
La députée Manon Massé (Image tirée de sa page Facebook)
28 juin 2025UN CAFÉ AVEC… MANON MASSÉ
Activiste, militante, politicienne et ancienne co-porte-parole du parti Québec solidaire, Manon Massé est députée de Sainte-Marie–Saint-Jacques depuis plus d’une décennie, en plus d’y résider depuis bien plus longtemps. EST MÉDIA Montréal souhaitait l’entendre sur les enjeux de sa circonscription et sur ceux de l’est de Montréal, mais aussi au sujet de ses lieux coup de cœur.
EST MÉDIA MONTRÉAL (EMM) : Vous êtes en politique depuis de nombreuses années. Quelle est votre vision de la politique aujourd’hui? Est-ce que cette position a changé au fil du temps?
MANON MASSÉ (MM) : J’ai une expérience de l’intérieur. Alors, c’est une chose de voir ça de l’extérieur, à travers les médias, à travers les réseaux sociaux, à travers les mordus de politique, mais c’en est une autre d’avoir les deux pieds dedans. Il y a des choses qui n’ont fondamentalement pas changé de ma lunette à moi. Avant de faire de la politique, j’étais une activiste. Alors, l’injustice profonde du mode de scrutin du Québec, et du Canada de surcroît, ça fait plus de 20 ans maintenant que je me bats pour qu’il change. Selon moi, il est antidémocratique. Tous les partis politiques qui ont voulu le changer, quand ils sont arrivés au pouvoir, ils ont dit : « Bon, finalement, on n’a pas vraiment besoin de le changer. » Il y a toujours une distorsion entre la volonté du peuple et la représentation à l’Assemblée nationale du Québec. Je ne comprends pas que mes concitoyens acceptent ça. Il faut que ton vote compte. Ça, tu vois, ça n’a pas changé et ça me choque encore.
EMM : Quelle est votre vision, vos projets et les actions que vous comptez prendre pour Sainte-Marie en tant que députée à l’Assemblée nationale pour les prochains mois?
MM : Il y en a beaucoup, mais je vais parler d’un qui a fait les manchettes dernièrement : le poste de transformation de 315 000 kilovolts que Hydro-Québec souhaite construire à côté de la Grande Bibliothèque. Nous militons main dans la main avec les citoyens pour que ça ne se produise pas. Je veux faire en sorte qu’Hydro-Québec respecte mes concitoyens et surtout ne vienne pas défigurer pour toujours la porte de l’autobus 747. Quand tu arrives d’un autre pays par avion puis par bus, ce que tu verrais, c’est un gros bloc de transformation électrique. Donc, c’est un dossier qu’on va poursuivre avec les citoyens, qui sont très mobilisés.
Ensuite, c’est sûr que vient la question du logement, partout à Montréal, partout au Québec. Dans ma circonscription, c’est rendu qu’un 3 et demie coûte parfois plus de 2 000 $. Et pas un neuf ni un rénové! C’est odieux. Les rénovictions aussi, ça continue à se faire malgré les maintes avancées de Québec solidaire. C’est sûr que la crise du logement génère inévitablement de l’itinérance qui génère de la tension sociale.
De plus, on vit une crise de santé publique horrible qui s’appelle la crise des opioïdes dont on ne parle jamais. C’est plusieurs citoyens par semaine qui meurent, et pas juste les gens de la rue, ça peut toucher mon frère, mon père, ma soeur.
Dans ma circonscription, les gouvernements ont abandonné les services sociaux, les gouvernements successifs, que ce soit au niveau de l’éducation, au niveau de la santé, au niveau du logement social. Moi, c’est là-dessus que je travaille avec les groupes, mais aussi avec le gouvernement, qui doit faire des choix autres parce que la population est abandonnée, d’une certaine façon.
EMM : Quels sont les autres plus grands défis actuellement dans votre secteur, puis dans les autres quartiers de Montréal?
MM : C’est toute la question de la sécurité alimentaire. On est rendu à un million de Québécois et Québécoises qui vont dans les banques alimentaires. Moi, ça me préoccupe. Puis s’ils vont là, ce n’est pas parce qu’ils sont irresponsables. Il y en a un ménage sur cinq qui travaille à temps plein. Comment ça se fait que tu travailles à temps plein et que tu es obligé d’aller te nourrir de cette façon? Il y a quelque chose qui ne marche pas. Mon collègue Gabriel Nadeau-Dubois a fait ressortir l’an dernier qu’un enfant sur cinq dans nos écoles au Québec a faim. Aïe, aïe, aïe, on est un pays riche! Comment ça se fait? Ce n’est pas acceptable.

Manon Massé et et Gabrielle Rondy, directrice générale de la Société de développement commercial (SDC) du Village, devant les locaux de la SDC (Image tirée de la page Facebook de Manon Massé)
EMM : L’est de Montréal fait aussi face à des enjeux criants en matière de santé et de transport. Quel levier permettrait de corriger cette situation à votre avis?
MM : Premièrement, je confirme ton analyse, on a de sérieux problèmes, et notamment dans l’est de la Ville avec l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Je lève mon chapeau à mon collègue Vincent Marissal, qui depuis qu’il est élu ne cesse d’essayer de démontrer que l’est de Montréal est abandonné par les gouvernements du Québec. Parce que, et la CAQ a raison de le rappeler, les Libéraux n’ont rien fait.
Que ce soit en santé, transport ou logement, le levier est simple. Les gouvernements depuis M. Bouchard en 1996 n’ont cessé de diminuer les impôts. Quand le gouvernement de la Coalition Avenir Québec, en 2022-2023, a diminué les impôts des Québécois et Québécoises, ça a créé un trou dans notre portefeuille collectif de 3 milliards par année. Depuis 2023, on est déjà rendu à 6 milliards qui ne sont pas rentrés dans les coffres, donc que le gouvernement ne peut pas dépenser. Pour moi, c’est le seul levier. Et c’est pourquoi, à Québec solidaire, ma collègue Alejandra Zaga Mendez, qui est dans l’ouest et qui est responsable de l’économie dans notre parti, a fait une proposition qui est simple, c’est d’aller taxer le patrimoine – et non les revenus – des 4 000 Québécois et Québécoises qui en détiennent un valant plus de 50 millions. Ça nous rapporterait 3 milliards par année.
Alors, je pense que le seul levier qui nous permettra de prendre soin des gens, c’est d’aller chercher de l’argent où il y en a. Et Québec solidaire ne veut pas appauvrir la classe moyenne ni les plus pauvres, au contraire, le parti veut plutôt redistribuer la richesse.
EMM : L’est est souvent perçu comme « laissé pour compte » en matière d’investissements publics. Selon vous, pourquoi cette inégalité persiste-t-elle?
MM : Je fais ma théorie. L’est a toujours été l’enfant pauvre. Pourquoi? Eh bien, c’est là où était le milieu ouvrier. Ça commençait à Saint-Laurent, c’est allé vers les faubourgs puis Hochelaga. Après, ça s’est poursuivi jusqu’à Montréal-Est. Alors, c’est historique. L’est a toujours été défavorisé. Par exemple, quand il y a eu des grands projets de développement polluants, on les a envoyés à l’est.
Pour moi, l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont représente le fer de lance de cette lutte-là : un hôpital qui dessert une vaste population, extrêmement diversifiée, qui a développé des expertises à travers le Québec et plus largement, et qu’on abandonne parce que ça prendrait quelques milliards le rénover.
Je pense qu’on est les mal-aimés parce qu’on a toujours été les gens de la classe laborieuse, comme on disait à l’époque, quand j’étais jeune, des travailleurs et travailleuses, et non pas des possédants.
EMM : Le secteur de l’est est fortement industrialisé. Comment allier développement économique et transition écologique sur le territoire?
MM : Je pense que nous n’avons pas actuellement les leviers au Québec pour être capables d’agir face à nos erreurs du passé. La Terre a besoin qu’on prenne soin d’elle. Puis malheureusement, nos gouvernements adoptent des lois qui sont plutôt favorables aux industries, on l’a vu avec Northvolt. Alors, à chaque fois qu’ils se mettent à genoux devant des grandes multinationales, devant des grands projets industriels, au nom de faire travailler les gens, eh bien, ce sont nos genoux à nous qui plient. Pourquoi? Parce qu’en bout de ligne, elles ne paient pas, elles ferment leurs entreprises, elles s’en vont, et nous, on reste avec les problèmes.
Pour la planète, je pense qu’une transition est possible, mais ça demande une volonté politique que je n’ai jamais vue dans aucun gouvernement. C’est pensable. Il y a plein de projets mondialement. Nous, à Québec solidaire, on dit qu’il faut faire la transition, mais pas sur le dos des travailleurs et des travailleuses.
EMM : Sur une note plus légère, qu’est-ce que vous aimez le plus dans Sainte-Marie? Quels seraient vos lieux préférés, les endroits où vous aimez aller?
MM : J’ai la chance d’avoir un quartier qui pullule et qui est très diversifié, avec le Vieux-Montréal, le parc La Fontaine, le parc des Faubourgs, le Quartier Latin, la place des Festivals. J’ai du fun à bien des endroits, mais je vais y aller pour des éléments peut-être moins connus.
J’adore aller sur le bord du fleuve, à côté du Village éphémère, au parc des Amis du Courant. C’est au coin de chez nous. C’est un super endroit, les arbres nous font une canopée extraordinaire, on a la vue sur le fleuve, j’adore. Il y a de la vie, de une cohabitation sociale. De plus, des citoyens engagés font du nettoyage pour assurer la sécurité de tout le monde.
Je suis une amatrice de bière, et dans ma circonscription, je pense qu’on est rendu à 8 microbrasseries. J’adore leurs terrasses, surtout en été.
Le Village, je suis fière et heureuse de l’avoir dans ma circonscription. C’est le lieu refuge pour toutes les communautés LGBTQI2+, à travers le Québec. Ce n’est pas rien! C’est d’ailleurs pourquoi, il y a quelques années maintenant, j’ai fait adopter par l’Assemblée nationale une motion qui reconnaît le côté singulier du Village de Montréal. La diversité, c’est important. Malgré qu’il ait besoin d’amour, il demeure un lieu de rencontre… et ce, pour tout le monde, pas juste pour les gens de la communauté.
EMM : En terminant, est-ce qu’il y a un événement cet été que vous aimeriez partager avec les lecteurs?
MM : Absolument! Je vous invite à venir tout l’été sur la rue Sainte-Catherine, dans le Village. C’est ouvert à tout le monde, mais ne vous surprenez pas si vous voyez deux femmes s’embrasser, par exemple! Parce que c’est la place où les femmes, les hommes et les personnes trans se sentent en sécurité. Il y aura des activités tout l’été sur la place du Village. Je vous invite à y venir… d’autant plus qu’on sait que dans les années à venir, il y aura des rénovations sur la rue Sainte-Catherine. Alors, profitez-en cet été!







