(Image tirée de la page Facebook de l’arrondissement de VSP)

VSP : quand visions urbanistique et économique s’affrontent

À quelques semaines du scrutin municipal, EST MÉDIA Montréal a rencontré les candidats à la mairie de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSP) afin qu’ils présentent leurs orientations.

L’actuel directeur général de PME MTL Centre-Est, Jean François Lalonde, tentera de prolonger le règne de Projet Montréal pour un troisième mandat en succédant à la mairesse sortante, Laurence Lavigne Lalonde, alors que c’est l’urbaniste et président sortant de l’Ordre des urbanistes du Québec, Sylvain Gariépy, qui défendra les couleurs d’Ensemble Montréal. Le parti Transition Montréal, pour sa part, présente des candidats au poste de conseiller de Ville dans les quatre districts de l’arrondissement, mais aucun candidat à la mairie.

Jean François Lalonde affirme vouloir poursuivre le travail de Projet Montréal, mais avec une vision davantage axée sur l’économie : « Je suis d’accord avec les valeurs du parti, mais j’amène un côté plus économique », indique-t-il. L’expert en développement économique local se décrit comme un homme de terrain : « Je viens de l’action et je veux surtout accentuer mes actions en ce qui concerne l’accompagnement et la collaboration avec les organismes du milieu. »

Sylvain Gariépy, candidat à la mairie de VSP pour Ensemble Montréal (Courtoisie Ensemble Montréal)

Sylvain Gariépy souhaite de son côté mettre à profit son expertise en aménagement du territoire : « La qualité de vie, c’est l’aménagement du territoire, c’est l’urbanisme, ce sont les règles qui encadrent le développement », fait-il valoir. À ce sujet, le candidat d’Ensemble Montréal rappelle que l’aménagement du territoire constitue l’une des principales responsabilités d’un conseil municipal. Il s’étonne d’ailleurs du manque de connaissances — voire du désintérêt — de certains élus municipaux à l’égard de cette question.

Sylvain Gariépy plaide également pour une concertation accrue et une écoute véritable, « qui influence réellement les décisions prises par la suite, qui éclaire le processus décisionnel ». Il déplore qu’« en ce moment, l’administration sait et fait, puis nous dit : “un jour vous allez comprendre” ».

À ce chapitre, il met de l’avant sa longue expérience en matière d’acceptabilité sociale, acquise dans le cadre de son travail d’urbaniste.

Logement et itinérance : deux enjeux prioritaires

D’emblée, la question du logement occupe le haut du pavé des priorités des deux candidats. L’un comme l’autre souhaitent accélérer leur construction et prônent une meilleure communication avec les deux différents paliers gouvernementaux. Toutefois, la façon de répondre à cette crise diverge selon les méthodes mises de l’avant par chacun des deux partis.

L’enjeu de l’itinérance est également parmi les principales préoccupations des candidats. Pour y répondre, Gariépy souhaite créer une chaîne de soutien continue qui comprend des ressources intermédiaires, des logements de transition et des logements abordables. « Cet enjeu là s’inscrit dans la stratégie du logement abordable et du logement courte duré des ressources intermédiaires en amont », fait-il remarquer. Il insiste aussi sur la nécessité d’instaurer une approche globale pour agir sur l’itinérance économique dont la base est la création de logements abordables.

Jean François Lalonde, candidat à la mairie de VSP pour Projet Montréal (EMM/Marie-Hélène Chartrand)

Lalonde, pour sa part, souligne que s’attaquer à l’enjeu du logement, c’est aussi agir « par extension » sur celui de l’itinérance. Mais il souligne néanmoins que ce sont deux problématiques distinctes, avec des enjeux différents. Il mise sur la collaboration pour y faire face : « Je pense qu’on va travailler avec les groupes du milieu. On va accentuer le soutien et l’accompagnement des groupes pour répondre aux enjeux de l’itinérance. »

Mobilité et pistes cyclables : nuances dans l’approche

Le candidat de Projet Montréal souhaite poursuivre le déploiement du plan cyclable arrondissemental tout en assurant la sécurité des usagers : « Je ne reculerai pas sur ce qui est fait. Le plan va se continuer, mais je vais m’assurer de sécuriser ce qui est à sécuriser », indique-t-il.

Celui-ci ajoute toutefois souhaiter davantage de concertation: « Je vais consulter en amont les commerçants et les résidents qui pourraient être impactés par l’arrivée d’une piste cyclable. »

Le candidat d’Ensemble Montréal, quant à lui, se dit favorable aux pistes cyclables, mais prône une implantation adaptée à la réalité du terrain. « J’ai toujours milité pour le déploiement des pistes cyclables, mais en même temps, il faut le faire d’une façon adaptée au contexte », soutien-t-il.

Bien qu’il se montre critique vis-à-vis de l’implantation de certaines pistes cyclables à Montréal sans égard à leurs répercussions sur le terrain, il remarque qu’à Villeray, « ce n’est pas un enjeu », à la suite de commentaires recueillis auprès des résidents et des commençants. Il note néanmoins qu’il y aurait un certain « ajustement » à faire au niveau de la planification des heures de livraison pour les commerces.

Aménagement du territoire et revitalisation

Jean François Lalonde accorde une place importante au réaménagement de la rue Jarry entre la rue D’Iberville et le boulevard Saint-Michel : « C’est la porte d’entrée du Quartier des arts du cirque, elle mérite d’être complètement revue et corrigée. » Un plan de revitalisation de cette section de la rue Jarry est dans d’ailleurs dans les cartons de VSP depuis une dizaine d’années. Le projet décrit par Lalonde inclut des voies cyclables, une densification du secteur et un renouveau économique. « Qui dit densité, dit nouveau locataire et besoin de commerces et d’entreprises », fait remarquer le candidat de Projet Montréal.

Sylvain Gariépy met de l’avant une vision pragmatique axée sur la planification urbaine et la simplification réglementaire : « Le nouveau plan d’urbanisme doit favoriser les projets plutôt que les freiner », soutient l’expert en aménagement du territoire. Il ajoute : « Si la réglementation est trop compliquée, on ralentit le développement et on ajoute des coûts », indique-t-il.

Le réaménagement du parc Jarry figure aussi parmi les priorités du candidat d’Ensemble Montréal : « Je crois que le plan directeur doit rapidement faire l’objet d’une consultation publique, une vraie. Le plan directeur est professionnel, mais le processus de consultation doit être refait pour garantir une véritable acceptabilité sociale », soutient Sylvain Gariépy, avant d’évoquer les préoccupations citoyennes : « La première question que je me suis posée, c’est : “Est-ce que c’est juste de la résistance au changement?” Non, il y a quand même une argumentation très bien structurée », remarque ce dernier.

Les propositions des deux candidats sont donc à la fois convergentes et divergentes. Le logement et l’itinérance sont en tête de liste de leurs  priorités, tout comme l’écoute des citoyens, mais leurs approches divergent. Lalonde souhaite « continuer le travail déjà entamé en axant sur la collaboration locale et le développement économique communautaire », tandis que Gariépy plaide pour « une planification plus souple, mieux arrimée aux réalités du terrain et aux besoins des citoyens ». Leur sort sera entre les mains des Villerois, des Michelois et des résidents de Parc-Extension le 2 novembre prochain.