Craig Sauvé, chef de Transition Montréal (Image tirée du site de Transition Montréal)

Tramway, espaces verts et sécurité alimentaire parmi les priorités de Craig Sauvé

Le chef du nouveau parti Transition Montréal a pris une place plus importante que prévu dans la présente campagne électorale, assez pour installer solidement la formation politique pour les années à venir, avance même le principal intéressé.

Selon les récents sondages, Craig Sauvé irait chercher entre 5 % et 7 % des voix à la mairie, ce qui fait particulièrement mal à son ancien parti Projet Montréal, dont il a porté les couleurs à titre de conseiller municipal dans l’arrondissement du Sud-Ouest de 2013 à 2021, avant de quitter la formation de Valérie Plante en raison d’une allégation d’agression sexuelle, qu’il a toujours réfutée. En effet, sa plateforme progressiste semble charmer une partie de l’électorat des premiers jours de Projet Montréal et affecter peu celui d’Ensemble Montréal.

« Je pense qu’il y a une grande partie de l’électorat qui a déjà abandonné Projet Montréal pour toutes sortes de raisons : insatisfaction avec leur gestion en premier lieu, mais aussi parce qu’ils ont délaissé certains de leurs principes de gauche », affirme le candidat. Selon ce dernier, les Montréalais ont besoin de plus de nuances dans la présente campagne, alors que les deux principaux partis sont beaucoup « dans la confrontation et les attaques » depuis plusieurs mois déjà. « Je crois également que les gens ont besoin de propos nuancés, d’entendre des idées et de pouvoir compter sur un parti qui a une vision claire pour Montréal. Ce que je constate, c’est qu’avec une troisième voix comme la nôtre, ça force justement les deux autres partis à nuancer davantage. On l’a vu ces deux ou trois dernières semaines, et c’est une bonne chose. Ça élève le débat. »

Des visées pour l’est de Montréal

Sans surprise, le chef de Transition Montréal aborde le sujet de l’est de Montréal en insistant sur l’importance de doter le territoire d’un réseau de transport structurant. « Nous avons été très clairs dès le début de la campagne en appuyant le projet de tramway de l’est. Parce qu’un des gros catalyseurs de développement économique et de développement social est un transport en commun de qualité. L’est de Montréal a un énorme potentiel, mais il a été trop longtemps ignoré pour les projets de développement, on l’a relégué trop souvent au second plan en termes de grands projets métropolitains. Le tramway, si le projet qui sera présenté répond aux attentes d’efficacité, sera une base essentielle sur laquelle beaucoup de projets de développement pourront s’appuyer », exprime l’aspirant maire.

Le deuxième point amené par Craig Sauvé est le manque d’espaces verts dans l’est de Montréal, une situation qui le préoccupe. « On a les bords de l’eau dans l’est, on a des berges, mais il faut aller beaucoup plus loin avec l’idée de développer un sentier bleu et vert sur ce grand territoire qui viendrait connecter les quartiers. Un projet certainement de longue haleine, qui demandera des achats de terrains, des permissions, des servitudes, mais il faut arriver à mettre en place un réseau comme ça dans l’est de Montréal. Je crois beaucoup en ce projet-là », soutient-il. Ce qu’il imagine pour le territoire n’est pas sans rappeler le fameux Grand parc de l’est, un projet porté depuis huit ans par l’équipe de Valérie Plante, mais qui ne s’est jamais concrétisé.

Restant dans la thématique du vert, le chef de Transition Montréal croit que l’est de Montréal pourrait notamment devenir un chef de file en phytoremédiation, une technique naturelle de décontamination de sols par les végétaux. « C’est un dossier porté par notre candidate vedette à la mairie de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, Anaïs Houde, bien connue entre autres pour son implication citoyenne contre l’implantation de Ray-Mont Logistiques. Je trouve que c’est brillant, car il existe dans l’est une expertise à ce sujet (NDLR : voir https://estmediamontreal.com/espace-pour-la-vie-biodiversite-phytotechnologies/), et comme on le sait, le territoire ne manque pas de terrains à décontaminer. Alors, pourquoi ne pas exploiter tout ça de façon durable et responsable? Et même exporter par la suite ce savoir-faire? »

La sécurité alimentaire est un autre enjeu auquel Transition Montréal veut s’attaquer, et le développement de projets en agriculture urbaine, notamment, pourrait s’avérer un créneau intéressant pour l’est de Montréal, avance Craig Sauvé. « On est assez vulnérables avec les changements climatiques et la chaîne d’approvisionnement internationale en termes de bouffe. Montréal doit s’engager sérieusement dans sa sécurité alimentaire, et je pense qu’il faut investir tant au niveau des fermes urbaines, comme le font Lufa et la Cuisine Collective Hochelaga-Maisonneuve, que dans l’industrie bioalimentaire locale. Et l’est de Montréal, on le sait, abrite plusieurs entreprises dans ce domaine. Il faudrait aider au développement structuré et durable de ce pôle économique. »

Logement et itinérance

Le premier engagement que Transition Montréal a pris en début de campagne demeure probablement celui qui permet le plus à la nouvelle formation politique de se démarquer de ses adversaires. On propose de taxer les « ultra riches » pour financer davantage les services offerts aux personnes en situation d’itinérance.

Cela se concrétiserait par l’instauration de deux nouvelles sous-catégories d’immeubles résidentiels haut de gamme, soit les propriétés unifamiliales dont la valeur foncière dépasse 3,5 M$ (qui seraient soumises à un taux de taxation équivalant à 1,25 fois le taux standard), et les propriétés unifamiliales dont la valeur foncière dépasse 5 M$ (qui seraient soumises à un taux de taxation équivalant à 1,33 fois le taux standard).

« Au début de 2021, c’est 3 M$ ou 4 M$ par année que la Ville dépensait sur l’itinérance, donc très peu. Finalement, avec beaucoup de pression, on a monté jusqu’à 10 M$. Nous, on propose d’aller à 30 M$ et de gérer ça avec les organismes sur le terrain. En démontrant qu’on peut faire beaucoup pour améliorer la situation, je crois que ça va encourager les paliers supérieurs à investir davantage », indique Craig Sauvé.

En ce qui concerne le démantèlement des campements, l’aspirant maire dit qu’il est contre « ces évictions forcées », qui ne font que « vulnérabiliser les gens davantage ».

« La Ville a été très gentille et diplomatique à date sur les questions du logement et de l’itinérance. Moi, je veux « fighter » pour faire bouger les choses, faire beaucoup plus de bruit et exiger des gouvernements supérieurs qu’ils prennent leurs responsabilités. Et pas seulement sur ces dossiers, il faut que Québec notamment arrête d’ignorer sa métropole, car c’est le cas malheureusement depuis plusieurs années », termine le chef de Transition Montréal.