
Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire et candidate au poste de première ministre (Photo : Photo tirée de la page Facebook de Ruba Ghazal)
24 septembre 2026Ruba Ghazal mise sur les infrastructures et le logement pour transformer l’est de Montréal
Dans le cadre de la campagne électorale provinciale, EST MÉDIA Montréal a entrepris de questionner les chefs des partis en lice afin de connaître leurs priorités pour l’est de Montréal. Aujourd’hui, nous vous présentons une entrevue avec Ruba Ghazal, co-porte-parole de Québec solidaire et candidate au poste de première ministre.
Pour Mme Ghazal, le diagnostic est clair : l’est de Montréal souffre d’un déficit d’infrastructures qui freine à la fois la mobilité, les services publics et le développement économique.
EST MÉDIA Montréal : L’est de Montréal connaît beaucoup d’enjeux de déplacement. On revendique depuis des décennies un transport collectif qui est structurant. Si vous devenez première ministre du Québec le 5 octobre prochain, quel type de transport structurant allez-vous privilégier?
Ruba Ghazal : C’est fondamental d’avoir du transport structurant. On est rendu en 2026 et on est vraiment en retard un peu partout au Québec et dans l’est de Montréal [dans ce domaine].
C’est un service public pour que les gens puissent se déplacer partout, non seulement vers le centre-ville, mais aussi dans l’est. C’est important pour l’environnement, mais aussi pour le développement économique. Le transport collectif, ce n’est pas une question idéologique ; c’est une question pragmatique de développement économique.
En tant que première ministre d’un éventuel gouvernement de Québec solidaire, je m’engage à relier les lignes de métro verte et bleue. Ce serait un changement majeur pour l’est.
Aussi, en ce qui concerne le Projet structurant de l’Est de Montréal (PSE), il y a des discussions à savoir si ce sera un tramway ou un SRB (système rapide par bus). Aussi, quand on développe du transport en commun structurant, il faut s’assurer que les petites lignes d’autobus [soient raccordées] afin que ça soit le plus facile possible pour les gens de trouver des options de transport.
EMM : Vous parlez de développement économique et vous faites un lien avec les enjeux de transport collectif. Plusieurs entreprises évoquent ces enjeux et affirment hésiter à poursuivre leur développement en raison de cette absence de transport collectif dans l’est.
RG : Oui, dans l’est de Montréal, c’est particulier, mais ça existe ailleurs au Québec. J’étais récemment en Outaouais et il y a des entreprises qui ont un enjeu de main-d’œuvre. Une des façons qu’elles ont trouvées pour être attractives, c’est d’avoir du transport en commun. Plusieurs personnes issues de l’immigration n’ont pas d’auto et on a besoin de ces gens pour notre développement économique. C’est un frein immense.
De plus, c’est un service public, ça brise l’isolement pour certaines personnes qui veulent se déplacer, comme les aînés, et du point de vue de l’environnement, avec l’été qu’on vient de passer, on ne peut pas dire qu’on va encore ajouter plus de voitures.
La demande est là de tous les points de vue. Ce qui manque, c’est l’offre et c’est pour ça qu’on s’engage à ce développement de transport en commun structurant dans l’est de Montréal.
EMM : On apprenait récemment que la mairesse de Montréal souhaite ressusciter le projet du REM de l’Est, abandonné en 2022. Que répondez-vous à cela, sachant que le premier scénario n’avait pas eu d’acceptabilité sociale sur le tracé et ses impacts sur le centre-ville et le paysage dans l’est de Montréal?
RG : À l’époque de la mobilisation contre le REM de l’Est, j’étais responsable en matière de transport à l’Assemblée nationale. J’ai discuté avec de nombreux experts qui m’ont notamment parlé des études « origine destination » qui indiquaient que ce modèle ne répond pas aux besoins.
La première chose à savoir quand on fait un projet structurant, c’est de voir si cela répond aux besoins et non seulement à un point de vue selon lequel les gens souhaitent aller au centre-ville puis retourner dans leur ville dortoir. L’est de Montréal n’est pas une ville dortoir. Au contraire, c’est dynamique. Les gens y travaillent, les gens y vivent, ils y font des sorties.
Donc, moi j’ai envie d’entendre un peu plus les arguments de la mairesse de Montréal, de la rencontrer, pour comprendre ce qu’il y a de différent par rapport à il y a deux ans. On ne va pas revivre le même scénario de la non-acceptabilité sociale.
Avec notre plan de relier les lignes vertes et bleues du métro de Montréal, en plus du Projet structurant de l’Est de Montréal, que ce soit un tramway ou un SRB, je pense que ça complète les besoins de la population. Le REM, on ne serait pas en faveur pour l’amener dans l’est de Montréal.
EMM : En ce qui concerne le chantier de modernisation de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), un des plus importants projets publics dans l’est de Montréal, le gouvernement prévoit l’arrivée des premiers patients dans le nouvel hôpital autour de 2036. Si votre parti est porté au pouvoir, allez-vous garder cet échéancier? Peut-on le devancer? Quelle est votre vision de ce projet de modernisation?
RG : Il y a malheureusement eu beaucoup de retard à cause des tergiversations sur l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Beaucoup de gens du milieu sont outrés du fait qu’on a tergiversé à ce point, surtout pour se retrouver finalement avec seulement un stationnement. Le pire dans tout cela, c’est que plus on a attendu, plus cela a coûté extrêmement cher et l’argent sort de la poche des contribuables.
Il y a plusieurs phases à mener pour avoir un hôpital réellement moderne qui répond aux besoins des gens de l’est. On ne peut pas juste faire des promesses pour dire qu’on va aller plus vite si cela n’est pas faisable.
Ce qui est certain, c’est qu’il va y avoir un engagement financier très important pendant la campagne sur le fait qu’on doit arrêter de tergiverser. Nous allons mettre le montant suffisant pour que ça avance rapidement et que ce ne soit pas un développement avec de l’argent réservé pour des raisons électoralistes.
EMM : Jusqu’où êtes-vous prête à aller pour vous engager à ce qu’il n’y ait pas de dépassement de coûts dans ce projet? Comment un gouvernement solidaire pourrait-il éviter cela?
RG : Bien, il faut arrêter les délais, de remettre à plus tard et de revenir à la planche à dessin.
Quand on dit qu’on va investir, qu’on ne va pas juste inventer de l’argent dans le cadre financier. C’est important d’arriver à un équilibre budgétaire à la fin d’un premier mandat, mais ce qui est encore plus important, c’est de nous assurer de ne pas faire ça sur le dos de nos infrastructures qui tombent en ruine.
EMM : Vous vous engagez quand même à ce que la modernisation de HMR se poursuive?
RG : Notre engagement pour l’hôpital est clair. Dans notre cadre financier, on se donne les moyens pour aller chercher l’argent là où il est pour réparer l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. C’est une urgence extrêmement importante.
EMM : L’est de Montréal possède d’immenses terrains industriels avec un fort potentiel, tout en traînant une image de son passé dont elle a beaucoup souffert. Comment allez-vous améliorer la stratégie d’attractivité de l’est?
RG : C’est vrai que l’est a été le parent pauvre par rapport au développement économique, mais c’est aussi une opportunité. Surtout en raison de tous les pôles d’énergie verte et propre, de technologie, d’innovation qui sont en train d’être développés.
Quand on regarde la guerre tarifaire que Trump est en train de nous faire, on a besoin d’un développement économique qui soit tourné vers l’avenir. Il faut que le gouvernement du Québec réponde présent, et c’est ce qu’un gouvernement de Québec solidaire va faire.
Durant la campagne, nous allons présenter un plan de transition extrêmement ambitieux et réaliste pour aller vers le développement des énergies propres. Nous utiliserions les leviers d’État pour conclure des contrats d’achat publics pour développer les énergies et technologies propres, la recherche et le développement. On souhaite aussi développer dans l’est le secteur de l’efficacité énergétique, qui concerne par exemple les batteries pour faire du stockage d’énergie.
Nous avons aussi la capacité d’attirer des gens de l’étranger ici avec nos universités, avec nos cégeps. Avec son potentiel, l’est de Montréal peut être une solution à la transition énergétique.
EMM : Que dit votre cadre financier sur les investissements visant à décontaminer les sols dans l’est?
RB : C’est un engagement ferme que nous prenons à ce sujet, parce que nous ne pouvons pas parler du développement de ces secteurs si nous ne nous assurons pas qu’il y ait toutes les conditions réunies pour le faire.
EMM : Avec la crise du logement au Québec, on constate aussi une crise de l’itinérance un peu partout, incluant à Montréal. Qu’est-ce que Québec solidaire va pouvoir faire pour aider la Ville en ce qui concerne l’enjeu de l’itinérance?
RG : Qui que ce soit qui est sérieux pour régler la crise de l’itinérance une fois pour toutes, de façon durable, doit s’attaquer aussi à la crise du logement. C’est une crise multifactorielle, qui comprend aussi la question de la santé mentale par exemple.
Nous avons un plan habitation qui sera la pierre angulaire de notre campagne électorale. Dans celui-ci, on propose un contrôle des loyers, c’est-à-dire de mettre en place un plafond de hausse des loyers. On souhaite geler les loyers à l’inflation en donnant une directive au Tribunal administratif du logement en ce sens.
On a aussi un plan pour construire des logements hors marché, soit 50 000 logements dans un premier mandat, pour arriver à terme à 20 % hors marché. Il y a aussi des logements vacants qu’il faut rapatrier dans le hors-marché.
La création d’un poste de superministre dédié à l’itinérance fait aussi partie de notre plan, avec un vrai ministère et des pouvoirs élargis, un budget et une oreille de la Première ministre pour régler la crise du logement une fois pour toutes.
EMM : On retrouve dans l’est plusieurs installations récréotouristiques. Quelle serait la stratégie d’un gouvernement solidaire pour faire du secteur une meilleure destination touristique?
RB : Il faut revoir la base avant tout. Pour que l’est soit attractif, il faut d’abord mettre fin à la crise du logement, améliorer la qualité de l’air, mettre en place un meilleur réseau de transports en commun et ainsi de suite. Rendre l’est attractif, ce n’est pas juste une question de « bling-bling ». On ne peut pas créer une attractivité lorsqu’il y a des nids de poule dans les rues et des campements de personnes en situation d’itinérance. On ne peut pas simplement créer des projets « hot » pour les touristes sans que la base d’une meilleure qualité de vie ne soit là.
EMM : Enfin, quel serait un projet emblématique que vous souhaiteriez développer dans l’est de Montréal?
RB : Comme je le mentionnais, il faut d’abord que les infrastructures en transport, hôpitaux et éducation soient au niveau. C’est fondamental.
On veut aussi améliorer la cohabitation entre les résidents. Les citoyens, même les plus ouverts ou inclusifs, à un moment donné, ils sont inquiets, ils ont peur. Ils ne veulent pas que leurs enfants, quand ils se promènent, trouvent des seringues dans leur quartier. Je comprends cela.
La cause de ces enjeux, ce n’est pas la faute des itinérants ou des organismes, mais du sous-investissement, parce qu’on a laissé aller la crise. Ça va prendre de grosses mesures pour régler cette crise, mais une chose est certaine, un gouvernement solidaire ne va jamais embarquer dans le discours qui divise d’un côté les honnêtes citoyens, puis d’un autre côté, les itinérants.
Les propositions comme celles que je viens de faire, qui sont ambitieuses, qui sont réalistes, qui sont possibles, pourquoi sont-elles possibles? Parce qu’il y a une volonté politique réelle d’un gouvernement de Québec solidaire de régler la crise une fois pour toutes.
Cette entrevue a été éditée par souci de clarté.
Avec la collaboration de Martin St-Pierre







