L’édifice de l’ancien cinéma Paradis sera acheté par la Ville pour 1,68 M$ (Emmanuel Delacour/EMM)

La Ville prévoit un projet immobilier sur le terrain du Cinéma Paradis

La Ville de Montréal souhaite acheter le terrain de l’ancien cinéma Paradis afin d’y construire des logements sociaux et abordables. Un organisme qui vient en aide aux locataires de l’est de la métropole espère que le projet tiendra compte des besoins des citoyens du quartier.

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a fait l’annonce mercredi après-midi à la Maison de la culture Mercier, dans Tétraultville, qui se trouve justement en face du site convoité.

« La crise du logement et la crise de l’itinérance sont extrêmement liées l’une à l’autre. C’est pourquoi nous devons agir sur plusieurs fronts en même temps. Comme des gens nous ont accordé leur confiance lorsqu’on leur a promis qu’on allait loger les personnes de façon plus abordable, il faut arriver avec une façon de faire qui sera plus rapide et efficace. Ça passe par l’achat de terrains comme celui qu’on annonce aujourd’hui », a souligné la mairesse de Montréal.

La mairesse de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM), Chantal Gagnon, a de son côté parlé d’un « geste fort » démontrant, selon elle, l’intention de l’administration d’Ensemble Montréal à agir efficacement dans le dossier de l’habitation et de l’itinérance.

La responsable de l’habitation et de l’aménagement au comité exécutif, Caroline Braun, et la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada (Emmanuel Delacour/EMM)

Sa collègue, la responsable de l’habitation et de l’aménagement au comité exécutif, Caroline Braun, a pour sa part indiqué que la Ville utiliserait son droit de préemption pour acquérir le terrain au coût de près de 1,68 M$.

Propriété des Investissements Denmar inc., l’immeuble a une valeur estimée à 913 900 $ au plus récent rôle foncier de Montréal. La précédente évaluation de l’immeuble en 2021 s’élevait à 754 500 $. Et c’est pour 800 000 $ qu’il a été vendu par Angelo Guzzo à Denmar dans le cadre d’une entente de gré à gré, selon ce que rapporte Radio-Canada. Jusqu’à tout récemment, une annonce sur le site de transaction immobilière Centris indiquait que l’immeuble et le terrain étaient en vente pour 1 679 000 $.

N’est-ce donc pas un peu cher à payer pour créer des logements sociaux et abordables? La réponse est « oui », selon Mme Martinez Ferrada, « mais le prix à payer de ne pas avoir de logement social et abordable dans un secteur qui en a besoin est aussi très couteux au niveau de la qualité de vie qu’on veut offrir aux citoyens », a-t-elle ajouté. La précédente vente de la propriété s’étant faite de gré à gré, la Ville n’a pas eu l’occasion d’utiliser son droit de préemption à cette occasion, justifie la mairesse.

Il était trop tôt mercredi pour dévoiler le nombre d’unités ou les hauteurs du ou des bâtiments qui seront édifiés sur le site, situé au coin des rues Liébert et Hochelaga, ont indiqué les élus. On prévoit toutefois une démolition de l’ancien cinéma, inoccupé depuis 16 ans, d’ici 2027. Mme Braun a même fait part de son intention de trouver des moyens pour « accélérer » le processus, afin que le chantier démarre avant cette date.

Quoi qu’il en soit, la mairesse de Montréal a assuré que l’inclusion de logements sociaux était essentielle au projet qui doit se faire « dans la mixité sociale ». La Ville compte ainsi octroyer le terrain à une organisation à but non lucratif pour qu’elle puisse y développer le projet.

En 2019, sous la précédente administration de MHM dirigée par Pierre Lessard-Blais, le propriétaire des cinémas Guzzo, Vincent Guzzo, avait déposé un projet immobilier locatif pouvant aller jusqu’à six étages, alors que le zonage n’en permet pas plus que trois. M. Guzzo s’était alors exprimé sur la place publique, se disant ne pas être en mesure de s’entendre avec l’administration locale pour créer un projet particulier. De son côté, M. Lessard-Blais avait rétorqué que le propriétaire avait fait preuve de « mépris envers ses voisins » en laissant se « dégrader » l’immeuble pendant tant d’années.

Le projet doit se faire en partenariat avec le milieu

En réaction à l’annonce, Lili Bergeron, organisatrice communautaire pour Infologis de l’Est de l’île de Montréal « salue la nouvelle », particulièrement parce que la Ville a confirmé son intention d’inclure du logement social dans son projet.

« Ça aurait pu être juste de l’abordable. Donc, cela a été dit, ça n’aura pas le choix d’être du « social » selon la définition du terme. On va talonner (l’administration), on va mettre de la pression (pour que cela se concrétise) », a insisté Mme Bergeron.

Cette dernière a souhaité que les prochaines étapes se fassent en collaboration avec le milieu, rappelant que son organisme revendique depuis plusieurs années le rachat de ce site pour y créer des logements sociaux. Selon elle, les besoins dans le quartier pour de grands logements familiaux sont particulièrement criants.

Enfin, Mme Bergeron espère qu’un modèle de coopérative sera préconisé, dans lequel une gouvernance donnant leur place aux futurs locataires serait possible, plutôt qu’un modèle privé non subventionné. « Si c’est juste du privé qui se construit, c’est dangereux, parce que les locataires, la gouvernance leur échappe, et ils n’ont plus de contrôle sur leur milieu de vie », a conclu l’organisatrice communautaire.