(Photo tirée de la page Facebook de Resto Plateau)

Resto Plateau : une mission double face à des besoins grandissants

Implanté dans le Plateau-Mont-Royal depuis 1992, l’organisme à but non lucratif (OBNL) Resto Plateau propose des repas à prix abordables tout en formant aux métiers de la restauration par le biais de son programme d’insertion professionnelle. Si sa mission est demeurée inchangée au fil des ans, les besoins en matière d’aide à l’emploi et de sécurité alimentaire, eux, n’ont cessé de croître.

Resto Plateau a vu le jour à la suite de concertations faisant ressortir deux besoins majeurs dans cet arrondissement central de l’est de Montréal : lutter contre l’insécurité alimentaire et s’attaquer aux enjeux liés au chômage. L’organisme, qui mène également des activités d’économie sociale, s’est alors donné comme double objectif d’offrir une formation au métier de cuisinier et de proposer des plats à bas prix. 

« Il y a 35 ans, sur le Plateau, il y avait plus de pauvreté encore que maintenant. Beaucoup de personnes étaient sans emploi et cherchaient du travail, mais n’avaient pas nécessairement les ressources pour pouvoir intégrer un poste facilement. Donc, c’est le mélange de ces deux situations-là qui a vraiment créé l’essence de Resto Plateau », explique Sophie Plante, directrice générale de l’OBNL. 

Sophie Plante, directrice générale de Resto Plateau (Courtoisie Resto Plateau)

D’abord de taille modeste, l’équipe est passée d’environ 20 à 40 employés en l’espace de sept ans. Bien que la mission de base soit demeurée la même, les demandes ont évolué, notamment au niveau du profil des personnes accompagnées dans un parcours d’insertion socioprofessionnelle.

« On a doublé parce qu’on a plus de projets en sécurité alimentaire et on a plus de personnes en insertion. Avant, on accompagnait davantage des personnes qui étaient issues de l’immigration, souvent des mères de famille qui n’avaient pas travaillé pendant plusieurs années pour élever leurs enfants. Maintenant, on a une clientèle encore plus diversifiée, et on remarque qu’on forme plus de personnes qui ont des troubles de santé mentale, par exemple. Mais le programme d’insertion est vraiment ouvert à tous, on n’a pas de spécialisation », précise Mme Plante. 

En plus du restaurant communautaire et du programme de formation, Resto Plateau a lancé en 2023 une cafétéria à l’Agence spatiale canadienne et propose également un service de traiteur et de location de salle afin de soutenir sa mission de sécurité alimentaire. 

Former davantage d’aides-cuisiniers

Le programme d’insertion professionnelle proposé par l’organisme cible les personnes vivant avec des problématiques psychosociales. Ces participants suivent une formation d’une durée de six mois. « Le cheminement se fait avec des intervenantes. Il y a des ateliers d’employabilité, de savoir-être et des modules pour apprendre les bases et les techniques de la cuisine tout au long de leur parcours », explique Sophie Plante.

Pendant ces mois de formation, les participants ont deux semaines d’intégration et apprennent ensuite à cuisiner « sur le terrain », que ce soit au niveau du service traiteur, de la cuisine communautaire du restaurant ou même à l’Agence spatiale canadienne. 

Ce programme, qui mise sur une approche holistique centrée sur l’humain, est partiellement subventionné par Service Québec, qui couvre notamment les salaires minimums des participants et certaines ressources humaines. Pour l’organisme, le financement du service d’intégration demeure un enjeu. L’année dernière, « il y a eu de grosses coupes », affirme la directrice générale. « Il y a eu quatre entreprises d’insertion qui ont été coupées. On s’attend à ce que l’année prochaine, ce soit la même chose. Toutes les entreprises d’insertion sont un peu sur la sellette », croit-elle.

Pourtant, selon un rapport annuel produit par Resto Plateau pour la période 2023-2024, 154 personnes ont été accompagnées, soit une hausse d’environ 30 % depuis la période prépandémique de 2019-2020. Si le programme d’insertion venait à être victime de coupes budgétaires, « 88 participants par année ne pourraient pas faire le parcours et ne pourraient pas avoir un tremplin pour l’emploi », souligne Mme Plante.

Une fois la formation terminée, les finissants sont accompagnés pendant trois à quatre semaines dans leur recherche d’un établissement où travailler en cuisine. « Ils vont se placer, et s‘ils travaillent pour nous, ça sera un petit peu plus tard dans leur parcours, parce qu’on veut qu’ils aient fait leurs armes ailleurs aussi et qu’ils découvrent d’autres milieux », précise la directrice générale. 

Une offre alimentaire accessible pour tous

Parallèlement au service d’insertion professionnelle, l’offre en sécurité alimentaire a elle aussi connu un essor ces dernières années. Resto Plateau sert environ 300 repas par jour, dont 200 à même son restaurant communautaire et une centaine soit en repas congelés ou en repas préparés envoyés dans d’autres organismes.

L’organisme propose également un comptoir du soir deux fois par semaine, le lundi et le mercredi. « On est ouvert de 16 h 30 à 18 h 30 pour offrir des repas soit congelés ou des repas en vrac, et les gens peuvent prendre juste le plat principal ou bien les accompagnements. C’est calculé au poids. Les clients doivent apporter leur contenant parce qu’on a quand même un côté écoresponsable qui est très important pour nous », indique la directrice générale.

Resto Plateau a choisi d’offrir ses services sans condition de revenu afin de garantir l’accès à tous. Cette démarche vise à respecter la dignité de chacun et à favoriser un environnement inclusif, explique Sophie Plante. « Et les preuves de revenus, ça a deux côtés. Quelqu’un qui a gagné un bon salaire l’année dernière peut traverser une situation difficile aujourd’hui et avoir des difficultés financières. Ou encore, une personne avec un bon revenu, mais monoparentale et confrontée à des difficultés d’endettement, par exemple », précise-t-elle. 

Depuis un an, l’organisme propose une tarification sociale à trois niveaux : un prix régulier à 7 $, un tarif réduit à 5 $ et un tarif solidaire à 9 $, qui contribue à financer une partie des repas destinés aux autres bénéficiaires. « C’est ce tarif-là qui va couvrir le repas d’une autre personne qui paye 5 $. On est assez contents, parce que quand on regarde nos sondages, la moyenne environ des gens qui payent plus que le prix réduit, c’est autour de 10%. Ce n’est peut-être pas énorme, mais ça fonctionne quand même », déduit avec optimisme la directrice générale. 

En matière d’approvisionnement, Resto Plateau travaille notamment avec La Corbeille Bordeaux-Cartierville, un organisme qui leur fournit des fruits et des légumes de saison grâce à un programme maraîcher, permettant ainsi de diversifier le menu tout en réduisant les coûts. D’autres dons ponctuels proviennent de partenaires comme Les Fermes Lufa, par exemple. 

Les chefs de Resto Plateau s’assurent de toujours demeurer créatifs pour élaborer des repas à la fois équilibrés et économiques. « On a un plat végé et un plat de viande au même prix. On a un menu cyclique qui dure entre cinq et six semaines. Ce sont des plats différents pendant ce nombre de semaines, puis après ça recommence », explique Sophie Plante.

Des clients dans la salle à manger du Resto Plateau (Photo tirée de la page Facebook de Resto Plateau)

La clientèle itinérante à la hausse

Bien que le Plateau-Mont-Royal soit souvent perçu comme un quartier privilégié, la directrice générale rappelle la présence de pauvreté, souvent invisible ou « cachée », dans les quartiers gentrifiés. Le Resto Plateau attire 50 % de sa clientèle depuis d’autres quartiers de Montréal, grâce à sa proximité du métro Mont-Royal, notamment. 

L’une des principales différences avec les débuts du restaurant est qu’il vient aujourd’hui en aide à un nombre grandissant de personnes en situation d’itinérance, indique Mme Plante. « Présentement, on voit que ça explose dans les ressources, comme les soupes populaires, et les repas qui sont servis gratuitement. Ça fait des années qu’on offre des repas gratuits aux personnes en situation d’itinérance qui viennent une fois de temps en temps. Mais depuis janvier dernier, on a eu environ 300 nouvelles personnes en situation d’itinérance qui sont venues manger chez nous, ce qui est pour nous énorme. Ça veut dire que tous ces gens-là reviennent aussi régulièrement », explique-t-elle. 

Nécessité d’un financement accru

L’organisme doit donc aujourd’hui fournir une grande quantité de repas gratuits, au point de devoir parfois refuser des usagers sans-abri faute de moyens. « On recherche activement du financement pour pouvoir continuer à les offrir », précise la directrice générale. 

La présence plus importante de cette clientèle, souvent touchée par des troubles de santé mentale, de toxicomanie ou d’hygiène, crée également des enjeux de cohabitation sociale. Des tensions dans la salle à manger peuvent par exemple poser problème pour la clientèle plus âgée ou vulnérable, majoritaire au restaurant, qui peut se sentir menacée ou mal à l’aise, explique Sophie Plante.

Jusqu’à récemment, une seule intervenante sociale s’occupait de la salle. Désormais, il en faudrait au moins trois pour encadrer et orienter les usagers les plus vulnérables vers d’autres services de soutien. « On n’a pas les financements pour ça, se désole la directrice. Pour l’instant, on s’auto-finance avec nos autres activités d’économie sociale. »

Les ressources financières du Resto Plateau reposent également sur différents piliers tels que l’organisme Centraide ou encore quelques fondations (pour l’équipement ou le personnel). 

L’arrivée de personnes avec des comportements plus difficiles a même poussé l’équipe à embaucher un agent de cohabitation. Mais le peu de financement n’est toutefois pas suffisant pour couvrir à la fois les repas donnés gratuitement et la rémunération des ressources sur place. « Donc, on est obligés de payer ça de notre poche. On est en démarche pour obtenir de l’aide de différentes sources et on a soumis une demande à la Ville de Montréal, qui dispose actuellement de certains fonds destinés à l’itinérance », termine Sophie Plante.