L’édifice au coin de Dandurand et d’Iberville loge notamment les bureaux de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie (photos du reportage : EMM).

L’ESPACE AFFAIRES ROSEMONT : À QUAND L’ENGOUEMENT?

Niché au creux du quadrilatère que forment le boulevard Rosemont, la rue Masson, l’avenue de Lorimier et la rue d’Iberville, l’Espace Affaires Rosemont abrite plusieurs entreprises de divers secteurs. De la mairie d’arrondissement au bâtiment de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, en passant par Peak Media, la boulangerie Durivage ou encore le populaire brasseur et débit de boisson MaBrasserie, le secteur profite d’une localisation enviable. Alors, réussira-t-on à y créer le buzz et, ainsi, à y faire venir encore plus d’entreprises, comme le souhaite l’arrondissement? Portrait d’un secteur qui transpire le potentiel… et la douce odeur de pain aux raisins!

Le brasseur MaBrasserie est rapidement devenu une institution dans le Vieux-Rosemont, après seulement quelques années en affaires.

Assez jeune dans l’histoire, le secteur voit le jour dans la première moitié du XXe siècle. Tranquillement, des zones industrielles et commerciales apparaissent, attirées par la proximité de la voie ferrée du Canadien Pacifique, qui délimite le secteur au sud. Ce sont d’abord des compagnies de fabrication qui y élisent domicile. Plus tard, viennent les secteurs alimentaires et les entreprises de services.

Aujourd’hui, c’est toute une variété de compagnies, surtout micros et petites, qui y foisonnent : entretien ménager, intégration technologique, environnement, construction, sécurité, ateliers de mécanique, etc. Si en 2011, on y comptait 210 entreprises réparties dans 86 bâtiments et qui créaient 2400 emplois, le portrait serait semblable aujourd’hui, à deux choses près : le taux d’occupation ainsi que le nombre de petites entreprises qui s’y trouvent auraient augmenté, selon un sondage réalisé en 2017 par PME MTL.

Christine Gosselin, conseillère de la Ville pour le district du Vieux-Rosemont dans l’arrondissement Rosemont – La Petite-Patrie, poursuit : « Un autre changement qu’on a vu, c’est une volonté affirmée de rester implanté dans la zone. » En effet, selon le même sondage, réalisé auprès des entreprises du secteur, 95 % de celles sondées attestent de leur volonté de rester et de faire croître leur entreprise sur place. Comme quoi il doit faire bon dans l’Espace Affaires Rosemont.

Humaniser le secteur

Le coin profite d’une situation presque idéale. S’il est loin d’une bouche de métro, il est toutefois près de plusieurs lignes d’autobus, et est traversé par l’une des plus importantes routes vertes de la ville en plus d’être à distance de marche d’un énorme bassin de résidents, avec le Plateau-Mont-Royal à deux pas et le vaste secteur résidentiel du Vieux-Rosemont, où il se trouve.

Néanmoins, les entreprises du secteur se plaignent du peu de services de proximité. Et les quatre lignes d’autobus qui parcourent les quatre artères principales du quadrilatère ne répondraient pas à leurs besoins. Il serait également complexe de trouver un stationnement dans les rues, qui sont d’ailleurs dans un piètre état, toujours selon le sondage de 2017. Tout ça sans compter le fait qu’Espace Affaires Rosemont représente un grand îlot de chaleur pour le quartier.

Le secteur ne paie donc pas de mine et n’est pas encore utilisé à son plein potentiel. L’arrondissement a malheureusement peu de marge de manœuvre pour redorer le coin, plutôt bétonné. En effet, les bâtisses appartiennent à des propriétaires privés et la Ville n’a de pouvoir que sur les rues. Elle en a donc profité pour créer plusieurs saillies de trottoir avec verdissement sur des Carrières, entre autres, et a même fait pousser dans le secteur la pépinière qui fournit les arbres aux arrondissements de la Ville de Montréal à proximité. Et un autre élément qui était en son pouvoir était de changer la réglementation pour les futures demandes de projets. Christine Gosselin s’explique : « Avant, un bâtiment pouvait occuper jusqu’à 85% du sol; maintenant, il ne pourra en occuper que 60%. Et on l’oblige à faire 25% de verdissement. » À noter que ceci concerne l’ensemble du territoire de RPP.

Un autre fait, peut-être méconnu, pourrait séduire aussi les entreprises et les attirer dans le secteur. Il suffit d’une petite balade dans le coin pour remarquer que la majorité des bâtiments sont bas et ne possèdent qu’un ou deux étages. La hauteur de plein droit n’y est pas du tout atteinte. « La zone admet jusqu’à vingt mètres de hauteur de plein droit. Avec vingt mètres, on peut faire jusqu’à cinq étages de bureaux », affirme Mme Gosselin. Et autre fait non négligeable, les mezzanines ainsi que les terrasses sur le toit sont permises. Il est clair que la Ville croit en tout le potentiel de la zone et visualise ce qu’elle aimerait la voir devenir. « On sait que c’est ça qui fait que les emplois deviennent intéressants. On voit le développement de cette zone comme faisant partie de notre plan pour l’arrondissement, celui d’avoir des milieux de vie verts et actifs avec des quartiers complets où on peut habiter, se détendre et travailler tout à la fois », ajoute la conseillère municipale.

Des condos? Non merci!

Les dépôts de projets immobiliers résidentiels fusent de toutes parts à Montréal, et le Vieux-Rosemont n’y fait certainement pas exception. Mais tous les instigateurs de ces projets destinés à croître dans l’Espace Affaires Rosemont se font rabrouer par la Ville, tout comme les propriétaires qui souhaitent vendre leur immeuble à des promoteurs immobiliers résidentiels. « Je tiens à souligner la sagesse de ne pas avoir permis le développement résidentiel dans cette zone. On subit toujours des pressions pour ça et ç’aurait été facile d’obtempérer et de dire : pourquoi pas? » Christine Gosselin explique cette décision ferme par la volonté de la Ville d’éviter la monoculture résidentielle, qui ne serait pas bonne à long terme. Un partage clair des zones résidentielle et industrielle permet aux travailleurs d’accéder facilement à leur milieu de travail, qui profite d’une situation géographique stratégique, et évite des problèmes comme la gestion des nuisances qu’occasionnent l’emploi, l’industrie et le commerce d’une zone mixte. Comme, par exemple, des résidents qui déposeraient des plaintes contre une machinerie trop bruyante ou contre des clients dissipés d’un bar. Donc, si quelques projets de condominiums sortent de terre tout près de la zone, ceux qui souhaitent voir le jour à l’intérieur doivent rebrousser chemin, et ce, malgré la forte volonté de certains promoteurs.

Et à quoi peuvent s’attendre les résidents et les travailleurs du quartier au cours des prochaines années? Comme les infrastructures sous-terraines de la rue d’Iberville doivent être rénovées, la Ville poursuivra sa démarche de verdissement et d’humanisation en en réaménageant aussi la surface. Le parc Rosemont, situé sur d’Iberville entre Dandurand et Holt se refera aussi une beauté. Au menu : un boisé, des aménagements naturels et une rivière sèche! « Ça va faire un beau lieu pour les travailleurs », exprime la conseillère. Et la rue Dandurand accueillera éventuellement une partie de la piste cyclable, et ce, jusqu’au boulevard Pie-IX.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, rue Holt.

Avec ses possibilités d’emplois, sa situation enviable, ses loyers, oui, encore abordables, l’Espace Affaires Rosemont gagne à être connu, comme le mentionne Christine Gosselin. « C’est une zone un peu cachée qui offre un bassin de clientèle et d’employés vraiment intéressant. On peut y développer des industries qui nécessitent de la formation particulière ou un certain niveau d’éducation, comme on peut continuer à y développer des manufactures parce qu’il y a l’espace pour le faire. » La variété qui se dégage du secteur reflète toute celle de la population montréalaise, selon Mme Gosselin.

Comme le secteur Marconi-Alexandra avant lui, enclavé entre les rues Beaubien et Jean-Talon, beaucoup plus à l’ouest dans l’arrondissement de Rosemont – La Petite Patrie, la zone a tout ce qu’il faut pour devenir un secteur de choix. Les technologies de l’information et l’industrie de l’intelligence artificielle sont venues s’implanter dans le secteur Marconi-Alexandra au cours des dernières années, créant, du même souffle, l’ADN du quartier, en quelque sorte. « Ça, ça reste à faire pour l’Espace Affaires Rosemont », termine Christine Gosselin. L’engouement se laisse donc encore désirer, mais ne tardera sans doute pas à venir.