La terrasse de La Belle Tonki (Emmanuel Delacour/EMM)

Rosemont—La Petite-Patrie : plusieurs commerçants exaspérés par la bureaucratie

Certains commerçants de l’arrondissement de Rosemont—La Petite-Patrie (RPP) se disent épuisés d’attendre pour obtenir des permis ou par le manque de communication avec la mairie locale. EST MÉDIA Montréal s’est entretenu avec des propriétaires de boutiques, toutes situées le long de la rue Beaubien, qui affirment ne plus savoir vers qui se tourner pour régler leurs soucis avec l’arrondissement, tellement les délais bureaucratiques sont longs.

C’est le cas du restaurant La Belle Tonki et du Café L’Étincelle, qui ont connu plusieurs problèmes dans le passé ainsi que cette année quant à l’installation de leurs terrasses extérieures. Coup sur coup, les propriétaires de ces établissements considèrent que l’attente pour obtenir l’autorisation de construire une terrasse est trop longue.

« On a des problèmes parce qu’il faut montrer des plans et puis attendre la réponse jusqu’à ce qu’on puisse l’installer. On ne peut rien faire en attendant d’avoir le « go », mais on a obtenu l’autorisation vers la fin mai, alors qu’on aurait pu avoir une terrasse dès que le printemps est arrivé », explique Michel Lim, copropriétaire de La Belle Tonki.

Même son de cloche de la part de Rémy Deloume, copropriétaire du Café L’Étincelle, pour qui des demandes de modifications sur les plans de sa terrasse ont prolongé les délais de délivrance du permis. « Le permis a été soumis bien avant les dates de dépôt. Il y a un temps de traitement qui a été horriblement long. Ce qui fait qu’au moment où on peut opérer nos terrasses, on n’avait pas reçu le permis. On les a recontactés un paquet de fois pour l’obtenir », souligne M. Deloume.

La terrasse du Café L’Étincelle. À droite, on peut apercevoir le « placottoir » installé par l’arrondissement de RPP (Emmanuel Delacour/EMM)

Ce dernier affirme que la situation est d’autant plus complexe dans son cas, car l’Arrondissement lui demande d’année en année de modifier les plans de sa terrasse. Cette année, c’est pour à peine trois pouces de différence que les plans ont dû être revus. « Il faut réengager les frais, il faut réengager un architecte. Cela entraîne beaucoup de frais et ce sont des décisions qui ne viennent pas du tout avec des consultations », illustre le copropriétaire du café. Ce dernier ajoute qu’aucune explication ne lui a été fournie par l’administration sur les raisons des modifications exigées.

En outre, M. Deloume se désole que RPP ait fait installer un « placottoir » gratuit et ouvert à deux pas de sa terrasse, alors que comme commerçant il doit débourser d’importants montants pour obtenir un permis pour une terrasse.

Selon M. Lim, le prix du permis, qu’il calcule à environ 2000 $ pour la terrasse de La Belle Tonki, est aussi prohibitif. « D’autant plus qu’on a des étés imprévisibles. L’été dernier, on a eu notre permis vraiment plus tard et il a plu beaucoup, alors il y a eu seulement quelques journées durant lesquelles on a pu accueillir des gens sur notre terrasse », se désole M. Lim. Ce dernier affirme ne pas être certain de faire reconstruire sa terrasse l’an prochain, les démarches étant trop exigeantes.

Pots de fleurs

Pour un autre commerçant, ce sont plutôt des aménagements imposés par l’Arrondissement devant son établissement qui nuisent à ses affaires. Selon Max Fleurentin, fils du propriétaire de Beaubien Bagel, RPP a fait installer des pots de fleurs en béton grand format juste devant son commerce. « Ça nous cause des problèmes logistiques, parce qu’il n’y a aucune place de stationnement sur Beaubien, entre Saint-Hubert et Saint-André », insiste-t-il.

Des pots de fleurs de grande dimension ont été mis en place devant Beaubien Bagel (Emmanuel Delacour/EMM)

Ce dernier reconnaît que précédemment, la zone devant l’établissement interdisait le stationnement, mais que le commerce pouvait tout de même recevoir des livraisons rapides sans déranger la circulation.

Encore une fois, celui-ci se désole du peu de communication de la part de l’administration locale, affirmant avoir été informé par courriel « seulement deux semaines » avant l’installation des aménagements. « On leur a envoyé un courriel pour leur dire qu’on n’avait pas été concertés, qu’il y avait une baisse de revenu pour nous et que ça nous compliquait la tâche », indique-t-il.

La réponse de l’administration n’a pas offert de solution réelle à ces inconvénients, de l’avis de M. Fleurentin.

À l’écoute

Contacté à propos des doléances de ces commerçants, le maire de Rosemont—La Petite-Patrie, François Limoges, a souhaité donner l’heure juste.

En premier lieu, l’élu rappelle que dans le cas des aménagements floraux, ceux-ci ont été installés pour des raisons de sécurité liées à la mobilité dans le secteur. « On est surpris de la réaction de Beaubien Bagel, parce qu’il n’y a jamais eu de places de stationnement devant chez lui ; c’est une zone de stationnement interdit. (…) On a mis des bacs à fleurs pour faire respecter (cette interdiction) parce que ça créait de la dangerosité », explique le maire.

Le maire de RPP, François Limoges (Archives EMM)

Selon M. Limoges, c’est la configuration de la rue Beaubien à cet endroit, « en forme de crochet », qui complexifie les déplacements et y occasionne des enjeux de sécurité. Les bacs en béton auraient d’ailleurs été conçus de façon plus étroite qu’une automobile, afin d’occuper l’espace sans contribuer à la dangerosité.

Cela étant dit, le commerce a droit de procéder à des livraisons à l’arrière de son commerce, par la ruelle située entre les rues Saint-Hubert et Saint-André, insiste le maire, qui de surcroît affirme que le propriétaire de Beaubien Bagel en a été informé.

En ce qui concerne l’enjeu des terrasses, le maire soutient que selon les dossiers de son arrondissement « les délais ont été raisonnables dans les circonstances ».

« On a voulu offrir le meilleur service. C’est sûr qu’au bureau des permis, nos gens s’assurent de la conformité des terrasses pour des raisons de sécurité, de dégagement et de sécurité incendie. Si les commerces ont des critiques constructives à faire, on va les écouter avec plaisir, parce que ce sont des commerces qu’on aime et on veut qu’ils prospèrent », assure M. Limoges.

En outre, ce dernier ne croit pas que la présence de « placottoirs » à proximité de commerces s’étant dotés de terrasse soit une forme de concurrence déloyale. « Des placottoirs, on en fait partout dans Rosemont—La Petite-Patrie, pour favoriser une vie de quartier riche qui aide les commerçants locaux. Plus les gens s’arrêtent sur la rue, plus les gens ont de lieux pour jaser. Moi, je m’excuse, mais j’ai beaucoup plus tendance à acheter un café quand je peux aller m’asseoir avec un ami pas loin », souligne le maire.