
La station St-Michel (Wikimedia Commons/Pfrenetteroy)
19 août 2025Transport public et tourisme : où sont les données?
Quels sont les titres de transport que les touristes achètent le plus? À quelles périodes empruntent-ils particulièrement le réseau de transport en commun de Montréal? Et combien sont-ils à l’utiliser? Contre toutes attentes, ces données n’existeraient pas.
C’est en effet ce qu’a révélé à EST MÉDIA Montréal l’équipe des communications de la Société de transport de Montréal (STM) par téléphone. Elle ne répertorierait pas ces données, expliquant que les résidents locaux achètent aussi les mêmes titres, utilisant le réseau à l’année. Impossible de savoir vraiment qui se procure quel billet, nous dit-on.
Tourisme Montréal n’a pas non plus été en mesure de nous fournir d’information à ce sujet. « Nous n’avons pas de données sur la fréquentation des transports en commun par les touristes de Montréal », nous a révélé, par courriel, Aurélie de Blois, conseillère principale aux relations publiques et médias chez Tourisme Montréal.
L’organisation était toutefois en mesure de partager le taux de satisfaction de la population touristique face au réseau de transport en commun de la métropole. « Nous avons des données sur leur satisfaction de l’utilisation des divers moyens de transport. Plus de 90 % des visiteurs sont satisfaits de l’efficacité du transport en commun. Aussi, on sait qu’à destination, la marche (78%) et le transport collectif (67%) demeurent les principaux modes de transport. »

Michel Labrecque (Archives EMM)
« Peu probable »
Pour Michel Labrecque, qui a été, tour à tour, président-directeur général (PDG) du Festival Montréal en lumière, conseiller municipal de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, président du conseil d’administration (CA) de la STM puis, jusqu’à récemment, PDG du Parc olympique, il est « peu probable » que ces statistiques n’existent pas. Il affirme que des données sur le nombre de clients et les types de titres de transport vendus sont bel et bien accessibles, que ce soit par la STM, l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) ou encore des institutions comme Polytechnique, qui contribuent aux analyses.
EST MÉDIA Montréal a donc questionné l’ARTM à ce sujet. « Après consultation avec mon équipe d’analyse et une analyse approfondie, il s’avère que notre modèle actuel ne permet pas de distinguer un touriste d’un usager régulier du réseau », a répondu Maxime Riopel, conseiller aux relations publiques et gouvernementales à la direction générale de l’ARTM.
Polytechnique aussi s’est prononcée par écrit. « Comme les titres sont anonymes, il est difficile de savoir si la personne qui les achète est « touriste », et il n’y a pas vraiment moyen de le savoir comme il n’y a aucun suivi », a indiqué Catherine Morency, ingénieure et professeure titulaire de la Chaire Mobilité et de la Chaire de recherche du Canada sur la mobilité des personnes au département des génies civil, géologique et des mines de Polytechnique.
Néanmoins, selon Michel Labrecque, la STM, en collaboration avec l’ARTM, pourrait produire des chiffres approximatifs. Il critique d’ailleurs la justification de la STM selon laquelle les locaux et les touristes achèteraient les mêmes types de titres, rendant impossible l’identification de la clientèle touristique. « Je pense qu’on peut comparer la vente de titres particuliers (par exemple, les passes 24 heures ou week-ends) en période estivale, pour estimer l’usage touristique. »
Il croit aussi que certains titres sont explicitement conçus pour les touristes, comme les passes de 3 jours. M. Labrecque évoque également les outils de sondage utilisés par la STM et l’ARTM. « À l’aide de ces instruments, il serait possible d’estimer la part de l’achalandage touristique, par exemple en comparant une baisse de clientèle locale l’été à une augmentation liée aux touristes. »
La professeure titulaire et ingénieure Catherine Morency répond : « On peut analyser l’évolution des types de titres vendus à travers les jours, semaines et mois, et faire l’hypothèse que certains changements sont liés à la présence de plus de touristes, mais cela ne pourra pas être validé. Et on peut aussi analyser la structure des validations (entrées dans le réseau) pour ces différents types et voir s’il y a des différences, mais ce sera aussi une hypothèse. »

Catherine Morency, ingénieure et professeure titulaire à Polytechnique (Courtoisie)
Ailleurs, on en dit quoi?
Ailleurs dans le monde, comme à Paris par exemple, les sociétés de transport auraient pour la plupart des données touristiques, disposant, entre autres, de titres adaptés à cette population. Des villes comme Londres acceptent aujourd’hui les paiements sans contact via téléphone, montre ou carte bancaire, sans nécessiter de carte de transport dédiée, et un tel système serait en voie d’adoption à New York et bientôt à Montréal, indique M. Labrecque.
Dans plusieurs villes comme Paris, Lisbonne ou Barcelone, ajoute-il, les données sur les touristes sont captées via des sondages et, encore une fois, grâce à des titres de transport spécifiquement touristiques. « Cela permet d’identifier la proportion de touristes qui utilisent ces titres. Les écarts constatés peuvent ensuite être analysés pour estimer la part des touristes n’ayant pas acheté ces titres, mais étant présents dans le réseau. »
Une façon de se déplacer choisie
Bien que certains touristes prennent une voiture pour se déplacer, plusieurs optent pour le métro, une fois en ville, pour éviter les problèmes d’embouteillage et de stationnement. De plus, des outils comme Google Maps ou d’autres applications de géolocalisation orientent les touristes vers les stations de métro les plus proches des attractions. « Et le fonctionnement d’un réseau de métro est simple grâce aux lignes colorées et aux noms de stations. Celui de Montréal facilite la navigation des touristes, comme ceux des autres villes dans le monde », soutient Michel Labrecque.
Pour ce dernier, Montréal manque d’audace dans ses politiques de transport collectif, ce qui contraste avec d’autres métropoles plus avant-gardistes. « Certaines offrent des forfaits incluant automatiquement une carte de transport avec la réservation d’un hôtel, incitant ainsi les touristes à utiliser le métro dès leur arrivée. » L’intégration du transport collectif dans les forfaits hôteliers, ou encore événementiels, rehausserait selon lui la satisfaction des visiteurs, qui pourraient profiter de ces titres inclus pour découvrir la ville. « Les transports collectifs sont non seulement un outil logistique, mais un véritable vecteur d’expérience touristique, qui devrait être mieux exploité par les institutions montréalaises », termine M. Labrecque.







