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9 avril 2026Seconde Vue : l’optique en mode circulaire
Chaque année, environ 4 millions de montures de lunettes prennent le chemin des sites d’enfouissement en Amérique du Nord. Devant ce constat, l’entreprise Uvée – Optométriste de Quartier a décidé d’agir et de faire d’une pierre deux coup en mettant sur pied un programme de recyclage des lunettes usagées : Seconde Vue.
L’initiative consiste à récupérer les montures dont les usagers ne veulent plus et à les restaurer pour les revendre à prix réduit, entre 60 $ et 90 $. Le projet de la clinique d’optométrie qui a pignon sur rue dans le Petit Laurier et à Villeray se démarque par son caractère innovant : « À ma connaissance, il n’y a pas d’autre entreprise dans ce domaine au Québec. Je pense que nous sommes parmi les premiers, du moins au sein des cliniques d’optométrie, à offrir ce genre de service », affirme Dre Alex-Anne Harvey, optométriste et copropriétaire d’Uvée. D’ailleurs, cette innovation en économie circulaire s’est méritée le Prix Coup de Cœur du jury dans le cadre du concours « Je relève le Défi Vert » de PME MTL Centre-Est. Le jury a notamment salué l’expertise technique nécessaire pour mettre en place un tel service de tri et de recyclage dans un domaine aussi minutieux.
Une solution locale
Au Québec, jusqu’à tout récemment, la façon de donner une seconde vie aux montures consistait principalement à les envoyer à l’étranger dans le cadre de missions humanitaires. Toutefois, cette approche est aujourd’hui de plus en plus remise en question. « Ça a été démontré que ce n’est pas nécessairement la méthode la plus efficace », mentionne Dre Harvey.

Dre Alex-Anne Harvey, optométriste et copropriétaire d’Uvée (courtoisie)
Ayant elle-même participé à plusieurs de ces missions par le passé, elle souligne que l’envoi de lunettes à l’extérieur du pays demande énormément de ressources logistiques pour des résultats parfois discutables: « De manière générale, on ne fabrique pas de verres sur place durant ces missions de deux semaines. Les gens repartent avec des lunettes qui ne correspondent pas exactement à leur prescription. On leur donne ce qu’il y a de plus proche, mais ce n’est pas l’idéal », précise-t-elle. Au surplus des économies de moyens réalisées, Dre Harvey souligne l’impact environnemental et social nettement plus positif d’une revalorisation effectuée à domicile.
À ce chapitre, l’Europe semble d’ailleurs avoir une longueur d’avance sur l’Amérique du Nord. Dre Harvey note qu’en France, par exemple, des inventaires de fournisseurs écoresponsables et des protocoles de recyclage de pièces sont déjà bien implantés. En lançant Seconde Vue, Uvée souhaite prouver que la mise en œuvre de telles pratiques n’est pas si complexe lorsqu’on met à profit les compétences de l’équipe déjà présente en clinique.
La remise à neuf: un défi technique
Toutes les lunettes usagées reçues n’ont pas forcément le potentiel d’être recyclées. C’est pourquoi le processus de revalorisation commence par une sélection des montures en fonction de la durabilité des matériaux. « On regarde la solidité des composantes. Nous vérifions, par exemple, si les vis ne tournent pas dans le vide », illustre l’optométriste. Les montures en métal sont souvent privilégiées, car elles sont plus malléables et faciles à réparer que celles en plastique qui ont tendance à s’assécher et à devenir cassantes avec les années. Chaque monture est inspectée : solidité des vis, état des tenons, stabilité des plaquettes, usure de la peinture; seules celles qui répondent aux critères de qualité sont remises en vente.
Pour ce faire, Uvée mise sur l’expertise de son équipe, notamment celle de Naomi Hadida, l’opticienne à l’origine du projet. « Elle est vraiment habile de ses mains. Les opticiennes sont généralement excellentes pour travailler les montures, et nous avons simplement mis leurs compétences à profit pour donner un bon résultat », indique Dre Harvey.
Par la suite, les montures sélectionnées passent par plusieurs étapes : nettoyage complet, remplacement des plaquettes nasales pour assurer l’hygiène, vérification des tenons et resserrage des vis. Bien que l’équipe ne refasse pas la peinture, elle s’assure que l’esthétique et la solidité soient suffisantes pour supporter de nouvelles lentilles.

Naomie Hadida, opticienne d’ordonnances et initiatrice du projet Seconde Vue (courtoisie)
Un projet social et accessible
L’intérêt pour ces montures reconditionnées dépasse la simple question écologique. Le prix est un facteur d’attraction majeur: « Pour un étudiant qui a une petite myopie, ses verres coûtent environ 150$ . Dans ce contexte, opter pour une monture à 60$ devient beaucoup plus proportionnel au budget total », fait remarquer Dre Harvey.
Il y a aussi une question de style et d’originalité. La sélection est décrite comme éclectique, offrant parfois des modèles des années 90 ou des designs uniques que l’on ne retrouve plus dans les collections neuves. « L’originalité des montures est un atout, car ce sont des pièces uniques qui ne suivent pas forcément la mode du moment», mentionne l’optométriste.
Des ambitions pour l’avenir
Depuis le lancement de Seconde Vue en 2025, le succès est au rendez-vous. Au dernier bilan, environ 200 montures ont été restaurées et plus de la moitié ont déjà trouvé preneur. Pour l’année à venir, l’entreprise ambitionne d’accélérer la cadence en restaurant une centaine de montures de plus.
Bien que la rentabilité ne soit pas le moteur principal du projet — les coûts étant essentiellement liés à la main-d’œuvre spécialisée —, ce dernier est considéré comme viable, car les montures proviennent de dons. « Je vous avoue que nous agissons davantage par idéologie que par souci de rentabilité. Cela fait tellement partie de notre ADN que ce n’est pas notre enjeu principal », conclut Dre Harvey.
Uvée espère que son modèle pourra inspirer d’autres cliniques à emboîter le pas afin de normaliser l’économie circulaire dans le domaine de la vision. Pour les résidents souhaitant donner leurs anciennes lunettes ou découvrir la collection, les montures reconditionnées sont disponibles aux deux cliniques de l’entreprise situées au 1668 rue Laurier Est et au 681 rue Jarry Est.







