(Photo: Monic Richard)

Un café avec…Patrice L’Ecuyer

Porte-parole de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (FHMR), grand gagnant de la saison 4 de LOL : Qui rira le dernier? et en tournée avec son premier one-man show, malgré un horaire chargé, Patrice L’Ecuyer a accepté de  répondre aux questions d’EST MÉDIA Montréal. À l’écran comme dans la vie, il se livre avec franchise et simplicité.

EST MÉDIA Montréal (EMM) : Vous êtes porte-parole de la Fondation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis plusieurs années. Comment avez-vous décidé de vous  impliquer?

Patrice L’Ecuyer (PL) : Au départ, j’animais simplement une soirée bénéfice, le Montréal Passion Vin — que j’ai animé pour la première fois en faisant un remplacement de dernière minute. Ça avait tellement bien fonctionné qu’on m’a demandé de continuer, et j’ai continué.

Ce qui m’a vraiment motivé à m’impliquer, c’est quand ils m’ont amené voir concrètement ce qu’ils faisaient avec l’argent de la fondation. La charité, c’est souvent abstrait, mais quand j’ai vu la recherche qui est faite sur place,  j’ai vite oublié mes petites hésitations. Quand Dominique Michel a décidé d’arrêter, ils m’ont approché. J’ai répondu : « Vous devriez prendre quelqu’un avec une plus grande notoriété, non? » et c’est mon agent qui m’a convaincu d’accepter le mandat; ce que j’ai fait, et j’ai bien fait.

EMM : Vous êtes pourtant  loin d’être inconnu…

PL : À ce moment-là, j’avais un peu réduit mes présences à la télévision. Notre rôle, comme porte-parole, c’est simplement d’attirer l’attention sur ce qu’eux font. Je dois vous dire que je suis toujours un peu bouleversé quand des chercheurs de calibre international viennent me remercier lors de nos événements. Ça n’a pas de sens. Ces gens-là travaillent dans des laboratoires, ils font de la science-fiction — et c’est moi qu’on remercie? Je me demande souvent si je suis à la hauteur.

EMM : Vous avez remporté la saison 4 de LOL: Qui rira le dernier? et vous avez remis les 50 000 $ que vous avez remporté à l’équipe de recherche sur les sarcomes de l’HMR. C’est quoi, les sarcomes, pour ceux qui ne connaissent pas?

PL : C’est un cancer qui frappe surtout les jeunes, et qui est détecté trop tard dans les trois quarts des cas. L’équipe de la Dre Sophie Motard travaille sur quelque chose de fascinant : former les médecins à reconnaître cette maladie suffisamment tôt pour qu’ils ne soient pas pris au dépourvu quand ça arrive dans leur pratique. Trop souvent, les patients arrivent avec un diagnostic tardif et il n’y a plus grand-chose à faire. Pourtant, c’est un cancer relativement détectable — à condition de savoir quoi chercher.

Ce qui m’a vraiment touché, c’est de voir à quel point ces gens-là prennent ça à cœur. La Dre Motard me disait : « Quand j’annonce un diagnostic de cancer à un patient et que je sors de là et que tout le monde rit, c’est que j’ai réussi mon cours. Sinon, c’est que j’ai manqué ma journée. » Elle a une approche profondément humaine avec ses patients. Chez nous, dans notre milieu, on se dit souvent : « On ne sauve pas des vies, on fait de la variété. » Eux, c’est ça qu’ils font. C’est quand même extraordinaire.

EMM : Pourquoi avoir choisi cette équipe-là pour votre don?

PL : Parce que j’en avais été témoin récemment — j’avais travaillé avec eux, j’avais entendu parler de leurs travaux. C’est une recherche encore assez récente dans leur cas. Alors je me suis dit : « On va leur donner un coup de main. »

EMM : Revenons à LOL: Qui rira le dernier? : Aviez-vous peur d’éclater de rire?

PL : Moi, dans la vie, je souris tout le temps. Alors quand j’ai fait la visite des lieux la veille de l’enregistrement, ils m’ont tout de suite prévenu : « Tu vas pas faire ça. »« Faire quoi? »« Tu viens de sourire. » Il faut dire que c’est probablement l’endroit le plus sévère au monde pour cette règle-là. Si vous avez regardé la version française, les participants sourient tout le temps— il n’y aurait pas une demi-heure d’émission si c’était aussi strict là-bas.

Moi, je suis rentré là sans me mettre de pression. J’y allais pour m’amuser, je ne pensais pas une seconde avoir des chances de gagner. C’est précisément ce laisser-aller — ce « J’ai aucune chance, ça n’arrivera pas » — qui m’a permis de me rendre jusqu’à la fin. Si j’avais cru avoir une chance, j’aurais peut-être été trop nerveux.

EMM : Après 32 ans de carrière, vous partez en tournée avec votre tout premier one-man show. Il paraît qu’on y découvre le « vrai » Patrice…

PL : C’est vrai. Toute ma vie, on m’a habillé, maquillé, on a écrit mes textes. J’incarnais un personnage, un animateur — ce n’était jamais vraiment moi. Là, c’est moi. Je parle de ma carrière, de ma vie, de choses que je n’ai jamais dites publiquement. Les gens me connaissent depuis 20, 30, 40 ans selon leur âge, et ils ont l’impression de me connaître parce que la télévision était tellement présente dans les foyers. Mais ce qu’ils voient au spectacle, c’est le gars avec ses inquiétudes, ses doutes, ses phobies, ses lubies — pas le Patrice poli et lisse qu’on voyait à la télé.

Après les représentations, je prends le temps de parler à tout le monde — des fois une heure, une heure et demie. Les gens me disent : « On a eu l’impression d’avoir vraiment accès à qui vous êtes. » Je me décris moi-même comme un accident de parcours. Ma carrière, c’est une suite d’accidents heureux — des endroits où je me suis retrouvé sans l’avoir planifié. Je raconte surtout comment j’ai vécu tout ça. C’est fait pour être drôle, bien sûr — les moments les plus sombres ne sont pas le but du show.

EMM : On vous décrit pourtant comme quelqu’un de très nerveux. Comment ça se concilie avec le fait de monter seul sur scène?

PL : La nervosité, pour moi, c’est exactement comme le saut en bungee. Il y a des gens qui regardent ça et qui se disent : « Jamais je ferais ça. » Mais pour ceux qui le font, c’est un rush d’adrénaline inégalable. Monter sur scène, c’est la même chose. Moi, je carbure à ça. Ce n’était pas tant de monter seul sur scène qui me stressait — c’était de parler de moi. C’était mon grand stress. Mais j’ai pris le pari de me dire : « J’ai grandi devant le monde, ça devrait les intéresser. » Et ça les intéresse. Je suis bien rassuré.

EMM : Votre expérience à la Ligue nationale d’improvisation (LNI) vous a-t-elle aidé?

PL : Oui et non. On peut improviser, c’est sûr — mais pas pendant une heure quarante d’affilée. Ce que l’improvisation m’a donné, c’est surtout la confiance que quoi qu’il arrive, je vais m’en sortir. À la LNI, quand l’arbitre sifflait et que je regardais contre qui je jouais sans savoir ce que j’allais faire — c’était un rush monstre. « Oh my God, on part pour huit minutes, qu’est-ce que je vais faire? » J’adore ça. C’est ce genre d’endorphine qui me nourrit.

EMM : Et la tournée — quelque chose vous a-t-il surpris?

PL : La qualité des salles, oui, vraiment. Quand j’ai commencé il y a trente-deux ans, les loges étaient souvent pitoyables, les théâtres parfois des polyvalentes mal équipées avec un son tout croche. Il y a une qualité de salle au Québec qui est extraordinaire aujourd’hui. Ça, c’est au-dessus de mes attentes. Et j’ai aussi remarqué à quel point le public est alerte. Il y a en moyenne une centaine d’humoristes par soir qui montent sur scène quelque part au Québec — alors les gens en ont vu.

EMM : On dit que vous êtes un grand adepte de la pêche à la mouche, et que ça aurait quelque chose de méditatif…

PL : C’est vrai, et je ne m’en étais pas rendu compte moi-même avant qu’un ami me le fasse remarquer. Il y a sept ou huit ans, on a commencé à pêcher ensemble. Il me disait : « Toi, t’as tout le temps les quatre fers en l’air — mais quand tu es dans la rivière avec tes grandes bottes, tu deviens zen, zen, zen. » Il avait raison. La pêche à la mouche, pour moi, c’est méditatif : je deviens très calme, très connecté. Il n’y a plus rien qui existe à part le poisson, l’eau, la nature. Je n’avais jamais mis le doigt dessus avant.

EMM : On dit aussi que vous avez coupé le vin pendant plusieurs mois avant le début de la tournée…

PL : Oui, pour me mettre en forme. Des fois, je joue le samedi après-midi, le samedi soir, puis le dimanche après-midi — trois shows en deux jours. À trente ans, je n’aurais pas pensé à ça. Mais couper le vin, en fait, ce n’est pas si difficile pour moi. Je le fais régulièrement, environ trois mois par année, justement pour voir si j’ai un problème. Si je trouve ça dur, je me dis que j’ai un problème. Comme ce n’est pas dur… « OK, je suis correct. » Cette fois, j’ai arrêté peut-être huit ou neuf mois, mais ça a très bien été.

EMM : Avec toute l’expérience que vous avez acquise durant votre carrière comme animateur, comédien et humoriste, quelle est la qualité la plus importante pour chacun de ces chapeaux-là, selon vous?

PL : L’animateur, d’abord, il faut qu’il soit sincèrement intéressé par l’autre. Quand tu n’es pas intéressé, ça paraît. Il faut être à l’écoute et se mettre à la place du public. Et ne pas avoir peur d’avoir l’air ridicule : des fois, on connaît déjà la réponse à une question, mais on la pose quand même parce que c’est le public qui a besoin de l’entendre, pas l’animateur. La meilleure entrevue, c’est celle où tu n’as pas suivi ton plan : tu es parti sur quelque chose d’imprévu, tu as suivi l’invité là où il allait, et c’était intéressant pour tout le monde. Pour le comédien… c’est à peu près la même chose : il faut aimer les autres, les suivre dans leur monde, leur laisser la place.

EMM : On vous a longtemps connu sous une image très lisse. Pourtant, j’ai entendu une entrevue où vous racontez avoir offert 95 voyages à des auditeurs sans l’aval de vos patrons — au point d’être qualifié de baveux. C’est qui, le vrai Patrice L’Ecuyer?

PL : Je suis beaucoup plus délinquant qu’on ne le pense. À la LNI, j’étais probablement le joueur le plus expulsé — Yvan Ponton me mettait dehors régulièrement parce que les gens m’aimaient et que ça faisait un bon show. Mon seul but dans l’improvisation –  tout le monde le savait –  c’était de faire rire Robert Gravel. Juste ça. Quand on se retournait l’un vers l’autre sur la glace, il y avait déjà une ovation debout avant même qu’on ait joué — les gens savaient que ça allait être quelque chose.

Mais à partir du moment où tu deviens animateur, c’est fini. C’est plus toi la star, c’est les autres que tu dois mettre en valeur. Tu deviens plus lisse, plus corporate. Avec le spectacle, je reviens à mes anciennes amours. Cette année, pendant l’enregistrement de Silence, on joue!, même les équipes techniques me regardaient autrement. Quelque chose avait changé. Chaque fois que je me retiens d’être baveux, les cotes d’écoute baissent un peu — alors j’ai décidé que je m’en fichais.

EMM : Et ces 95 voyages offerts en ondes?

PL : J’avais peu à perdre. Je remplaçais Christian Tétreault, qui ne pouvait pas rentrer pour des raisons légales — on m’avait dit ‘’trois mois maximum’’. Je n’étais pas animateur de radio, j’étais comédien. Alors j’ai dit aux auditeurs en ondes : « S’ils refusent de vous donner le voyage : demain matin, je ne rentre pas. » Je n’avais aucune peur des conséquences parce qu’il n’y en avait pas, pour moi. Les trois mois sont devenus trois ans. Mais c’est parce que les cotes d’écoute tenaient — pas parce qu’ils me trouvaient fin.