Place du Village-de-la-Pointe-aux-Trembles (Courtoisie SDA)

La revitalisation du Vieux-Pointe-aux-Trembles avance à bon train

La première phase du grand projet de revitalisation du Vieux-Pointe-aux-Trembles, menée par la Société de développement Angus (SDA), tire à sa fin. Tandis que les nouveaux bâtiments résidentiels et commerciaux s’apprêtent à accueillir leurs premiers occupants, la seconde phase, centrée sur la requalification de l’église Saint-Enfant-Jésus en pôle culturel, s’amorcera dès 2026.

Lancé quelques mois avant la pandémie, le projet vise à redonner ses lettres de noblesse au cœur historique de Pointe-aux-Trembles (PAT). Le centre-ville, qui fut par le passé vivant et animé, est aujourd’hui déserté. « Comme plusieurs centres-villes au Québec, il s’est dévitalisé dans les années 80 et 90 avec l’arrivée des centres d’achats », explique Stéphane Ricci, vice-président développement pour la SDA.

Par la suite, plusieurs commerces ont progressivement plié bagages et la dévitalisation du centre-ville s’est accentuée significativement. C’est dans ce contexte que la SDA s’est vu confier le mandat de travailler à la revitalisation du quartier.

L’organisation a donc élaboré un plan en deux étapes : la première comprenait trois nouveaux bâtiments résidentiels et commerciaux – situés sur la rue Notre-Dame Est, entre les rues Sainte-Anne et Saint-Jean-Baptiste, – et la deuxième prévoit la transformation du site de l’église Saint-Enfant-Jésus en un pôle culturel.

(Courtoisie SDA)

Une phase immobilière bientôt complétée

La livraison des 109 logements abordables du projet est imminente : une quarantaine seront livrés dans quelques semaines et les autres le seront en mars 2026. « On a acheté sept immeubles contigus, on les a remembrés et on a développé un projet mixte, avec des commerces au rez-de-chaussée et du logement abordable aux étages supérieurs », résume M. Ricci.

Les logements s’adressent à des ménages à revenus modestes. « Les coûts de loyer sont paramétrés avec des plafonds maximums, puis il y a des seuils de revenus aussi à ne pas dépasser pour avoir accès à ces logements-là, pour qu’on s’adresse aux personnes qui en ont le plus besoin », précise le vice-président développement de la SDA.

Pour assurer la stabilité des prix et, par ricochet, du tissu commercial, l’organisation reste propriétaire des immeubles : « Ça permet d’éviter la gentrification et que les commerces qu’on installe se fassent chasser dans cinq ou dix ans quand le quartier sera redevenu un centre-ville fréquenté », explique-t-il.

Par ailleurs, l’offre commerciale à venir a été déterminée à la suite d’une consultation citoyenne : « Ça nous a permis d’identifier les besoins : par exemple, l’absence d’endroits où prendre un café ou manger dans le secteur », note M. Ricci. L’arrivée de nouveaux commerces alimentaires, restaurants et cafés est donc à prévoir dans les prochains mois.

L’identité locale au cœur du projet

Comprendre le lieu et ses origines pour bien saisir son identité propre était une préoccupation à la base du projet: « On n’arrivait pas avec une recette toute faite. On ne voulait pas copier ce qu’on avait fait à Angus. On voulait faire un projet authentiquement pointelier », souligne Stéphane Ricci.

En ce sens, un historien a été mandaté pour parcourir l’histoire du lieu et un atelier de réflexion collective réalisé en collaboration avec les citoyens et les partenaires locaux a été organisé. Cette démarche a permis d’identifier trois éléments fondamentaux : « La nature et le fleuve, le patrimoine et le côté communauté avec le cœur villageois », résume M. Ricci.

Ces derniers ont par la suite guidé les architectes dans l’élaboration du « concept architectural » des bâtiments.

Une transition en douceur et un renouveau commercial

Avant même le début du chantier, la SDA a cherché à éviter l’effet de vitrines fermées qui accentue souvent la dévitalisation des artères commerciales. « La pire chose qu’on peut faire, c’est placarder pendant deux ans, le temps qu’on développe notre projet. Ça vient juste empirer la situation pour les commerçants existants », souligne Stéphane Ricci.

Donc, dès la fin des acquisitions, la SDA a mis en place un projet d’occupation transitoire pour maintenir la vitalité du secteur. « On a développé un projet dans nos bâtiments achetés pour amener une nouvelle communauté dans le quartier, un nouvel achalandage », dit-il.

Cet espace, nommé Courtepointe, a accueilli six entrepreneures locales. « Ça a permis à six femmes de démarrer leur entreprise dans des locaux à tarifs très abordables, tout en ramenant du dynamisme sur la rue commerciale », indique celui-ci.

L’église Saint-Enfant-Jésus, pivot de la phase 2

Alors que s’amorcent les travaux préparatoires pour convertir le site de l’église Saint-Enfant-Jésus en pôle culturel, communautaire, touristique et gastronomique, la Ville de Montréal a annoncé le 17 septembre dernier un investissement de 1,4 M$ pour soutenir cette initiative.

On prévoit transformer l’église en centre de création en arts du cirque, espace communautaire et lieu de diffusion culturelle. La conversion du presbytère en restaurant est également dans les cartons, mais reste à être confirmée. L’aménagement d’espaces extérieurs pour la tenue d’événements publics est aussi dans les plans. « On va créer un nouvel espace citoyen, un espace de rencontre où le public pourra venir assister à des activités culturelles, communautaires, à des rassemblements, des fêtes de quartier », indique le vice-président développement de la SDA. Le chantier principal devrait commencer au début de 2026 et durer environ neuf mois.

L’église Saint-Enfant-Jésus sera convertie en un pôle culturel (Courtoisie SDA)

Partenaires de l’aventure

La Compagnie des autres, spécialisée en arts du cirque, occupe déjà les lieux depuis trois ans. « Dès l’acquisition du bâtiment, on ne voulait pas qu’il reste vacant parce que ce n’est pas long, quand un bâtiment est vacant, qu’il y a des intrusions. Alors dès le jour 1, on avait déjà discuté avec la Compagnie des autres avant même de signer l’acte d’acquisition du bâtiment », indique Stéphane Ricci.

Une fois les travaux complétés, l’organisme reprendra ses activités dans un espace mis aux normes et plus polyvalent. « Il y aura des activités de création en arts du cirque et une offre de diffusion culturelle multidisciplinaire — musique, danse, théâtre, cirque », précise-t-il.

Le presbytère accueillera pour sa part un restaurant de type table champêtre. « On est à la recherche d’un opérateur pour cette vocation-là. C’est une localisation exceptionnelle dans un bâtiment patrimonial », fait remarquer ce dernier.

Un patrimoine à préserver

La SDA insiste sur la valeur historique du site : « On fait le minimum d’interventions dans le bâtiment, très peu à l’extérieur. À l’intérieur, on va ajouter surtout des éléments scénographiques pour pouvoir l’utiliser à des fins culturelles », explique Stéphane Ricci.

Le projet s’intègre à un ensemble institutionnel déjà existant : le Centre Roussin, la Maison du citoyen et la place du Village. « On est dans un ensemble patrimonial et on est très conscients de ça », précise-t-il.

Vers un centre-ville retrouvé

Pour la SDA, la revitalisation du Vieux-Pointe-aux-Trembles vise à redonner au centre-ville son rôle de cœur villageois : « C’est un changement majeur pour la communauté pointelière. Le public pourra enfin retrouver un vrai centre-ville, avec une rue commerciale intéressante, des espaces de rencontre et des lieux de culture », réitère M. Ricci. Ce nouvel aménagement vise donc à recréer une vie de quartier animée et accessible : « Les citoyens vont pouvoir s’y rassembler, y voir des spectacles, aller y manger avant ou y prendre un verre après, comme dans les autres quartiers centraux de Montréal », conclut-il.


Le dossier EST EN DÉVELOPPEMENT 2025 est produit en partie grâce à la contribution financière des partenaires suivants :