
Photo: Irène Londono
11 août 2025Terrains de baseball dans VSP: le réaménagement du parc Le Prévost ravive le débat autour des disponibilités
Dans l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (VSP), le terrain de baseball du parc Le Prévost disparaîtra pour faire place à un espace jardin « axé sur l’art et la poésie », dans le cadre du réaménagement lié à la future Bibliothèque Caroline Dawson. Cette décision, contestée par l’Association de baseball amateur Jarry (ABAJ) et plusieurs parents de joueurs, a déclenché une pétition de plus de 1500 signatures en une semaine. L’enjeu dépasse toutefois le cas du parc et soulève une question plus large pour les adeptes de ce sport : la disponibilité des terrains de baseball dans l’arrondissement.
Entre les données de VSP, faisant état de plusieurs terrains disponibles sur le territoire, et les témoignages des associations, le portrait est contrasté : terrains parfois inoccupés le week-end, mais saturés en semaine.

La mairesse de VSP, Laurence Lavigne Lalonde (Courtoisie)
Pour l’arrondissement, la situation est claire : le nombre de terrains disponibles est suffisant et certains sont même sous-utilisés. « En ce moment, on peut même accueillir une augmentation de notre capacité d’utilisation des terrains de baseball », affirme la mairesse Laurence Lavigne Lalonde. Elle précise que « les terrains ne sont pas utilisés à 100 % (…) Ils (l’ABAJ) ont accès à nos terrains 233 heures par année parce que c’est ce qu’ils nous demandent. (…) Avec les heures qu’on offre déjà̀, il pourrait y avoir plus de joueurs que ce qu’il y a déjà̀ avec le même nombre d’heures si on ne changeait rien, parce qu’il arrive que les vendredis, samedis et dimanches, nos terrains soient vides, même s’ils sont réservés par la ligue de baseball », fait remarquer l’élue. Cette dernière précise aussi que « nous (l’arrondissement), on ne fait pas la répartition de qui joue où. C’est à l’association de baseball de faire ça ».
L’élue propose d’améliorer la planification en collaboration avec l’ABAJ afin d’optimiser les plages horaires disponibles. « (…) On pourrait s’asseoir avec l’ABAJ pour mieux planifier qui va jouer à quel terrain », avance Mme Lavigne Lalonde. Pour l’arrondissement, le problème ne réside donc pas dans le nombre de terrains, mais dans la façon dont ils sont utilisés.
Un sport de semaine sous pression
L’ABAJ dresse un portrait différent. Son président, Maxime Brossard, soutient que les créneaux en semaine sont saturés et que la demande dépasse largement l’offre. « Cette année, avec l’essor du baseball féminin, puis le nombre d’équipes qu’on a, c’est un record, on a de la difficulté à combler les besoins », explique-t-il. Ce dernier rappelle que le baseball est avant tout « un sport de semaine » et que « la fin de semaine, les enfants ont des activités, les familles ont des chalets ».

Photo: Irène Londono
Cette observation est partagée par Martin Bradette, président-directeur général de l’Association des sports de balle à Montréal (ASBM), qui constate que « si on regarde la plage horaire de 18 h 30 à 20 h 30 durant la semaine, elle est occupée à 100 %, il n’y a pas de disponibilités, ça c’est sûr et certain ». Il nuance toutefois ses propos : « Mais si on regarde l’utilisation des terrains jusqu’à 23 h, l’utilisation les fins de semaine, là, c’est sûr qu’on augmente le nombre d’heures de disponibilités de plateaux qui ne sont pas nécessairement comblées », précise-t-il.
Faute de créneaux disponibles durant la semaine, l’ABAJ indique faire un tirage pour attribuer deux pratiques par semaine aux équipes. Isabelle Delisle, bénévole et maman, rapporte que les enfants n’ont pas pu se pratiquer la semaine dernière : « On n’a eu aucune pratique parce qu’on n’a aucune disponibilité ». Elle précise que le seul créneau offert pour douze équipes était un vendredi soir de 18 h à 20 h au parc Le Prévost.
Un système d’attribution critiqué
Cette divergence de points de vue peut entre autres s’expliquer par la méthode d’attribution des terrains, selon Maxime brossard. Chaque début d’année, l’Association de baseball amateur Jarry (ABAJ) transmet à la Ville une estimation globale du nombre d’heures de terrain nécessaires, en se basant sur les inscriptions de la saison précédente et une prévision de croissance. La Ville attribue ensuite ces heures en fonction des disponibilités, sans que l’association ne puisse choisir précisément les lieux ou les plages horaires. « Ce n’est pas nous qui faisons une demande explicite de dire « je veux le terrain 2 le dimanche soir jusqu’à 23 h » », explique M. Brossard, précisant que certains créneaux sont peu exploitables car les terrains attribués peuvent être non éclairés, trop petits ou inadaptés. « On ne va pas envoyer des jeunes filles de 9 ans sur un terrain de baseball pas éclairé à 9 h le soir quand il y a de l’école le lendemain », indique ce dernier. « Ils (la Ville) incluent dans notre permis des terrains inutilisables juste pour faire parler les chiffres », déplore-t-il.
En réponse à cette situation, l’arrondissement s’est dit prêt à collaborer avec les associations de baseball pour optimiser le procédé d’attribution des terrains. « On a près de 24 mois avant le début des travaux pour y arriver. Dans cette réflexion, il est important pour nous d’avoir en tête l’équité sociale et territoriale pour garantir un meilleur accès aux infrastructures municipales pour toutes et tous. Je suis confiante que nous arriverons à relever ce défi », a indiqué la mairesse Laurence Lavigne Lalonde.
Les adultes en fin de soirée
La priorité sur les terrains de baseball semble donnée aux jeunes et aux enfants, ce qui laisse aux ligues d’adultes les créneaux restants en soirée, soulève Stéphane Laberge, gestionnaire de la Ligue balle-molle Crémazie. « Les jeunes jouent toujours plus de bonheur, donc nous autres, on ne peut pas avoir les terrains avant 21 h heures environ », indique-t-il.
Ce dernier souligne également l’importance d’éclairer les terrains de baseball. « S’ils mettent des lumières, ils vont pouvoir en mettre trois (terrains) faciles, dont des ligues adultes qui vont pouvoir jouer là », fait-il remarquer. Actuellement, seulement quatre des sept terrains de baseball de l’arrondissement sont éclairés.
Si l’on se fie aux données et témoignages recueillis, la réponse à la question posée en ouverture — « est-ce qu’il y a assez de terrains dans VSP pour répondre à la demande ? » — dépend donc de la période de la semaine que l’on considère. En soirée la semaine, les terrains disponibles sont utilisés à pleine capacité. En revanche, le week-end, plusieurs créneaux restent libres et pourraient éventuellement accueillir davantage d’équipes.







