Calamine (courtoisie)

Un café avec… Calamine

C’est au café Aube, sur la rue Sainte-Catherine Est, que Calamine a donné rendez-vous à EST MÉDIA Montréal pour la sortie de son nouvel album Rétrograde. Latte avoine à la main, l’interprète de « Hochelagurl » revient sur son amour du rap, l’engagement politique de ses textes et son attachement au quartier.

EST MÉDIA Montréal : Comment tu décrirais ta musique, pour celles et ceux qui ne l’auraient jamais écouté ?

Calamine : Je dirais que c’est du rap militant, féministe et porté sur la justice sociale. Mais c’est aussi du rap « good vibes », c’est quelque chose qui est important pour moi. Souvent, quand on parle de musique engagée, la première chose qui nous vient en tête, c’est que c’est un peu relou. Personnellement, j’ai quand même la préoccupation de faire de la musique qui est entraînante. Puis concernant la musique en tant que telle, je trouve que c’est dur de la décrire parce que j’ai beaucoup d’influences. Souvent, on essaie de mettre une seule étiquette, mais je pense que j’ai des influences vraiment diverses dans tout le registre du hip-hop, du R’n’B, et même un peu de l’afrobeat. Mais dans l’ensemble je dirais que c’est groovy.

EMM : Tu as commencé à jouer dans des groupes de rock, avant de te tourner vers une carrière dans le rap. Comment ça s’est passé ?

C : Je suis vraiment une mélomane, j’ai toujours écouté de tout. Comme je jouais de la guitare, je me suis retrouvée dans des bands de rock à Québec. Puis quand je suis arrivée à Montréal, le hasard de la vie a fait que j’ai rencontré mon DJ actuel, qui était mon coloc. Il trippait beaucoup sur le hip-hop, il faisait des beats et tout. C’est là où, à se côtoyer et à faire de la musique ensemble, on a eu envie de faire du rap.

EMM : Qu’est-ce qui t’a plu dans le rap ?

C : Depuis toute jeune, j’ai vraiment une obsession pour le rap. Je trouve que c’est la forme musicale la plus aboutie au niveau du texte. C’est juste trop fascinant, ce travail-là du flow, de découper le texte de manière rythmique. Pour moi, c’est extraordinaire. Puis on rajoute à ça la couche politique. Le hip-hop, c’est vraiment un véhicule politique. C’est dans sa fibre même d’être contestataire, d’être militant, revendicateur, de parler pour sa communauté. Parallèlement à ça, il y a aussi ma fibre féministe qui était vraiment titillée par le fait qu’il y avait aussi peu de rappeuses visibles.

EMM : Tu habites à Hochelaga depuis 2018. Est-ce un bon milieu pour créer ?

C : C’est un beau quartier, il y a une bonne vibe. La création, c’est quelque chose d’un peu solitaire. Je passe mes journées à aérer. Je suis beaucoup au parc Morgan, au parc Maisonneuve… Je m’en vais, je m’assois au milieu, dans le champ. J’ai l’impression d’être complètement ailleurs. Je suis beaucoup aussi dans les cafés et dans les bars. C’est comme ça que j’écris, que je fais des beats. Mon écriture est complètement entrelacée au quartier, parce que je me laisse imprégner.

EMM : Il y a beaucoup de références à Hochelaga dans tes morceaux, ce qui fait qu’on associe beaucoup ta musique et ta personne au quartier. Est-ce que c’était voulu ou ça s’est fait naturellement ?

C : Je ne pense pas que j’ai voulu faire ça volontairement. Je me méfie un peu de cette attitude qu’il y a dans le rap de dire « ça, c’est mon hood ». Il y a une idée de possession qui ne m’intéresse pas. Moi, je viens de Québec, et je me trouverais vraiment audacieuse de venir me revendiquer que ça, c’est mon quartier. C’est juste que je célèbre ce quartier-là, parce que c’est le quartier que j’observe et qui m’a accueillie. Je me sens redevable de ce quartier-là. Aujourd’hui, je ne me sens plus chez moi ici qu’à Québec, c’est quand même exceptionnel.

EMM : Tu abordes beaucoup d’enjeux sociaux très actuels dans tes textes, comme la crise du logement, la mobilité, les inégalités sociales… Comment en es-tu venue à écrire sur ces sujets ?

C : Je suis de la génération qui était à l’université pendant la grève étudiante, et ça a vraiment été un gros moment de révélation politique pour moi. Ma création est venue s’emboîter à ça, et c’est devenu ma manière de me rendre utile.

EMM : Y’a-t-il un équilibre à trouver pour traiter de ces sujets parfois lourds ?

C : Oui, ça peut être super moralisateur ou vraiment plate. On me rapporte souvent que c’est l’humour qui rend ce que je fais digeste. Le rap, c’est une musique de punchline. Il faut qu’il y ait un punch, il faut qu’il y ait des jeux de mots, il faut qu’il y ait des bonnes tournures de phrases. C’est là où ça devient intéressant. Mais c’est un jeu d’équilibriste.

EMM : Dans ton nouvel album Rétrograde, tu abordes davantage des enjeux queer…

C : Dans l’album d’avant [DÉCROISSANCE PERSONNELLE, paru en 2024], j’allais plus cibler des enjeux de justice sociale. Mais là, avec tout ce qu’il se passait médiatiquement dans la dernière année, avec le rapport du comité de sage qui a été rendu et plus généralement tout l’espèce de backlash contre les personnes trans, j’avais envie de parler un peu pour ma communauté. Par sentiment d’urgence, d’une certaine manière.

EMM : Sais-tu qui est ton public ?

C : Il y a un public du milieu du rap qui aime ma musique parce que c’est du rap qui est bien fait. Il y a du monde qui est féministe et qui n’aime pas nécessairement le rap, mais qui aiment le côté engagé de ma musique. Il y a plein de portes d’entrée. Je pense que ça ratisse assez large sur les tranches d’âge aussi. J’ai des affinités avec le hip-hop un peu plus « old school » qui parle plus à des gens dans la quarantaine par exemple. Ça se voit dans mes spectacles aussi, avec du monde plus vieux que moi qui trippent sur le rap, et qui viennent avec leurs enfants.


Le dossier spécial L’Est culturel 2026 est produit en partie grâce à la contribution financière des partenaires suivants :