Sofiane Benyouci, associé directeur chez Innovitech, et Jean-Denis Charest, PDG de la CCEM (photo tirée de la page Facebook de la CCEM)

Sommet Climat : la CCEM dévoile les résultats de son étude sur la transition industrielle

La Chambre de commerce de l’Est de Montréal (CCEM) a présenté la semaine dernière les avancées de son Chantier sur la transition industrielle, qui vise à décarboner les industries du territoire.

Cette présentation a eu lieu dans le cadre du Sommet Climat Montréal qui réunit chaque année des acteurs économiques, associatifs et académiques, en vue d’accélérer la transition climatique dans la métropole et d’atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

Au Québec, le secteur industriel serait responsable de près de 30% des émissions de gaz à effet de serre. Les efforts de transition climatique concernent ainsi tout particulièrement l’est de Montréal, qui est un bassin industriel et manufacturier important.

La CCEM présentait donc cette année le panel « Accélérer la transition industrielle dans l’est de Montréal : perspectives pour 2026 ». Son PDG Jean-Denis Charest y a fait le point sur le Chantier sur la transition industrielle, lancé il y a deux ans, et qui vise à favoriser une « productivité durable » dans l’est de Montréal en soutenant les entreprises dans la décarbonation de leurs activités.

Tirer profit de la proximité

L’idée de ce Chantier, relate Jean-Denis Charest, est de profiter de la proximité géographique des entreprises pour optimiser les coûts et l’efficacité de la transition industrielle. Alors que la décarbonation groupée s’opère généralement par secteurs économiques, la CCEM propose de rassembler les entreprises d’un même territoire pour initier une transition commune.

La CCEM a ainsi réalisé une étude stratégique pour diviser l’est de Montréal en plusieurs « grappes géographiques », soit des zones de concentration d’entreprises. Dix grappes ont été formées, de manière à ce qu’elles soient le plus équitable possible en termes d’émission de CO2. Parmi elles se trouvent celles d’Anjou, de Parc industriel — Pie IX ou encore de Plateau Mont-Royal — Centre-ville.

L’étude préliminaire a ensuite retenue une grappe, celle de Rivières-des-Prairies, pour l’analyser en profondeur et lui proposer des projets de décarbonation. Cette grappe, qui représente 18,2 % des émissions totales, a été identifiée comme l’une de celles ayant le plus grand potentiel de décarbonation.

Collectiviser la transition

Jean-Denis Charest a donc présenté les sept initiatives qui pourraient être mises en place conjointement par les entreprises de la grappe de Rivières-des-Prairies, pour décarboner leurs activités en mutualisant les coûts et les efforts.

Parmi elles figure l’installation de panneaux solaires photovoltaïques, bénéfique sur le plan environnemental et économique, les entreprises utilisant davantage d’énergie renouvelable tout en disposant de leur propre réserve. Le projet est particulièrement pertinent dans le cas de l’est de Montréal, qui dispose de 5 millions de pieds carrés de toiture industrielle exploitable, selon les données de la CCEM.

Il est ensuite suggéré d’électrifier les camions de ces entreprises pour les courtes distances, alors que l’est de Montréal est une plateforme logistique importante, et que le transport lourd représente environ 10% des émissions de GES au Québec, selon le gouvernement provincial.

L’étude propose enfin d’investir dans une usine de biométhanisation pour recycler les déchets organiques, d’optimiser les feux de circulation pour réduire les arrêts, polluants, des camions lourds, ou encore d’investir dans des technologies pour réduire la consommation d’énergie pour le chauffage et la climatisation.

Bien qu’elles aient été pensées par et pour les entreprises de la grappe de Rivières-des-Prairies, ces mesures ont aussi un « potentiel de réapplication », souligne Jean-Denis Charest. Elles pourront ainsi être transposées aux autres grappes de l’est et même ailleurs au Québec.

Un besoin d’accompagnement

« Ces initiatives, si elles ne sont pas accompagnées, ne mèneront pas aux résultats attendus », note le panéliste Sofiane Benyouci, associé directeur chez Innovitech. La prochaine étape est ainsi d’accompagner les entreprises dans ce Chantier de la transition industrielle, alors que le contexte ne favorise pas les projets collectifs et climatiques.

Depuis le lancement du Chantier il y a deux ans, la CCEM s’est en effet rendue compte que très peu de synergie existait entre les entreprises voisines. « Elles ne se parlent pratiquement pas », rapporte Jean-Denis Charest. Dans un contexte économique et géopolitique difficile, ces entreprises « se concentrent d’autant plus sur elles-mêmes », et tendent à retirer la décarbonation de leur liste de priorités, observe le PDG.

Le défi pour la CCEM est donc de motiver et de rassembler les entreprises de l’est autour de ce chantier collectif, ce qui nécessite de créer des liens de confiance et d’offrir un accompagnement, selon M. Charest, qui propose la création d’une cellule d’accompagnement pour soutenir les entreprises dans la réalisation des projets.

Le panel s’est suivi d’une table ronde sur invitation, où des représentants d’entreprises et des membres du Chantier se sont réunis pour discuter de la mise en place des initiatives présentées.