
Vieux-Pointe-aux-Trembles (courtoisie Société de développement Angus)
28 mai 2025UNE ÉTUDE POUR UNE CULTURE VISIBLE, SOUTENUE ET CONNECTÉE DANS L’EST
Pour Culture Montréal, la culture constitue un véritable levier de développement dont l’impact est renforcé par une concertation active entre les divers acteurs du milieu et la communauté artistique. Lors de la deuxième édition du Sommet de l’Est, l’organisme a annoncé la réalisation d’une étude sur l’écosystème culturel de l’est de la métropole. Cette démarche, qui dressera un portrait de la vitalité culturelle du territoire, mettra en lumière les forces en présence, les synergies existantes et les opportunités à explorer.
Depuis quelques années, le milieu culturel amorce une réflexion et un travail collectif en faveur de la revitalisation de l’est. L’objectif est de positionner la culture comme un pilier structurant en l’intégrant pleinement au développement du territoire, un enjeu central à l’heure actuelle.
Lors du premier Sommet de l’Est de novembre 2023, la Chambre de commerce de l’Est de Montréal invite Culture Montréal à animer un atelier sur le thème de la culture. Le succès de ce premier rendez-vous, combiné à l’enthousiasme des participants, a confirmé la pertinence de l’initiative. Trois rencontres seront par la suite planifiées entre les organisations culturelles, les arrondissements et les organismes socio-économiques du territoire de l’est afin de discuter du potentiel de la culture et de mettre en valeur les nombreuses opportunités qu’elle offre.

Emmanuelle Hébert, directrice générale de Culture Montréal (Courtoisie)
« On entendait souvent dire qu’il n’y avait pas beaucoup de culture dans l’est. Par contre, lorsqu’on commence à dresser un portrait, à prendre le pouls à l’aide de données concrètes, on découvre une réalité plus nuancée : des pôles culturels et institutions culturelles existent — certains bien connus, d’autres plus invisibles, notamment ceux portés par des créateurs individuels. En parallèle, on constate aussi la présence de déserts culturels », explique Emmanuelle Hébert, directrice générale de Culture Montréal.
Pour Jean-Denis Charest, président-directeur général de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, l’est compte plusieurs leviers pour augmenter sa vitalité culturelle « dont la présence de nombreuses institutions culturelles phares ».
« Il y a une abordabilité des locaux par rapport à d’autres secteurs de la ville, une présence de nombreux talents ainsi que des pôles établis ou en développement tels que le Quartier olympique, la Quartier des arts du cirque ou le Vieux Pointe-aux-Trembles, qui ne sont que quelques exemples », précise-t-il.

Jean-Denis Charest, président-directeur général de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal (Courtoisie)
Les démarches de concertation organisées ont d’abord permis d’avoir « une vision commune sur laquelle bâtir », en plus de créer des liens entre des personnes, des instances et des pôles qui ne se connaissaient pas ou peu. Les initiatives culturelles sont bien souvent organisées en silo, sans coordination concertée, rappelle Mme Hébert.
« Chaque arrondissement dispose de son plan culturel local, mais il n’existe pas, à ce jour, de vision commune à l’échelle de l’est. Les initiatives se font généralement par arrondissement, par quartier ou selon les circonscriptions électorales. C’est de ce constat qu’est née l’idée de commencer à identifier des axes prioritaires, à cibler les types d’actions culturelles à privilégier et à réfléchir à la manière dont la culture peut contribuer à transformer le regard porté sur le territoire. »
Ces rencontres ont finalement fait émerger la nécessité de mener une étude sur la culture visant, dans un premier temps, à dresser un état des lieux.
Étudier le milieu culturel de l’est pour développer des opportunités
L’étude sur la vitalité culturelle de l’est a été lancée en collaboration avec le Conseil des arts de Montréal et la Ville de Montréal. Annoncée lors du plus récent Sommet de l’Est, en avril dernier, elle se déroulera en trois phases, avec un dévoilement des résultats prévu à l’automne 2025.
La première étape consistera à dresser le portrait de la situation culturelle, alors que la deuxième phase en tirera des constats et des enjeux. « En premier, c’est de faire des diagnostics. On veut aussi faire un recensement à partir des données du Conseil des arts de Montréal et de la Ville de Montréal sur l’offre culturelle, sur la présence d’ateliers d’artistes », explique Emmanuelle Hébert.
De cette analyse, Culture Montréal et ses partenaires souhaitent identifier « les forces, les faiblesses et les menaces » en vue de définir une identité culturelle claire, de faciliter les maillages et d’en dégager les opportunités. « Par exemple, avec le projet de prolongement de la ligne bleue, on a une occasion en or de faire en sorte que la culture soit présente tout au long du prolongement, pour éviter qu’on se retrouve uniquement avec des tours à bureaux ou des immeubles résidentiels, sans offre de proximité. On souhaite que la culture soit ancrée dans les milieux de vie et qu’elle contribue au renforcement du sentiment d’appartenance », indique la directrice générale de Culture Montréal.
Pour les secteurs de l’est où l’offre culturelle est presque inexistante, l’étude deviendra également un levier qui permettra d’interpeller les instances municipales en leur montrant qu’une intervention prioritaire est nécessaire, ajoute-t-elle. « Ce sera un outil clair et appuyé par des données probantes, qui illustrera à la fois les besoins criants et les opportunités à saisir, comme la création de projets, de synergies ou de parcours. Ça contribuera aussi à intéresser les citoyens et les touristes à se déplacer dans l’est pour découvrir la culture qui s’y trouve, et à en faire une destination », précise Mme Hébert.

Stéphanie Laurin, directrice générale du Théâtre Denise-Pelletier (Photo : Gaëlle Lina)
Pour Stéphanie Laurin, directrice générale du Théâtre Denise-Pelletier, une institution « qui joue un rôle important pour la culture dans l’est », les opportunités culturelles sont nombreuses sur le territoire, un milieu qu’elle définit comme étant « dynamique et vivant, avec une grande mixité sociale ».
« Bien sûr, le théâtre me vient immédiatement en tête, mais on peut aussi penser à des initiatives extérieures comme les spectacles de ruelles ou d’autres événements du même type, qui rassemblent la communauté autour d’une expérience commune. Ce genre d’initiatives est extrêmement porteur », croit Mme Laurin.
Pour cette dernière, l’étude menée par Culture Montréal permettra de rendre plus visibles ces initiatives. « Il y a un réel appétit pour la culture, c’est évident. Mais ce qui demeure un défi, selon moi, c’est la découvrabilité de l’offre culturelle. Autrement dit, il reste essentiel de la rendre véritablement accessible au public, en créant une espèce de cartographie de ce que propose l’est en matière de culture. »
Selon Jean-Denis Charest, la réalisation de cette analyse servira de fondation solide au développement d’une stratégie « pour saisir les opportunités culturelles qui contribueront à la revitalisation du territoire ».
« La culture est à la fois un vecteur identitaire, un outil d’amélioration des milieux de vie et un secteur aux importantes retombées économiques », rappelle-t-il.
L’étude pourrait également permettre un rapprochement entre le milieu des affaires et les acteurs culturels de l’est. Un maillage a d’ailleurs eu lieu lors du Sommet de l’Est alors que le Théâtre Denise-Pelletier tenait un atelier sur l’importance d’investir en culture pour en faire un moteur de développement.
Rives et dérives : un parcours pour découvrir artistiquement le territoire
Lors de cette deuxième édition du Sommet, la ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, ministre responsable du Développement économique régional et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal, Christine Fréchette, a aussi fait l’annonce d’un soutien financier de 700 000 $ réparti sur trois ans au projet Rives et Dérives, codéveloppé par Culture Montréal et la Société de développement Angus.
Ce futur parcours riverain d’envergure, inspiré de l’initiative Le Voyage à Nantes, s’étendra sur 60 kilomètres et aura pour objectif de mettre en valeur les berges et le patrimoine historique de l’est à travers diverses installations artistiques.
« L’objectif est d’amener les citoyens à s’approprier les berges, à transformer leur regard sur leur environnement et à enrichir leur compréhension de la transition écologique, notamment par le biais d’interventions artistiques et culturelles. Le projet s’inscrit dans une vision à long terme, sur dix ans, et intégrera des initiatives citoyennes », explique Emmanuelle Hébert.
L’idée est aussi de profiter de ce parcours pour découvrir l’offre culturelle intérieure du secteur, qu’elle soit portée par les commerces ou mise en valeur par les sociétés de développement commercial : théâtres, salles de spectacles, lieux de diffusion, ou encore pratiques d’art amateur.
« En ce moment, on s’assure que le projet parte sur des bonnes bases. Sur quels terrains le parcours va-t-il s’étendre? Qui sont les organismes locaux qui interviennent déjà le long des berges? Quel sera le modèle d’affaires à adopter pour que ça fonctionne? Comment peut-on mobiliser des fonds qui reviendront dans le milieu culturel? », précise la directrice générale.

Julie Jodoin, directrice d’Espace pour la vie (Courtoisie)
Chose certaine, une installation artistique, réalisée en collaboration avec Espace pour la vie, sera déployée dans le cadre du projet.
« Pour Espace pour la vie, qui est, on le reconnait, un pôle attractif établi, l’objectif est aussi de susciter des rencontres avec une communauté élargie à l’échelle de l’est. Le projet Rives et Dérives offre justement ce cadre », explique Julie Jodoin, directrice d’Espace pour la vie. « Nous sommes un pôle, mais comment peut-on influencer les parcours des citoyens et des visiteurs pour les amener vers d’autres lieux et favoriser la découverte d’installations culturelles ailleurs sur le territoire? C’est précisément le rôle que nous voulons donner à Rives et Dérives. Quant à la façon de le mettre en œuvre, elle reste encore à définir. »
La directrice précise que, même si la nature exacte de l’installation artistique reste encore à être déterminée, celle-ci sera conçue en co-création. « Nous allons mobiliser les acteurs du milieu culturel afin de définir ensemble la forme que prendra ce projet. »
Suite au dévoilement de l’étude de Culture Montréal sur l’écosystème culturel cet automne, la prochaine étape sera de mettre en place « des actions structurantes collectives », indique Emmanuelle Hébert.
« Un mouvement s’est amorcé et prend de l’ampleur depuis le lancement de cette démarche de concertation il y a un an et demi. Plus de 100 personnes y ont pris part, provenant de divers horizons. Ce n’est pas uniquement un dialogue fermé entre gens de la culture : c’est la culture qui entre en conversation avec d’autres secteurs névralgiques pour transformer ce territoire », conclut-elle.














