
La première cohorte du profil Destination monde du Cégep Marie-Victorin en 2001 (Courtoisie)
1 novembre 2025Voyages étudiants à l’étranger : le Cégep Marie-Victorin marque les 25 ans de son profil Destination monde
Le Cégep Marie-Victorin célèbre les 25 ans de son profil Destination monde, un programme qui permet aux jeunes d’aller à l’étranger dans une famille d’accueil, leur faisant ainsi découvrir une nouvelle culture tout en poursuivant leurs études.
Depuis sa première expédition au Mexique en 2001, le cégep a ouvert la voie à des centaines d’étudiants qui souhaitaient explorer l’un ou l’autre des dix pays visités depuis le début du programme, que ce soit en Amérique du Sud, en Afrique ou en Asie. La prochaine cohorte se rendra cet hiver au Vietnam et au Sénégal.
C’est en 1999 que la réflexion s’enclenche au cégep pour créer une telle opportunité. À l’époque, les responsables du programme d’études en sciences humaines – profil Monde cherchent à trouver un moyen de revigorer cette option d’études préuniversitaires.
« On s’est dit « permettons aux étudiants d’effectuer leurs études à l’étranger », ce qui était très innovateur au début des années 2000. On a été les premiers à faire vivre ce genre d’expérience dans le milieu collégial avec une session complète à l’étranger », raconte Marie-Élaine Lambert, coordonnatrice du Bureau de développement international du Cégep Marie-Victorin. Lors de son arrivée en poste en 2004 à titre de responsable du projet d’enseignement international, cette dernière est témoin des débuts du programme revampé, alors que l’on s’apprête à envoyer outre-mer une 3e cohorte d’étudiants.
C’est une véritable opportunité qui s’ouvre à Roxanne Bureau, diplômée du cégep, lorsqu’elle découvre le programme. « Au départ, je prévoyais étudier en sciences humaines au Collège Montmorency. Puis en secondaire quatre, j’étais au Collège Laval et j’ai eu la chance de faire un voyage de solidarité quelques semaines au Nicaragua. Je me suis alors découvert une passion pour l’international et l’interculturel », se remémore-t-elle.

Roxanne Bureau lors de son voyage au Sénégal en 2018 (Courtoisie)
Celle-ci entreprend donc les démarches pour trouver un parcours d’études qui lui offrirait de nouveau ce genre d’expérience. Ses recherches la mènent vers le profil Destination monde du cégep.
C’est un grand désir d’aller à la rencontre de l’autre, de faire connaissance avec de nouvelles cultures, mais aussi de partir à la découverte de soi qui lui donne l’élan de s’inscrire au programme. En 2018, elle participe à un voyage de 12 semaines au Sénégal. « Ce sont 12 semaines durant lesquelles tu vis constamment des choses nouvelles, du matin au soir. Je pense que c’est l’ensemble de l’œuvre qui reste marquant et les liens qu’on a créés. Je ne suis pas retournée au Sénégal, mais il y a des gens à qui j’écris encore aujourd’hui pour leur demander des nouvelles », raconte Mme Bureau.
La piqûre est si forte que cette dernière répète l’expérience en 2024, cette fois à titre de superviseure d’un groupe étudiant qui se rend au Malawi.
Apprentissage autodidacte
Opter pour le profil Destination monde n’est pas un simple moyen d’aller faire du tourisme le temps d’une session. Car en effet, les étudiants doivent faire preuve d’un sens des responsabilités et d’une grande autonomie pendant près de trois mois. « C’est plutôt une vision d’apprentissage autodidacte », insiste Mme Lambert.
Il faut se rappeler qu’au début du programme, au tournant du nouveau millénaire, l’enseignement à distance n’était pas facilité par la technologie. « Les étudiants partaient à l’aventure avec un cartable contenant l’entièreté de leurs cours en format papier, explique la coordonnatrice. Il fallait voir l’enseignement et la réussite éducative différemment, en acceptant que les étudiants allaient acquérir les connaissances eux-mêmes, mais ensemble, en groupe. »
Intégrés dans une famille d’accueil, les jeunes doivent aussi participer à de l’engagement communautaire, afin de passer du temps avec les gens de la communauté. Ils sont ainsi appelés à appliquer les notions apprises durant leurs premières sessions dans le cadre d’initiatives bénévoles.

Des étudiants de Marie-Victorin au Malawi en 2024 (Courtoisie)
Dans le cas de Mme Bureau, c’est dans un atelier de poterie dédié aux sourds-muets, à Dakar, qu’elle s’implique lors de son expédition.
L’idée est d’amener les étudiants, à travers l’action, à réfléchir en termes de sociologie, de géographie, de psychologie et de philosophie.
Il s’agit d’un profil « terrain », comme mentionne Mme Bureau, qui peut les mener à plusieurs domaines par la suite. Pour cette dernière, le programme lui ouvre la voie vers un baccalauréat en commnunication, pour finalement trouver un emploi au sein même du Cégep Marie-Victorin, à titre de conseillère à la vie étudiante.
« (Le profil) mène les jeunes à plein de choses. Ça reste un programme préuniversitaire en sciences humaines, alors les intérêts de chacun sont variés. Mais il y a quand même une bonne proportion d’entre eux qui va en politique, relations internationales, géographie ou environnement », souligne Isabelle Gauthier, enseignante et aujourd’hui responsable du profil Destination monde.
À la fin de leur parcours, Mme Gauthier s’attend à ce que les étudiants aient acquis un esprit critique, une habileté à faire de la recherche documentaire ainsi que des compétences interculturelles et une capacité à travailler en équipe.
Conflits internationaux et sécurité
Les conflits internationaux ont-ils des répercussions sur l’organisation des voyages étudiants à l’étranger? « L’impact est grand, je ne le cacherai pas, parce qu’il n’y a plus de stabilité géopolitique comme il a pu y en avoir il y a un certain temps. La COVID-19 a éveillé dans le milieu collégial et universitaire toute la notion de gestion des risques », concède Mme Lambert.
Les établissements sont désormais regroupés en communautés de pratique pour établir les meilleures stratégies. Par exemple, au lendemain de l’élection du deuxième mandat du président américain Donald Trump, plusieurs établissements d’enseignement se sont réunis pour établir leur position et évaluer les risques d’envoyer des étudiants en dehors du pays.
« On est constamment à l’affût de ce qui se passe. Il arrive des situations où on sent qu’il y a un risque. Par exemple, les étudiants partent l’hiver prochain au Sénégal et au Vietnam parce qu’on a annulé un voyage au Pérou. Et on a bien fait, car le pays est sur le bord de connaître une destitution (de sa présidente). Avec les années, on a développé des partenariats à l’étranger, ce qui est un avantage, car ce sont nos yeux et nos oreilles sur place. On souhaite prévenir plutôt que d’annuler des séjours. Mais lorsqu’il y a un risque, quand on a un doute pour la santé et la sécurité des étudiants, on annule », explique la coordonnatrice.
Néanmoins, pour Mme Bureau, les jeunes ont tout intérêt à continuer de prendre part à de tels voyages à l’étranger, non seulement en dépit des conflits mondiaux, mais aussi pour y faire face. « Dans un monde dans lequel on connaît de plus en plus de frontières et de distance entre les sociétés, aller à la rencontre de l’autre et prendre le temps de s’intéresser à lui, c’est important. Ça peut se transposer à plusieurs choses et ça permet de ne pas juste sauter aux conclusions, mais de prendre le temps de regarder les choses telles qu’elles sont. Ça permet de développer un esprit critique », conclut-elle.






