La murale TOUJOURS, réalisée par l’artiste Ben Johnston, a été inaugurée officiellement le 15 octobre dernier au 4240, rue Augustin Frigon (SDA Angus/Olivier Bousquet)

SOCIÉTÉ DE DÉVELOPPEMENT ANGUS : LA REVITALISATION DU TERRITOIRE PASSE AUSSI PAR LA CULTURE

Au-delà de son rôle de constructeur immobilier, la Société de développement Angus (SDA) vise à créer des milieux de vie complets, incluant une offre culturelle qui se déploie peu à peu dans l’est de Montréal. Voici quelques projets en ce sens qui sont en cours ou qui verront le jour dans les prochaines années.

À la suite de la fermeture des usines de la compagnie de chemins de fer Canadien Pacifique au début des années 1990 dans le quartier Angus de Rosemont—La Petite-Patrie, la SDA a réalisé en 1998 son premier grand chantier, la rénovation du Locoshop Angus. Puis, le Technopôle Angus s’agrandit au fil des années, faisant sortir de terre des immeubles résidentiels, des locaux commerciaux et des espaces publics.

Sur le site du Technopôle, plusieurs éléments artistiques ont été intégrés dans le paysage urbain, notamment une murale, réalisée l’an dernier par l’artiste Ben Johnston avec l’organisme MU.

« Train de vies », sculpture de Roger Langevin, sur la place Léopold Beaulieu (Photo : Thierry Du Bois)

« On a aussi fait l’acquisition d’une œuvre d’art qu’on a installée sur la place Léopold Beaulieu », rappelle Stéphane Ricci, vice-président au développement pour la SDA. L’œuvre en question, création de l’artiste Roger Langevin, est une sculpture de bronze intitulée « Train de vies », qui fait référence au passé ferroviaire du site ainsi qu’à la mission sociale de la SDA.

L’an prochain, la SDA souhaite relancer les Rendez-vous Angus, un événement qui jumelle les bonnes pratiques en développement durable et l’art. « Les artistes qui sont appelés à faire des expositions ont des pratiques en développement durable, que ce soit au niveau des matériaux utilisés ou des techniques employées », explique Isabelle Hébert, directrice communication et marketing à la SDA.

La première édition, qui a eu lieu en septembre 2023, n’avait pas été renouvelée à ce jour en raison du manque de financement, souligne Mme Hébert. « Trouver du financement pour des activités culturelles, c’est difficile, que ce soit au niveau des programmes gouvernementaux ou des entreprises privées. On a réussi à trouver des 5000 $ ici et là, mais ce n’est pas suffisant », insiste cette dernière, ajoutant qu’il faudrait environ 100 000 $ pour répéter l’expérience et la bonifier en 2026. La SDA est donc toujours à la recherche de partenaires financiers publics et privés dans le cadre de ce projet.

Des locaux pour artistes abordables

Un autre projet à vocation culturelle, presque déjà complété par la SDA, est celui des Ateliers 3333, situés sur le boulevard Crémazie Est, dans le quartier Saint-Michel. Fruit d’un partenariat avec l’artiste Marc Séguin et le promoteur immobilier Huotco cet édifice de locaux pour artistes a été inauguré en 2021. On vise ainsi à offrir sous une formule abordable des espaces, dont le loyer est indexé au taux d’inflation.

Les Atelier 3333 (Courtoisie Caroline Perron)

Aujourd’hui, les Ateliers 3333 comptent 70 ateliers dans lesquels plus de 150 artistes travaillent. M. Ricci est bien au fait du phénomène d’embourgeoisement créé par la venue de communautés d’artistes à la recherche de loyers abordables dans les quartiers post-industriels. Ceci engendre un cercle vicieux qui, à son tour, fait grimper le prix du mètre carré, poussant éventuellement les créateurs en dehors de ces secteurs dans lesquels ils prospéraient jadis.

L’enjeu de l’abordabilité de ces espaces avait été soulevé il y a un peu plus d’un an, époque à laquelle plusieurs artistes résidents avaient dénoncé des augmentations successives de leur loyer s’élevant à 35 %.

L’augmentation des taux d’intérêt et la hausse des taxes municipales à la suite des travaux de rénovation, gonflant la valeur de l’immeuble, avaient entraîné une facture salée pour les locataires, souligne M. Ricci. « C’est un enjeu auquel on a dû faire face et qui est toujours vivant. D’ailleurs, on est toujours en discussion avec la Ville de Montréal à ce sujet-là. On interpelle les gouvernements pour qu’il puisse y avoir une solution pérenne par rapport à cela », indique M. Ricci.

Le vice-président propose donc une solution pour assurer l’accès à des loyers abordables aux Ateliers 3333 : la création d’une fiducie foncière d’utilité sociale. « Cela fait en sorte qu’on sort l’immeuble du marché spéculatif et qu’on fixe sa vocation dans le temps. Il est encadré par une gouvernance particulière, un conseil des fiduciaires qui est nommé et dont l’objectif est de préserver la mission de la fiducie, dont la finalité est sociale », explique M. Ricci.

Cette formule a par ailleurs déjà été adoptée par la SDA dans le passé, avec la création de la Fiducie d’utilité sociale Angus Louis Roquet, qui a déjà acquis l’essentiel du patrimoine bâti du Technopôle Angus afin de le préserver.

Une revitalisation culturelle du secteur historique de Pointe-aux-Trembles

Depuis 2019, la SDA planifie un important chantier, aujourd’hui en cours, pour revitaliser le cœur du Vieux Pointe-aux-Trembles. Ce projet devrait permettre à terme la création d’une centaine de nouveaux logements de part et d’autre de la rue Notre-Dame Est, entre la rue Sainte-Anne et le boulevard Saint-Jean-Baptiste, ainsi que la construction de plusieurs locaux commerciaux.

Un concept d’aménagement de l’église Saint-Enfant-Jésus (Courtoisie SDA)

En parallèle à ces travaux, la SDA a aussi fait l’acquisition de l’église Saint-Enfant-Jésus, située dans le centre historique de Pointe-aux-Trembles, et de quelques bâtiments qui y sont connexes « pour aller plus loin dans la revitalisation du quartier », indique M. Ricci.

En février 2024, dans le cadre de l’enveloppe « S’engager pour des milieux de vie attractifs dans l’Est », le gouvernement du Québec a octroyé une enveloppe de 2,8 M$ à la SDA pour la mise en valeur du site de l’église Saint-Enfant-Jésus. Le lieu abritera une salle multifonctionnelle et un centre de création en arts du cirque piloté par la Compagnie des autres, qui occupe déjà l’espace depuis 2023.

« On est allés chercher le financement public nécessaire pour faire les travaux, pour mettre aux normes le bâtiment et le transformer plus largement et maintenir la vocation de lieux de création en arts du cirque. Maintenant, on va rajouter un volet de diffusion culturelle et transformer l’église en salle de spectacle et en espace événementiel de toute nature », explique le vice-président.

L’objectif est d’attirer une plus vaste offre culturelle dans la pointe de l’Île, et la SDA est allée chercher plus de 7,4 M $ en subventions pour réaliser les travaux qui débuteront cet automne et se continueront jusqu’au printemps prochain. En plus de la salle multifonctionnelle prévue dans l’église, la SDA envisage l’aménagement d’un restaurant dans l’ancien presbytère, d’une buvette de jardin dans une ancienne écurie et d’une terrasse adjacente de style « beer garden ».

Rives et dérives

Annoncé au Sommet de l’Est en avril dernier, on en sait un peu plus sur le projet Rives et Dérives, codéveloppé avec Culture Montréal.

Ce parcours culturel de 60 km, longeant les berges du fleuve et faisant quelques détours dans les terres pour visiter les quartiers de l’est, de l’avenue Papineau jusqu’à la pointe de l’île, devrait être mis en œuvre d’ici 2027, confirme M. Ricci.

Une œuvre peinte sur un réservoir de produits pétrochimiques qui pourrait inspirer certaines installations de Rives et Dérives (Courtoisie SDA)

La ministre responsable de la Métropole, Christine Fréchette, avait annoncé le 7 avril dernier l’octroi d’une subvention de 700 000 $ sur trois ans pour ce projet qui vise à mettre en place des installations artistiques et créatives sur divers sites.

« Ce qu’on va faire avec cet argent-là, c’est qu’on va cartographier l’ensemble du territoire identifié, les sites potentiels d’intervention. On veut aussi identifier les parties prenantes du territoire parce que c’est un projet qu’on souhaite développer en partenariat étroit avec les organisations locales », explique le vice-président.

Des partenariats avec des institutions publiques, comme Espace pour la vie, des sociétés telles que le Port de Montréal ou des entreprises privées sont envisagés. On pourrait ainsi voir apparaître des murales gigantesques sur les réservoirs de produits pétroliers de Montréal-Est, donne en exemple M. Ricci.

« L’idée c’est vraiment d’avoir un parcours qui permet de vivre des expériences sur l’ensemble du territoire et qui permet aussi aux gens de découvrir le territoire de l’est, qui n’est pas monolithique », affirme ce dernier.

 


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