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29 juillet 2026REV Lacordaire : les organismes demandent des comptes à la Ville
Plusieurs organismes de Montréal-Nord se mobilisent pour demander à la Ville de Montréal de prendre des engagements clairs en ce qui concerne la création d’aménagements cyclables sur le boulevard Lacordaire.
En avril dernier, l’administration de la mairesse Soraya Martinez Ferrada annonçait la suspension du projet de Réseau express vélo (REV) sur Lacordaire, planifié par la précédente équipe de Projet Montréal.
Ce lien cyclable qui devait relier les arrondissements de Montréal-Nord, Saint-Léonard et Mercier—Hochelaga-Maisonneuve du nord au sud d’ici 2027 a été mis sur la glace. La raison citée par les élus montréalais : un problème quant à l’aménagement de voies réservées aux cyclistes sur le viaduc qui survole l’autoroute 40.
En effet, la Ville et le gouvernement du Québec se partagent les pouvoirs en ce qui concerne la gestion de cette infrastructure. Qui plus est, le ministère des Transports procède actuellement à des travaux sur le viaduc jusqu’à l’an prochain, et la structure ne sera pas élargie afin d’accueillir le REV sans retirer une voie de circulation automobile, selon les informations rapportées par Radio-Canada.
Montréal a donc voulu étudier tous les scénarios possibles, afin de ne pas « construire une piste qui ne va aller nulle part », déclarait alors le responsable de la mobilité et des infrastructures au comité exécutif, Alan DeSousa.
« Abasourdis » et « frustrés »
La suspension du REV Lacordaire a créé un choc dans le milieu communautaire à Montréal-Nord.
« On était abasourdis de cette décision. C’est une infrastructure qui profiterait aux résidents de Montréal-Nord, mais aussi à ceux de tous les autres arrondissements qu’elle touche », remarque Jean-François Gagné, membre de l’Association pour la mobilité sécuritaire de Montréal-Nord.
Ne pas construire de voie cyclable nord-sud à Montréal-Nord est d’autant plus fâchant d’après ce dernier parce qu’il n’existe aucune autre option dans cet arrondissement en ce moment.
« Je n’ose pas prendre les autres rues avec mes enfants, comme Pie-IX par exemple; ce n’est pas sécuritaire. La prochaine option, c’est de se rendre sur Christophe-Colomb, qui se trouve 7 km à l’ouest », illustre-t-il.
La « déception » a été forte aussi chez Hoodstock, organisme qui œuvre pour la justice sociale à Montréal-Nord. « Cela fait plusieurs années qu’on travaille sur beaucoup de projets en mobilité, dans le but de transformer les comportements. Toutefois, lorsque ce n’est pas arrimé à des changements structurels, ça ne permet pas d’y arriver. Il faut comprendre qu’il s’agit d’une communauté extrêmement isolée », insiste Cassandra Exumé, coordonnatrice générale de Hoodstock.
En plus de l’isolation sociale que vit une grande tranche de la population de Montréal-Nord, ses résidents sont aussi enclavés géographiquement, en raison de la ligne de train de banlieue de Mascouche qui empêche la circulation nord-sud sur la plupart de ses rues locales, , indique Mme Exumé. De plus, l’arrondissement n’est pas desservi par le métro de Montréal.
« Avec un REV qui relit Montréal-Nord, Saint-Léonard, Hochelaga, un jeune de Montréal-Nord qui finit l’école et qui se cherche un emploi ne serait pas nécessairement limité à son quartier; il pourrait plus facilement en trouver ailleurs » – Cassandra Exumé, coordonnatrice générale de Hoodstock
D’ailleurs, le plan de développement social de l’arrondissement se base en partie sur les travaux du comité des déplacements actifs et collectifs, duquel font partie la Table de quartier de Montréal-Nord (TQMN), Hoodstock et l’Association pour la mobilité sécurité de Montréal-Nord, rappelle Clérine Trombert, chargée de projet à la TQMN.
« La suspension du REV Lacordaire, c’est d’autant plus frustrant, parce que les besoins sont connus. Le plan de développement social s’est développé via des concertations avec la population en 2019. L’arrondissement a adopté les objectifs de notre comité en mobilité pour les intégrer à ses politiques », affirme-t-elle.
En outre, le comité a instauré l’an dernier un atelier de vélo communautaire dans les locaux de Hoodstock, pour offrir à la population un service de réparation de vélo et des ressources d’information sur les déplacements actifs.
Une première mobilisation
Ainsi, les organismes ont souhaité se mobiliser pour faire pression sur l’administration de Montréal, afin que le REV Lacordaire ne soit pas mis au rencart.
Une manifestation à vélo était tout d’abord prévue sur le boulevard Lacordaire le 14 juin dernier, mais celle-ci a été annulée à la suite du scandale créé dans le sillon de la suspension de policiers du poste de quartier 39 en raison d’actes racistes allégués.
Pour réactiver la mobilisation, les partenaires ont récemment lancé une lettre ouverte, dans laquelle ils demandent à la Ville de faire connaître les prochaines étapes du projet du REV. « On s’attend à une transparence de la part de la Ville, notamment en ce qui concerne ce qu’ils vont mettre en place pour résoudre le problème avec le viaduc au-dessus de l’autoroute 40 », insiste Mme Exumé.
Aussi, la lettre invite les élus de Montréal à préciser la vision pour le développement du réseau cyclable structurant dans l’est de la ville.
« Revoir l’approche »
Au cabinet de la mairesse de Montréal, on se veut rassurant et on indique que le projet du REV Lacordaire est toujours dans les cartons.
« Notre volonté demeure d’aller de l’avant avec ce projet, mais dans le contexte actuel, avec l’absence de financement de la part de Québec, on n’a pas le choix de revoir l’approche déficiente de l’administration précédente, surtout étant donné les contraintes majeures liées au viaduc en plein cœur du tracé », déclare-t-on dans un courriel.
« On veut s’assurer de bien faire les choses. C’est pourquoi une évaluation plus approfondie est en cours, pour identifier l’option la plus réaliste, sécuritaire et respectueuse de la capacité de payer des Montréalaises et des Montréalais », poursuit-on dans le même message.
Pour sa part, la mairie de Montréal-Nord n’a pas voulu émettre de commentaires supplémentaires, si ce n’est que « la réponse de Montréal-Nord concorde exactement avec la réponse de la Ville centre dans ce dossier », peut-on lire dans un courriel.
De son côté, M. Gagné propose de revoir la configuration du viaduc, en fermant ses bretelles d’accès et en installant des feux de circulation aux intersections. « Où sinon, il y a l’option d’une passerelle, mais la Ville semble trouver l’idée trop chère », observe-t-il.
En attendant, un REV, même s’il était incomplet, permettrait aux cyclistes de Montréal-Nord de se rendre à plusieurs destinations importantes dans le secteur en toute sécurité, comme le centre commercial de la Place Bourassa, constate-t-il.







