La Station terminale numéro 1 depuis la ligne de chemin de fer qui traversait la Ville de Maisonneuve d’est en ouest, au nord de la rue Ontario (image tirée du site de l’AHMHM/Musée McCord)

Maisonneuve, au cœur de la révolution électrique montréalaise

Au début du XXe siècle, la ville de Maisonneuve se retrouve au centre d’une transformation majeure de l’industrie électrique. Si elle n’est pas la première ville électrifiée au Québec, son emplacement en fait néanmoins un point stratégique pour l’arrivée de l’hydroélectricité à Montréal.

Une ville bien placée

Au tournant du siècle, l’électricité demeure coûteuse et profite d’abord aux grands consommateurs, notamment aux industries et aux administrations publiques. À Montréal, la demande en énergie électrique augmente toutefois rapidement, notamment en raison de la croissance démographique et économique. La population passe d’environ 325 000 habitants en 1905 à près de 490 000 en 1911.

Maisonneuve profite alors d’une situation géographique de choix. À l’époque, la ville se trouve encore à l’extérieur des limites de Montréal. La Shawinigan Water & Power Company, qui souhaite accéder au lucratif marché montréalais, ne peut pas distribuer directement son électricité dans la métropole en raison de restrictions légales favorisant une compagnie déjà implantée.

Matthieu Mazeau, historien à l’AHMHM (courtoisie)

Une station de transformation est donc installée à Maisonneuve, au plus près de Montréal tout en restant à l’extérieur de ses limites. La présence de terrains disponibles et d’une voie ferrée facilite également le choix de ce site. « Maisonneuve était juste bien placé pour recevoir ces installations », résume Matthieu Mazeau, historien à l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (AHMHM).

Une transmission électrique record

La nouvelle station, nommée Station terminale numéro 1, est donc mise en service en 1903 et devient le point d’arrivée d’une ligne électrique de 135 km reliant Shawinigan à Maisonneuve. Avec une tension de 50 000 volts, il s’agit à l’époque de la plus importante transmission d’électricité réalisée sur une telle distance.

L’installation permet de transporter vers la ville une énergie produite à partir de la force hydraulique, alors que ce sont les centrales thermiques qui pouvaient jusque-là être installées directement à proximité des consommateurs. « La rupture majeure avec ce qui se faisait auparavant, c’est qu’on peut maintenant utiliser le pouvoir hydraulique pour faire fonctionner des industries en ville », explique l’historien.

La une du Montreal Herald consacrée à la Station terminale numéro 1 (courtoisie AHMHM)

La réalisation est considérée comme spectaculaire. Le Montreal Herald lui consacre sa première page. L’exploit est toutefois vite dépassé : dès 1911, de nouvelles installations permettent de transmettre l’électricité à des tensions beaucoup plus élevées.

Le tramway électrique change la vie quotidienne

L’électrification ne transforme pas immédiatement la vie des habitants de Maisonneuve, car l’électricité reste d’abord entre les mains des grands utilisateurs. Pour la population, l’un des changements les plus visibles est plutôt l’arrivée du tramway électrique.

Plus rapide et moins coûteuse que les tramways tirés par des chevaux, la version électrifiée facilite les déplacements des travailleurs et permet aussi d’accéder plus facilement à des lieux de loisirs situés à l’extérieur de Maisonneuve. C’est ainsi que le tramway électrique contribue au développement de l’est de Montréal.

Selon l’historien Matthieu Mazeau, le lien entre transport et urbanisation fonctionne dans les deux sens : « En urbanisant, on a besoin de transport, et le transport permet d’autres urbanisations. » Le tramway contribue donc à étendre progressivement les secteurs résidentiels, sans être à lui seul responsable de leur développement.

L’éclairage public connaît lui aussi des améliorations, même si les rues disposent déjà d’un éclairage au gaz. Dans les maisons, l’électricité s’installe progressivement. Les premiers appareils électriques sont notamment ceux qui produisent de la chaleur, comme les fers à repasser et les grille-pain. Les appareils plus complexes, comme les laveuses et les fours électriques, apparaissent plus tard.

Une station devenue obsolète

La Station terminale numéro 1 fonctionne pendant plusieurs décennies, mais une deuxième station est construite à proximité dès 1911. Dotée d’un espace plus important pour l’expansion, celle-ci prend graduellement le relais. La première station devient peu à peu obsolète, puis cesse d’être utilisée dans les années 1950.

Pour l’historien de l’AHMHM, cette évolution est aussi révélatrice du caractère expérimental de la première installation. « C’était un prototype », résume-t-il. « La croissance de la consommation électrique et le manque d’espace ont rapidement mené à la nécessité d’avoir de nouvelles infrastructures. »

La coopérative d’habitation Station no 1 (Google Maps)

Des vestiges électriques transformés en coopérative d’habitation

Toujours debout, la Station terminale numéro 1 figure aujourd’hui comme un vestige de cette page de l’histoire de l’électrification montréalaise. Mais contrairement à plusieurs anciennes manufactures aisément transformées en logements ou en bureaux, sa configuration particulière se prêtait moins à une reconversion immobilière, notamment à cause de sa cour intérieure et de son pont roulant

C’est une coopérative d’habitation, la Station no 1, qui a réussi à relever le défi, installée en ses murs depuis 2010 et ayant conservé ces deux éléments structuraux, qui permettent d’ailleurs de mieux comprendre la diversité des installations industrielles de l’époque.