
La boutique Terre à soi sur Hochelaga a fermé ses portes au printemps dernier (Jennifer Jetté / EMM)
17 juillet 2026Tétro niché ?
NDLR : Nous publions aujourd’hui un texte de Jennifer Jetté, dans le cadre du cours de journalisme-entrepreneur de l’Université de Montréal. Jennifer est une résidente du quartier Tétreaultville, dans l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.
8 mars : journée internationale des droits des femmes. Une infolettre annonce que les boutiques écologiques Terre à soi fermeront. Ainsi, c’est un autre commerce de Tétreaultville qui ferme, et une femme entrepreneure en moins.
Ces pieds carrés d’une boutique prisée des gens du coin viendront s’ajouter au 10,36 % de locaux commerciaux vacants dans le quartier, selon les données de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve. Nous avons rencontré la propriétaire, Annie Martel, avant qu’elle ne quitte son local, dans l’arrière-boutique d’un emplacement initialement loué comme entrepôt, et finalement devenu un petit magasin. Dans la boutique, des employés servent toujours des clientes fidèles, qui attendaient dès l’ouverture pour profiter de rabais avant la fermeture définitive des boutiques montréalaises Terre à soi le 19 avril.
Commerce local : une affaire d’aventure, de résilience et de ténacité
L’aventure a débuté en 2009 pour Annie Martel, alors qu’elle ne trouvait pas de fournisseurs de produits nettoyants écologiques près du restaurant qu’elle possédait dans Hochelaga. « En 2009, la consommation écoresponsable, on n’était pas là encore. Le vrac, c’était quelque chose de vraiment funky ! », dit-elle. Si elle a décidé de fermer, c’est qu’elle préfère lancer de nouveaux projets plutôt que de les gérer à long terme. Elle veut commencer un prochain chapitre.

Annie Martel (photo LinkedIn)
Elle constate que le contexte a changé : « Avant, je dirais que c’était l’âge d’or du zéro déchet. On dirait que la pandémie, ça a redonné le droit de polluer. » À Montréal, ses baux arrivaient à échéance et les loyers sont élevés. La communication avec la Ville lors de travaux sur la rue commerciale était aussi difficile…
Elle conserve par contre sa boutique à Prévost, près de chez elle, grâce à une équipe stable et une relève identifiée. La boutique en ligne continue. Les produits en vrac seront désormais vendus à l’épicerie écoresponsable Frugal.
Sa clientèle de Tétreaultville était principalement composée de femmes plus âgées que celle d’Hochelaga, qui est plus étudiante. Cela n’a rien d’étonnant, puisque, dans le quartier, les femmes représentent 51 % de la population. La moyenne d’âge est de 41,5 ans et 18 % des gens ont plus de 65 ans.
Elle se souvient d’une entrevue accordée à Marie-France Bazzo en 2009, où elle disait : « Quand ça va être rendu dans les grandes surfaces, je vais me dire que j’ai réussi mon pari de faire changer la consommation, puis je mettrai la clé dans la porte. »
Près de la boutique se trouve la Place des commerçantes, aux coins des rues des Ormeaux et Hochelaga. Inaugurée en 2025 par la Ville, elle rend hommage aux femmes qui ont tenu commerce dans le quartier. Elle est voisine de la Crèmerie du Bonbon Plaisir où nous avons rencontré Lyza Fréchette, copropriétaire.
Du réconfort bien ancré dans le quartier
Il y a douze ans, Lyza et son conjoint Stéphane ont lancé leur propre entreprise en répondant à une petite annonce : Crèmerie à vendre, cause décès. Ils ont acquis le fonds de commerce sans connaître le quartier et ont loué un local plus au nord de leur adresse actuelle, sur la rue des Ormeaux.
La femme d’affaires connaît le milieu, elle a déjà travaillé dans une crèmerie. Elle s’occupe de l’administration pendant que son conjoint gère la machinerie et l’équipement. Ils sont ouverts du 1er avril au 31 octobre, de midi à 22 h en haute saison, et emploient principalement des étudiants.
Avant la COVID, alors que Lyza est enceinte, ils ont acheté et rénové leur bâtisse actuelle. Pendant la pandémie, ils n’ont pas arrêté : « Les médias sociaux sont devenus partie prenante de notre quotidien. On ne fait pas d’autres publicités. On a commencé à faire de la livraison de crème glacée. Stéphane allait les livrer. » Aujourd’hui, la livraison de crème glacée compte pour 7 % des ventes.
Lyza Fréchette pense que son commerce se distingue par ses prix abordables, et par son ambiance familiale et colorée avec des graffitis, des balançoires et une machine à barbe à papa. Soulignons que la plupart de leurs fournisseurs sont québécois, une valeur chère à leurs yeux.
Ils ont tranquillement développé une clientèle fidèle dans un quartier où les familles avec enfants comptent pour 64 % des ménages du district. « Comme on n’offre pas que de la crème glacée, ça rejoint aussi le papa qui est plus affogato, la maman qui est plus santé avec un yogourt glacé et l’enfant qui veut un trempage avec une garniture bizarre ! », affirme la copropriétaire de la crèmerie.
Ils ont innové avec un injecteur de saveur pour leur crème glacée molle et, sur un « coup de tête », ont acheté un camion de cuisine de rue. Ils organisent 15 à 20 événements par saison avec 3 à 4 employés.
Lorsque des voleurs, connus dans le quartier, ont cassé leur vitrine l’été dernier, il y a eu beaucoup de solidarité. Un quincaillier a livré du matériel, des clients ont nettoyé la vitre et un ami graffeur a embelli la barricade.
Lyza déclare que la Place des commerçantes est un cadeau du ciel, même si les travaux ont duré quatre mois et que les revenus ont baissé pour la première fois en onze ans. « C’est la plus grande terrasse d’une crèmerie à Montréal ! Je suis chanceuse d’avoir ça à côté de chez nous ! »
Un but commun, des outils qui ne font pas l’unanimité
Les deux commerçantes ont en commun d’avoir été membres de l’Association des Commerçants de Tétreaultville (TETRO), cofondé en 2018 par Lyza, pour aider le quartier à prospérer et attirer de nouveaux commerçants.
En 2024, un référendum pour convertir l’association en Société de développement commercial (SDC) a divisé le groupe. Le conseil d’administration a démissionné en bloc et la directrice générale est partie. De nouveaux élus, bénévoles, sont en place depuis mars dernier pour continuer la mission.
Annie, ancienne vice-présidente, croit qu’ils ont manqué une super opportunité. Avec une SDC, les cotisations deviennent obligatoires, ce qui permet un financement prévisible et l’accès à différents paliers de gouvernement.
Après ces rencontres, à titre de résidente du quartier, je réalise qu’il faudra une volonté concertée et des décideurs ouverts pour revitaliser ce quartier, notamment du côté de l’arrondissement.







