
Riyadh Amokrane, responsable du Studio (Emmanuel Delacour/EMM)
3 août 2025Un studio d’enregistrement musical pour aider les jeunes marginalisés à Saint-Michel
Afin d’aider les jeunes de Saint-Michel à trouver un sentiment d’appartenance à leur quartier et à sortir de la marginalisation, l’organisme les Loisirs Communautaires Saint-Michel (LCSM) leur offre un espace de création musicale équipé de tout le nécessaire pour composer leur première chanson.
Le Studio est un projet dans les cartons depuis près de deux ans. Il s’agissait tout d’abord d’un petit local dans lequel Riyadh Amokrane, responsable du projet, intervenait auprès des jeunes grâce à leur intérêt pour la musique. « L’idée c’est d’aller chercher les jeunes problématiques, de les ramener chez nous et puis de leur donner des modèles positifs », souligne M. Amokrane.
De fil en aiguille, le Studio a su gagner en notoriété et après plusieurs mois de travail acharné et quelques subventions, le projet a pu s’agrandir et acquérir du matériel audio et musical, pour en faire un véritable espace d’enregistrement. Le local, qui a été rénové pour inclure une console de mixage et une cabine d’enregistrement, ouvrira officiellement ses portes en septembre. Projet conçu pour et par les jeunes de 12 à 35 du quartier, son accès est gratuit et ouvert à tous.
Ainsi, on y propose des ateliers d’écriture, de « beatmaking » (composition du rythme), de mixage, de théorie musicale, et d’introduction à la scène. « Parfois on invite des gens de l’industrie. On a fait des ateliers avec la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique), par exemple », souligne l’intervenant.
Selon François Beaudoin, directeur général des LCSM, ce type d’initiative vise à élargir la mission de l’organisme, afin d’accroître son impact social auprès des résidents du quartier. « C’est une grande restructuration que nous connaissons, on veut aller au-delà du simple centre de loisirs. Le Studio, c’est en quelque sorte l’épicentre de ce qu’on veut faire pour les prochaines années », insiste-t-il.
Rôle positif
Lui-même immigrant qui a grandi à Montréal, Riyad Amokrane, a su trouver dans les activités des organismes publics et communautaires du quartier un lien avec sa communauté.
« En 2011, j’ai commencé ma formation de sauveteur pour la piscine du parc François-Perreault et c’est là que j’ai connu quelques jeunes d’ici. (…) On se rencontrait souvent aux tables à pique-nique à côté de l’immeuble des LCSM », raconte M. Amokrane.
Passionné de musique depuis son jeune âge, celui-ci rêvait d’un lieu où ses comparses et lui pourraient enregistrer leurs propres pistes. « Mais quand tu es un jeune marginalisé et que tu sais que l’équipement coûte cher, tu perds rapidement espoir de concrétiser ce genre de rêve », constate-t-il.
Puis en 2022, plusieurs actes de violence armée qui implique que les jeunes michelois jettent une ombre sur le quartier. Le Service de police de Montréal et le Centre international pour la prévention de la criminalité produisent conjointement un rapport au sujet de la prévention des violences armées, dans lequel on propose de miser sur les acteurs communautaires pour endiguer la violence au niveau local.
C’est ainsi que la précédente directrice générale de l’organisme communautaire, Claude Aline, approche les jeunes du quartier pour trouver un projet porteur. « On a constaté finalement que l’idée d’un studio était le meilleur point de départ », affirme M. Amokrane.
Au travers des diverses interventions, ce dernier a pu observer l’impact positif du Studio. « Des fois, on ne fait même pas de musique, on va juste leur parler pendant une heure. (…) On a une approche plutôt philosophique, on leur offre un lieu d’échange et d’apprentissage », souligne le responsable du projet.
Pour plusieurs jeunes marginalisés, le style musical qui domine leur réalité culturelle est le Rap. Ce genre s’est tristement forgé une mauvaise réputation dans l’univers de la violence armée à Montréal, plusieurs adolescents glorifiant sur les réseaux sociaux le style de vie des rappeurs criminalisés, dans lequel l’argent, les armes, la drogue et la misogynie ont une place prépondérante. Bien conscient de ce fait, M. Amokrane ne se laisse pourtant pas abattre et préfère y voir un moyen de créer des ponts avec les jeunes.
« D’abord, quand ils viennent ici, on essaie de « raser » ce Rap-là de la table. On leur propose d’autres manières d’exprimer leur vision et sinon, on a un intervenant en formation qui peut prendre contact avec eux. Mais je tiens à souligner que ce Rap, parfois violent ou misogyne, il est très révélateur de la réalité de la rue, d’une réalité à laquelle les jeunes sont confrontés. L’important pour moi, c’est de planter la graine dans leur esprit de leur montrer une meilleure voie », conclut-il.







