Louis Beaudin-Marcoux, au micro, lors de la manifestation du mercredi 6 mars organisée par Entraide Logement pour exiger que l’arrondissement et Revenu Québec fassent appliquer le règlement interdisant les AirBNB dans des résidences secondaires dans MHM (Courtoisie)

CRISE DU LOGEMENT : UNE SITUATION INQUIÉTANTE DANS L’EST

Pénurie de logements, hausse de loyer abusive, taux d’inoccupation plus bas que jamais ou encore menaces d’éviction, la situation actuelle du logement à Montréal est sans précédent. À l’approche de la date fatidique du jour du déménagement, EST MÉDIA Montréal fait le point sur les enjeux dans l’est auprès d’organismes et de comités logement.

Actuellement, plus de 60 000 locataires montréalais consacrent la moitié de leur revenu pour se loger, selon le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) . En seulement deux ans, les loyers ont augmenté de plus de 13% en moyenne dans la métropole, d’après les données de l’organisme. À titre d’exemple, une vidéo qui a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux, le 25 avril dernier, montrait une file d’attente excessivement longue pour la visite d’un 4 et demie loué à 1650$ par mois, sur le Plateau-Mont-Royal. Cette offre locative, considérée comme une bonne affaire alors que le logement n’était ni chauffé ni éclairé, a alimenté la consternation des Montréalais. 

Une situation jamais-vu

Cette crise du logement historique s’exprime à travers des statistiques aux résultats à la fois inédits et inquiétants. Le taux d’inoccupation à Montréal est de 1,5 %, d’après l’enquête sur le marché locatif de la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), publiée en janvier 2024. Un marché locatif est généralement considéré comme étant équilibré lorsque son taux d’inoccupation avoisine les 3 %. « Le problème est que beaucoup de logements occupés le sont en tant que résidences secondaires et ne répondent donc pas aux besoins de la population. Il y a également beaucoup de condos qui se construisent, mais qui sont réservés à une clientèle aisée, et ne répondent donc absolument pas aux besoins des résidents de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (MHM) par exemple. Ça fait partie du processus de gentrification », explique Louis Beaudin-Marcoux, organisateur communautaire du Comité BAILS de Hochelaga-Maisonneuve, qui contribue à la promotion du logement social et la défense collective des droits au logement.

Certains propriétaires profiteraient de cette situation problématique pour contourner les lois. La clause G, une section obligatoire du bail où il est demandé d’inscrire le prix du loyer de l’année précédente, reste souvent vide, constate Louis Beaudin-Marcoux. « Cela fait que les nouveaux locataires peuvent se faire avoir très facilement. »

Un des messages mis en place par le Comité BAILS de MHM pour dénoncer la vague de rénovictions dans l’arrondissement. (Courtoisie)

Sylvie Dalpé, coordinatrice du comité logement Action dignité de Saint-Léonard, se dit souvent sollicitée pour les mêmes problématiques. « Il y a d’abord les hausses de loyer excessives. Les propriétaires ne respectent pas tous les limites fixées par le Tribunal administratif du logement. Également, beaucoup font faire de fausses reprises de logements et de fausses rénovictions. » La faiblesse de la réglementation entourant la fixation du coût des loyers laisse le champ libre aux propriétaires qui imposent des hausses de loyers exorbitantes lors des déménagements.

Des logements pas si abordables

Bien qu’il existe des logements sociaux pour aider les locataires plus vulnérables, qui regroupent les habitations à loyer modique (HLM), les coopératives d’habitation ou encore les organismes à but non lucratif en habitation, ces logements restent encore trop rares. Saint-Léonard est l’un des arrondissements de Montréal qui compte le moins de logement sociaux, d’après Sylvie Dalpé. « Nous avons seulement deux immeubles HLM », se désole-t-elle.

Idem du côté de l’arrondissement MHM, alerte l’organisateur communautaire du Comité BAILS de MHM. « Ce sont 550 logements sociaux qui sont construits actuellement à travers tout le Québec. À MHM, notre Comité BAILS en demande 1500, tout de suite. »

L’année dernière, MHM comptait 1976 demandes de logements en attente, pour seulement 236 logements libérés, d’après les données du Comité BAILS HM. Ce manque d’offre occasionne des délais d’attente considérables. « Actuellement, il faut attendre entre 4 et 6 ans pour espérer avoir une place dans un HLM », déplore Louis Beaudin-Marcoux. Et même si le locataire parvient à obtenir une place dans ce type de logement, beaucoup de loyers sont encore bien trop élevés. « Des loyers de 2000 $ par mois ne peuvent pas être considérer comme une possibilité pour M. et Mme Tout-le-monde », fait-il remarquer.

Et au-delà du loyer, les HLM sont connus pour connaître assez régulièrement de gros problèmes d’entretien. « Sur l’échelle de vétusté, tous les HLM de MHM sont à D ou E, soit les deux pires notes », alarme l’organisateur communautaire.  

Des comités surchargés

Sylvie Dalpé (à droite) a levé sa pancarte devant l’hôtel de ville, avec le FRAPRU, pour demander à ce que Montréal achète des terrains pour y construire des logements sociaux. (Courtoisie)

Les comités de logements et les associations de locataires des arrondissements de la Ville se mobilisent pour aider le plus grand nombre de locataires en difficulté à contrer une hausse de loyer, remplir correctement un bail ou faire une demande de logement social. À l’approche du 1er juillet, Action dignité de Saint-Léonard commence déjà à être débordé, confie Sylvie Dalpé. « On commence à recevoir de plus en plus d’appels de la part de personnes qui cherchent un logement. »

La demande s’intensifie également car la catégorie des demandeurs a changé au fil du temps. Les aînés ou personnes seules ont laissé la place à divers types de personnes en situation de vulnérabilité. « Nous rencontrons beaucoup de femmes, de personnes qui ont des problèmes d’alphabétisation ou issues de l’immigration », explique Louis Beaudin-Marcoux. 

Bien que ces organismes ne puissent pas agir directement, ils accompagnent les demandeurs dans leur démarche de recherche d’un logement. À titre d’exemple, l’organisateur communautaire du Comité BAILS de MHM a récemment aidé un locataire qui a vu ses biens jetés à la rue par les déménageurs, alors qu’il avait eu gain de cause au TAL contre son propriétaire. Il aura fallu une journée entière et une dizaine d’appels pour que les déménageurs finissent par lui rendre ses meubles.