le projet de CTIMM, entre autres conséquences bien sûr, la relance des activités est par ailleurs paradoxalement venue exacerber le manque de terrains pour Tennis Québec, particulièrement à Montréal. « Depuis que les activités ont repris, nous avons beaucoup de difficulté à trouver des installations à l’extérieur, et encore plus à l’intérieur car les clubs veulent évidemment donner priorité à leurs membres qui ont eux aussi souffert des restrictions imposées par la COVID. Donc c’est vraiment difficile d’organiser nos tournois, offrir nos formations, etc., alors que nous sommes en plus à équipe réduite. La situation démontre à quel point le projet de CTIMM est important, pour nous, mais aussi et surtout pour les joueurs de tennis et le développement de ce sport », explique Jean-François Manibal.

Un projet d’envergure

Rappelons que le Centre de tennis intérieur multifonctionnel de Montréal projeté par Tennis Québec prévoit être construit sur une partie du stationnement du Club de Golf de l’Île de Montréal, section qui serait entièrement réaménagée le cas échéant.

Esquisse préliminaire (image : Tennis Québec).

Le complexe construit sur deux niveaux et d’une superficie totale de près de 80 000 pi2 serait constitué de huit terrains intérieurs (surface dure), d’espaces et d’aires de jeu modulaires, offrant différentes possibilités de configuration et qui pourraient accueillir de nombreuses activités (touchtennis, pickleball, etc.). On y retrouverait également deux salles polyvalentes, une boutique, un bistro, un gymnase spécialisé ainsi qu’une éventuelle clinique de médecine sportive. Le projet devrait générer 18 emplois directs, dont neuf à plein temps.

Le CTIMM permettrait à Tennis Québec d’améliorer substantiellement la qualité de son circuit de compétition en accueillant notamment des tournois sanctionnés toutes les fins de semaine d’octobre à mai, tout en lui permettant d’offrir davantage de formations pour les instructeurs, entraîneurs et officiel. L’organisme pourrait aussi tenir plus de camps de perfectionnement pour les jeunes espoirs québécois.