(Crédit photo: Long Huynh.)

L’AIR DE L’EST EST-IL « BON » ?

L’air est-il aussi bon dans l’est qu’ailleurs à Montréal ? Si les statistiques des dernières années semblent montrer une amélioration de la qualité de l’air partout dans la métropole, les quartiers en périphérie ne profitent pas d’un air aussi pur.

EST MÉDIA Montréal a compilé les données collectées par le Réseau de surveillance de la qualité de l’air (RSQA) entre 2012 et 2022 au sujet de l’Indice de la qualité de l’air (IQA). Sur l’ensemble de l’île, onze stations d’échantillonnage monitorent chaque jour cinq contaminants : l’ozone, les particules fines (PM2,5), le dioxyde de soufre, le dioxyde d’azote et le monoxyde de carbone. Les particules fines par exemple, d’une taille inférieure à 2,5 microns, sont responsables du smog, le brouillard de pollution que l’on observe parfois à Montréal.

« Bon », « acceptable », « mauvais » et smog

Lorsque l’indice IQA se situe entre 1 et 25, l’air est considéré comme étant « bon », de 26 à 50, comme « acceptable », à plus de 50, comme « mauvais ». Pour mieux comprendre comment l’IQA est obtenu, vous pouvez consulter une feuille de calcul du ministère de l’Environnement du Québec, disponible sur son site internet.

Enfin, une journée est caractérisée comme un jour de smog lorsque les concentrations de PM2,5 sont supérieures à 35 microns par mètre cube pendant au moins 3 heures sur plus de 75 % du territoire de l’agglomération de Montréal.

Moins de bonnes journées dans l’est

Or, selon les données examinées, les quartiers de l’est connaissent moins de journées avec une bonne qualité d’air que les quartiers centraux, surtout depuis le début de la pandémie.

La carte de l’indice de qualité de l’air par station d’échantillonnage à Montréal en 2022. Extrait du « Bilan environnemental 2022 – Qualité de l’air à Montréal. »

Par exemple, les stations d’échantillonnage de Rivière-des-Prairies, de Pointe-aux-Trembles, d’Anjou et de Montréal-Nord compilent depuis les trois dernières années entre 170 et 230 jours de bon air, et entre 120 et 160 jours d’air acceptable par année. À titre comparatif, les stations de Rosemont – La Petite-Patrie, Hochelaga-Maisonneuve et Ville-Marie, révèlent que les jours de bonne qualité d’air sont compris entre 230 et 300 par année. En outre, des records du nombre de bonnes journées ont été enregistrés dans Rosemont et Hochelaga en 2022, avec respectivement 301 et 304 jours. Les journées d’air acceptable dans ces quartiers centraux sont plutôt bas, variant entre 45 et 125 journées par année durant la même période de trois ans. (Voir les tableaux en fin de texte).

Selon Audrey Smargiassi, professeure titulaire au Département de santé environnementale et santé au travail de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, même si la qualité de l’air n’est pas « mauvaise », le niveau « acceptable » comporte tout de même certains risques pour la santé, surtout lorsqu’il est question de particules fines.

« Il n’y a pas de seuil d’exposition aux PM2.5 sans effet. Plus l’exposition augmente, plus il y aura de personnes qui en subiront des effets. Les personnes les plus sensibles pourraient avoir des effets cardio-respiratoires, même à de faibles concentrations. Néanmoins, de tels risques d’effets sont très faibles », rapporte-t-elle.

D’après la chercheuse, il existe une littérature très riche sur les effets des PM2.5, et de nombreux effets ont été rapportés. « L’exposition de courte durée, journalière, et l’exposition prolongée, sur plusieurs années, aux PM2.5 sont associées à des effets cardio-respiratoires et à la mortalité. Les jours où il y a plus de PM2.5, ces effets sont plus prononcés. On note plus d’effets aux endroits où les gens sont exposés à plus de PM2.5 pour plusieurs années. Les PM2.5 ont aussi été associés à certains cancers. Ces risques d’effets sont aussi très faibles », explique Mme Smargiassi.

D’après le document « La qualité de l’air à Montréal » (2023), réalisé sous la supervision de la Direction régionale de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, de la Ville de Montréal et du ministère de l’Environnement, le nombre annuel de décès prématurés liés à la pollution à Montréal est estimé à 1 192 pour environ 2 millions d’habitants, ce qui est considéré comme très bas.

Montréal est une ville où les journées de « mauvaise » qualité d’air demeurent relativement peu nombreuses, et ce, partout sur l’île. Selon les statistiques des dix dernières années, celles-ci dépassent rarement les dix jours de mauvais air par année autour des stations individuelles. Dans son plus récent rapport sur la qualité de l’air (2022), le Service de l’environnement indique que l’an dernier, 33 jours de mauvaise qualité de l’air ont été enregistrés, dont quatre jours de smog sur l’ensemble de l’île. En outre, depuis 2020, la tendance des jours de smog est à la baisse, tandis que celle des jours de mauvaise qualité de l’air est à la hausse dans l’agglomération.

Un tableau exposant le nombre de jours de mauvaise qualité de l’air à Montréal depuis 2016. Extrait du « Bilan environnemental 2022 – Qualité de l’air à Montréal. »

Plusieurs enjeux dans l’est

Plusieurs activités humaines sont responsables des jours de mauvaise qualité de l’air à Montréal, note-t-on dans le rapport du Service de l’environnement. De nombreuses sources et événements proviennent de l’est de Montréal, incluant les industries de l’est de Montréal (station 3), les ateliers des cours de voirie de Montréal-Nord (station 17),  les activités du port de Montréal et la circulation sur le boulevard Notre-Dame Est (station 50),  le chauffage au bois durant l’hiver (station 55),  les feux d’artifice de Loto-Québec (stations 6, 50 et 80)  ou encore les feux de bâtiments à Montréal-Est (stations 3-80).

La Ville s’affaire à surveiller certaines de ces sources de polluants. Cette année, la première représentation des Feux de Loto-Québec le 29 juin dernier a été annulée en raison de la piètre qualité de l’air, engendrée par les feux de forêt dans le nord de la province, après des discussions entre l’administration montréalaise et les dirigeants de la Ronde.

De plus, une station nomade a été installée depuis la fin de 2022 aux Jardins collectifs de Montréal-Est, à l’intersection de la rue Victoria et de l’avenue Marien. Cette station est une des plus complètes du réseau au niveau des polluants mesurés. Elle a été mise en place à la suite de recommandations du comité formé par la Ville de Montréal, la Direction régionale de santé publique de Montréal, l’Institut national de santé publique du Québec et le ministère de l’Environnement.

Par ailleurs, depuis octobre 2020, un analyseur de particules ultrafines (PUF) installé à la station 55, dans Rivière-des-Prairies, permet d’évaluer les concentrations en milieu résidentiel influencé par le chauffage au bois. La moyenne annuelle de particules ultrafines à cette station en 2022 était de 7 552 particules par cm3 alors qu’elle était de 7 629 particules par cm3 en 2021, ce qui représente une très légère diminution de 1 %.

Bien que ces particules ne fassent pas l’objet de recommandations de la part de la Santé publique, la Ville souhaite brosser un meilleur portrait de la situation sur l’île de Montréal. Deux autres analyseurs de PUF ont été ajoutés au réseau à l’automne 2022, l’un à la station 66 -Aéroport de Montréal et l’autre à la station nomade temporairement située à Montréal-Est.

Selon Mme Smargiassi, « des associations entre les UFP et les effets cardio-respiratoires ont aussi été notées, mais peu d’études existent encore avec les UFP. »

Enfin, on surveille de près les émissions fugitives des réservoirs et équipements pétroliers dans l’est. Selon le rapport du Service de l’environnement, « Historiquement, c’est à la station 3 [Pointe-aux-Trembles] dans l’est de l’île que les moyennes annuelles ont toujours été les plus élevées à Montréal et même au Canada. »

Cependant, l’entrée en vigueur de la récupération des vapeurs d’essence aux terminaux et postes d’essence, la réduction de la teneur en benzène dans l’essence et les mesures de correction des émissions fugitives des réservoirs et équipements pétroliers ont eu un impact positif sur les concentrations de benzène, toluène, éthylbenzène et xylènes (BTEX) dans l’est de Montréal.

Un tableau portant sur les composés volatiles de l’industrie pétrolière à Montréal depuis 2010. Extrait du « Bilan environnemental 2022 – Qualité de l’air à Montréal. »

« Le benzène est un cancérigène de Groupe 1 ; ceci signifie que le Centre international de recherche sur le cancer de l’OMS l’a reconnu comme un cancérigène chez l’homme sur la base des évidences scientifiques. En plus du benzène qui est cancérigène, ces composés sont des irritants respiratoires. Ils sont aussi impliqués dans la création de l’ozone, un autre composé associé à des effets respiratoires », explique Mme Smargiassi.

La Ville souligne dans son document que « les concentrations de BTEX ont connu la baisse la plus importante, soit de 67 %, entre 2010 et 2016 ». Effectivement, les concentrations de benzène sont passées de 1,87 μg/m3 à 1,02 μg/m3 pendant cette période, ce qui représente une diminution de 46 %. La fermeture de la raffinerie Shell en 2010 a donc « pu avoir un impact positif sur l’amélioration de la qualité de l’air du secteur », ajoute-t-on dans le document.

La qualité de l’air dans l’est

Voici les données compilées à partir des rapports sur la qualité de l’air à Montréal depuis 2012. Celles-ci ont été colligées par notre journaliste pour chacune des stations de l’est et trois stations dans le centre de la métropole, à titre comparatif.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental - Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental – Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental - Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental – Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental – Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022. Les données pour la station Anjou n’étaient pas disponibles en 2019.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental - Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022. Les données pour Hochelaga-Maisonneuve n’étaient disponibles que sur 280 jours en 2016.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental – Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022. Les données pour Hochelaga-Maisonneuve n’étaient disponibles que sur 280 jours en 2016.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental - Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental – Qualité de l’air à Montréal », de 2012 à 2022.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental - Qualité de l’air à Montréal », 2012 à 2022. Les données pour Ville-Marie n’étaient disponibles que sur 339 jours en 2016.

Données compilées à partir des rapports « Bilan environnemental – Qualité de l’air à Montréal », 2012 à 2022. Les données pour Ville-Marie n’étaient disponibles que sur 339 jours en 2016.