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La Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve a 30 ans

Alors qu’elle célèbre son 30e anniversaire, la Table de quartier Hochelaga-Maisonneuve (LTQHM) revient sur son histoire et sur les défis qui l’attendent dans un contexte où les crises sociales sont toujours d’actualité.

Incorporée en 1995, l’organisation est née de l’ancien Conseil pour le développement local communautaire d’Hochelaga-Maisonneuve, qui regroupait des organismes et groupes communautaires du quartier, mais aussi des personnes issues du monde institutionnel et des représentants de l’Arrondissement.

Si cet organisme rassembleur, qui aide le réseau communautaire à établir ses objectifs et à se mobiliser, poursuit la même mission qu’à ses débuts (lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale), il a toutefois connu d’importants changements durant les trois dernières décennies.

Jonathan Alarie, directeur général de LTQHM (Image tirée du site Internet)

« C’est plus au niveau des moyens et des réalités que cela a changé. Il y a 30 ans, c’est sûr que l’enjeu majeur qu’est aujourd’hui l’itinérance était beaucoup moins présent. Toutefois, les problèmes au niveau du logement, c’était déjà dans les cartons. Il y a des choses récurrentes qui sont restées », souligne Jonathan Alarie, directeur général de LTQHM.

Il y a 30 ans, Manon Massé, députée actuelle de Québec solidaire dans Sainte-Marie–Saint-Jacques, était organisatrice communautaire et avait pris en main le dossier de l’élaboration de la structure de la Table. « Il y a avait un désir de se rassembler dans le quartier autour d’enjeux. C’était un moment phare [dans Hochelaga-Maisonneuve] », insiste Mme Massé.

L’actuel directeur général de LTQHM n’était pas présent à ce poste il y a 30 ans. Il détient néanmoins 20 années d’expérience dans le communautaire à Hochelaga-Maisonneuve. L’homme constate un « certain recul » dans les orientations de la Table telles qu’elles ont été mises en relief dans son dernier Plan de quartier (2024-2029). « On est revenu à des besoins de base : se nourrir, se loger. Ça fait une vingtaine d’années que je suis intervenant dans le quartier et il y a eu des époques où on parlait plus de cohabitation et de mixité. On pouvait pousser un peu plus loin nos orientations. Avec les crises qu’on vit en ce moment, il a fallu qu’on revienne aux besoins de base de la population », se désole M. Alarie.

Cela pose un défi de taille à la Table qui doit trouver un équilibre dans ses services, alors que le quartier s’est embourgeoisé tout en conservant une importante population de personnes vivant sous le seuil de la pauvreté. « C’est normal pour une table de quartier d’évoluer au fil du temps en raison de la concertation avec ses acteurs, reconnaît de son côté Mme Massé, qui ajoute ne pas être surprise de ce changement des priorités. Je pense que ce qui est surprenant et inacceptable, c’est de voir que malgré le fait qu’en 2002, on a eu une loi [au Québec] pour l’élimination de la pauvreté [Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale], on se retrouve dans nos quartiers centraux, comme Hochelaga-Maisonneuve, avec une pauvreté subie de plein fouet. Les défis de rester en dehors de la rue, de trouver un logement, de vivre à plusieurs dans un logement pour subsister en plus de l’insécurité alimentaire [sont toujours présents]. »

Manon Massé, actuelle députée de Québec solidaire dans Sainte-Marie–Saint-Jacques et ancienne organisatrice communautaire (Image tirée de sa page Facebook)

En effet, signe d’un certain embourgeoisement, le revenu moyen des ménages du quartier était de 70 600 $ en 2021. Il s’agit d’une augmentation de 32,4 % par rapport à 2016, selon les données de Statistique Canada. Cependant, la même année, près d’une famille sur cinq (18,6 %) qui vivait à Hochelaga-Maisonneuve avait un faible revenu. Cette proportion est supérieure à celle observée encore une fois en 2021 dans l’arrondissement (16,2 %) ainsi qu’à la moyenne montréalaise (17,4 %), indique le portrait de quartier rédigé en 2025 par LTQHM.

« D’un côté on veut offrir de l’aide pour des initiatives comme le verdissement des ruelles. Mais de l’autre, certaines personnes nous disent d’arrêter de mettre de l’avant ce genre d’idées, car elles contribuent à l’embourgeoisement et à la hausse des loyers », constate M. Alarie.

Financement du communautaire

Grâce à sa concertation, dans le passé, la Table a pu propulser d’importants projets sur son territoire, notamment l’aménagement de la promenade publique Luc-Larivée, autour d’une ancienne emprise ferroviaire située au cœur du quartier. Le tout était porté par la Revitalisation urbaine intégrée (RUI) Hochelaga en 2015, dont les consultations ont été menées par LTQHM. « Cela a permis de mobiliser beaucoup de monde autour d’enjeux d’urbanisme qui étaient moins présents dans leur quotidien à ce moment », remarque M. Alarie.

Par ailleurs, la question du financement est plus que jamais le nerf de la guerre pour plusieurs des organismes, particulièrement en ce qui concerne la façon dont sont attribués les montants. Ainsi, si plusieurs revendiquent plus que jamais qu’on assure le « financement à la mission » pour les organismes, soit des montants récurrents afin d’en pérenniser le fonctionnement, c’est plutôt le « financement par appel à projets » qui est devenu monnaie courante.

« Les organismes doivent se demander s’ils devraient modifier leur offre de services pour correspondre à l’appel à projets qui permettrait leur financement. Des fois, il y a un sentiment que les organismes sont devenus sous-traitants de l’institutionnel », affirme le directeur de LTQHM.

« Le financement à la mission, c’est une particularité dont le Québec était si fier de pouvoir montrer à l’international. Parce que oui, on a nos institutions publiques en santé et en éducation, mais on a aussi un réseau énorme d’expertise qui est pris en main par les gens des communautés et qui permet d’expérimenter l’engagement social, la démocratie, le vivre-ensemble. En ce sens, c’est évident que de reconnaître le financement à la mission [devrait pouvoir se faire et être] une priorité pour un gouvernement qui veut s’occuper de tout son monde », conclut quant à elle Mme Massé.