
Des jeunes résidents de Saint-Léonard, lors d’une pratique sportive au Centre Leonardo da Vinci (Courtoisie)
13 février 2026Saint-Léonard : créer des espaces positifs pour les jeunes
En collaboration avec le milieu communautaire, l’arrondissement de Saint-Léonard a repensé des espaces culturels et sportifs pour les rendre plus inclusifs pour les jeunes et, du même souffle, favoriser la sécurité et la cohabitation sociale.
« Les jeunes de Saint-Léonard ont accès à très peu d’espaces publics qui leur sont véritablement destinés », pointait une étude menée en 2021. À l’époque, l’arrondissement disposait davantage d’espaces « négatifs », c’est-à-dire que les jeunes occupent sans y être vraiment accueillis, que d’espaces « positifs », donc adaptés à leurs besoins, observait la chercheuse Thi-Thanh-Hiên Pham.
L’arrondissement a lancé depuis plusieurs projets visant à créer des lieux de détente, de socialisation et d’activités pour ses résidents adolescents. Parmi eux figurent la bibliothèque locale et le Centre Leonardo da Vinci, dont l’offre a été revue pour mieux accueillir les jeunes en dehors de l’école.
Menés grâce à l’implication des organismes communautaires, ces projets mêlent animation et intervention, et visent à améliorer l’inclusion, la cohabitation sociale et le sentiment de sécurité de chacun.
« Les équipes des sports, des loisirs, du développement social, de la culture et des bibliothèques travaillent étroitement ensemble et collaborent avec leurs partenaires pour créer des espaces sécuritaires qui favorisent la cohabitation sociale et la cocréation de projets qui dynamisent notre communauté », soutient Dominic Perri, le maire d’arrondissement, dans une déclaration écrite.
Une bibliothèque pour tous
La Bibliothèque de Saint-Léonard est l’un des principaux points de regroupement des jeunes de l’arrondissement, en raison de sa proximité avec l’École secondaire Antoine-de-Saint-Exupéry et de ses 3 000 élèves.
« On reçoit beaucoup, beaucoup d’ados à la bibliothèque, mais on manquait d’espace pour les accueillir, constate Catherine Rivest Lefrançois, cheffe de la section culture à l’arrondissement. La zone réservée aux ados débordait toujours, donc on a cherché à mieux les accueillir. »
La bibliothèque n’a pas toujours été le lieu le plus adapté aux jeunes. « C’était un endroit où il n’y avait pas un son, pas un bruit. Les ados n’y trouvaient pas forcément leur place, tellement qu’à une époque, ils étaient cartés à l’entrée », se rappelle Hugo Bélanger, chef de section du développement social à la mairie.
D’une approche de contrôle, la Bibliothèque de Saint-Léonard a voulu passer à une approche d’accueil. « On voulait créer un milieu de vie pour les ados, où ils allaient se sentir reconnus, bienvenus et accueillis », rapporte Mme Rivest Lefrançois.
L’espace a donc été réaménagé. La zone « ados » s’est agrandie, une zone citoyenne pour la socialisation a été créée et plusieurs salles polyvalentes ont été mises à disposition de la clientèle. La bibliothèque s’est également équipée de jeux de société, de consoles de jeux vidéo, de machines à coudre et de divers matériels d’art créatif.
Les jeunes sont désormais des centaines à fréquenter la bibliothèque sur l’heure du midi et après l’école, selon M. Bélanger.

Des jeunes profitent des consoles de jeux vidéo mises à leur disposition à la bibliothèque (Courtoisie)
Animation et intervention
Dans la foulée, la bibliothèque a ouvert ses portes aux organismes communautaires, qui viennent y organiser leurs propres activités. Parmi eux, plusieurs « profitent de la concentration de jeunes au même endroit pour aller à leur rencontre », indique Mme Rivest Lefrançois.
Le projet Maillage, par exemple, vise à prévenir la délinquance par le sport, l’art et la culture. Mis en œuvre grâce au financement du ministère de la Sécurité publique, il mêle l’intervention psychosociale à l’animation. Une intervenante est présente à la bibliothèque pour « créer des liens avec les ados et faire du référencement », tandis qu’en parallèle, diverses activités sont déployées, comme du théâtre, de l’autodéfense et de l’écocréation, explique Mme Rivest Lefrançois.
La Maison de jeunes s’est elle aussi installée à la bibliothèque, directement dans la zone « ados ». Des animateurs-intervenants y offrent des activités variées en accès libre pendant les périodes d’achalandage. Les jeunes peuvent ainsi socialiser et s’amuser, tout en bénéficiant d’un accompagnement et d’un soutien.

Les salles polyvalentes de la bibliothèque peuvent accueillir des activités sportives (Courtoisie)
Les organismes communautaires jouent ainsi un rôle essentiel dans la mise en place de ces espaces positifs pour les jeunes, en y offrant des activités et des services. « C’est vraiment grâce à nos partenariats [avec le milieu communautaire] qu’on a pu développer au mieux des endroits accueillants et sécuritaires pour les jeunes », rapporte Mme Rivest Lefrançois, pour qui le travail collectif réalisé entre l’arrondissement et les organismes autour de ces projets est novateur.
Rendre les espaces sportifs accessibles
Les espaces sportifs de Saint-Léonard rencontraient les mêmes enjeux d’accessibilité que la bibliothèque municipale. Historiquement, ils sont principalement réservés aux sports fédérés, majoritairement fréquentés par des personnes aînées, rapporte M. Bélanger.
Avec la croissance de la jeune population et la difficulté pour certains d’accéder financièrement aux sports fédérés, des activités libres émergent, mais les infrastructures sportives ne sont pas faites pour les accueillir.
Grâce au financement du ministère de la Sécurité publique, l’arrondissement a établi en 2022 une entente avec le Centre Leonardo da Vinci, situé à dix minutes à pied de l’école secondaire, pour permettre aux jeunes d’accéder gratuitement à ses espaces multifonctionnels sur l’heure du midi et après l’école, comme ils le font à la bibliothèque.
Du lundi au vendredi, des activités de soccer, de basketball, de ping-pong ou encore de danse y sont proposées, encadrées par des intervenants de divers organismes. Plus de 400 jeunes s’y rendent librement chaque semaine, selon M. Bélanger.
« Ça nous a permis de réaliser vraiment qu’on avait un manque et que les jeunes ont besoin de bouger en sortant de l’école », ajoute-t-il.
Des bénéfices pour tous
Faire de la place aux jeunes a permis d’améliorer la vie en société dans l’arrondissement. Les responsables du projet ont déjà observé des bienfaits sur la cohabitation sociale, alors que les jeunes, les adultes et les personnes aînées partagent désormais le Centre Leonardo da Vinci et la bibliothèque de manière harmonieuse.
Au niveau de la sécurité, la mairie a relevé une baisse de 70 % des actes d’incivilité survenus à la bibliothèque et dans les installations sportives en 2025. « Les adolescents s’approprient les espaces et ont envie d’en prendre soin », conclut Mme Rivest Lefrançois.












