
L’édifice de l’HMR vu de l’entrée de l’urgence (Emmanuel Delacour/EMM)
5 septembre 2026Temps d’attente dans les urgences : un citoyen lance une application
Un développeur travaillant à son compte, Han Kim, a décidé de lancer sa propre application pour mesurer le temps d’attente et le taux d’occupation des urgences. Notamment ceux de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR).
Mais pourquoi ne pas s’en tenir aux calculs disponibles sur la plateforme proposée par Santé Québec? « Le ministère publie l’heure courante puis l’écrase, alors personne ne peut regarder une semaine en arrière », affirme M. Kim, qui tient une archive horaire de 120 urgences au Québec.

Han Kim (courtoisie)
Tout en soulignant que ses fonctions ne sont nullement liées au réseau de la santé ni même à un quelconque contrat public, le développeur affirme avoir découvert que Santé Québec ne publiait que l’heure en cours des urgences par accident alors qu’il travaillait sur autre chose. « La première fois que j’ai voulu comparer un chiffre du jour à celui de la veille, la veille n’existait plus. J’ai commencé à en garder une copie chaque heure. »
Cette découverte l’a d’ailleurs incité à concevoir sa propre application iPhone. Pour ce faire, il doit avoir encore recours aux fichiers diffusés par le ministère. « J’archive les relevés horaires des urgences que Santé Québec publie et écrase à chaque mise à jour. Si bien que la durée d’un débordement disparaît du tableau public.»

Catherine Brousseau, porte-parole aux relations médias de Santé Québec (courtoisie)
Du côté de Santé Québec, on donne toutefois un autre son de cloche. « Les données d’achalandage des urgences ne sont pas écrasées quotidiennement. Bien que les indicateurs affichés publiquement présentent un état en temps quasi réel, nous disposons de données statistiques historiques qui remontent aux années 1990. Ce qui permet d’effectuer des analyses et des comparaisons dans le temps », précise dans un courriel Catherine Brousseau, porte-parole aux relations médias de Santé Québec.
Le cas de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont
Le travail d’archivage de M. Kim lui a tout de même permis de documenter l’ampleur de la fréquentation de l’urgence de HMR. À titre d’exemple, il expose la période du 21 août à 22 heures au 28 août à 16 heures, où il a noté l’affluence d’heure en heure pour un total de 160 heures consécutives: « l’occupation des civières à Maisonneuve-Rosemont a tourné autour de 95,5 % en moyenne. Elle est passée sous les 100 % dans 93 des 160 heures. »
Ainsi, le fait que Santé Québec choisit de ne pas montrer l’achalandage des jours antérieurs de HMR a pour effet, selon M. Kim, de fausser quelque peu les données disponibles en ligne. Sans cet élément corporatif, « l’urgence a donc l’air correct la plupart du temps. »
M. Kim fait donc la moyenne des relevés des divers établissements pour en produire un classement basé sur la colonne « personnes en attente de voir un médecin » des fichiers de Santé Québec. « HMR sort au quatrième rang pour la pire moyenne de personnes en attente d’être vues au Québec. Avec 42,6 personnes en attente en moyenne, minimum 11, maximum 78, sur 160 relevés. » Les trois autres centres hospitaliers étant « Charles-Le Moyne à 47,9 personnes, Pierre-Le Gardeur à 45,3 et la Cité-de-la-Santé à 43,6. »
Il compare la situation de HMR avec un établissement situé à proximité. « Santa Cabrini, à quelques minutes de là, affiche une occupation de civières presque identique sur la même semaine: 94,6 %, avec une salle d’attente de 17,1 personnes en moyenne qui n’a jamais dépassé 30. La médiane provinciale est à 59,1 %. Santa Cabrini, même quartier, est à 79,7 %. »
Mme Brousseau apporte une nuance à ces calculs concernant HMR : « il s’agit de l’une des plus grosses urgences du Québec en termes de volume d’activité. Il est donc attendu qu’elle figure parmi ceux comptant le plus grand nombre moyen d’usagers en attente. Cette observation doit être interprétée à la lumière de l’ampleur de l’achalandage et du nombre total de patients pris en charge par cette urgence. » Pour avoir l’heure juste, la porte-parole de Santé Québec invite la population à « consulter le tableau de bord public de la situation dans les urgences. »







