
(Courtoisie Resto Plateau)
23 février 2026Resto Plateau : une cafétéria pas comme les autres
Depuis plus de 30 ans, l’organisme Resto Plateau combat la faim et œuvre à améliorer l’employabilité des personnes vulnérables. Dans un contexte où la crise de l’itinérance et les besoins en aide alimentaire grimpent en flèche, l’OBNL cherche à élargir ses horizons et renforcer ses services.
Fondé en 1992 dans le sous-sol de l’église Saint-Denis, Resto Plateau occupe désormais une place cruciale dans l’écosystème communautaire du Plateau—Mont-Royal (PMR). Depuis ses installations situées au 4450, rue Saint-Hubert, au Monastère – centre de services communautaires , l’organisme pilote plusieurs programmes, dont son restaurant communautaire.

Alexis Gohier-Drolet, chargé de communication chez Resto Plateau (LinkedIn)
« Nous sommes principalement basés sur un mode de cafétéria. Donc, nous sommes ouverts les jours de semaine à l’heure du diner. La grande majorité des gens viennent prendre un repas complet, c’est-à-dire un plat principal avec trois accompagnements et une boisson », explique Alexis Gohier-Drolet, chargé de communication chez Resto Plateau.
L’addition est calculée en vertu d’un système de tarification sociale, souligne-t-il. Ainsi, les personnes avec moins de moyens peuvent bénéficier d’un prix réduit, soit d’un repas à 5 $. Le prix « régulier » est établi à 7 $, tandis que certaines personnes peuvent opter pour le prix « solidaire » à 9 $. « Notre calcul est simple : le prix régulier rembourse le coût de production du repas, alors qu’avec le prix réduit, on est un peu en pertes, mais ça fait partie de notre mission. Enfin, le prix solidaire nous aide à soutenir l’initiative », affirme ce dernier.
Le restaurant offre ainsi entre 200 et 250 repas par jour à une clientèle principalement en provenance du quartier.
Pour François, un usager de l’organisme, fréquenter la cantine n’est pas seulement une question de trouver un repas abordable, c’est aussi une occasion de socialiser. « J’ai déjà utilisé les services de distribution alimentaire, mais comparativement à cela, [le Resto Plateau] nous permet de sortir de l’isolement. Ça fait du bien de rencontrer des gens de tous les horizons, c’est beaucoup intergénérationnel. Je sais que quand je viens ici, ma journée va mieux se passer », assure celui-ci.
Insertion dans le marché de l’emploi
Toutefois, la mission sociale de Resto Plateau ne s’arrête pas à la distribution de repas abordables, car derrière les fourneaux se trouvent aussi des personnes dans une démarche de retour sur le marché de l’emploi.
Effectivement, en 2024-2025, Resto Plateau a formé 93 personnes dans le cadre d’un parcours d’insertion temporaire en cuisine d’une durée de 6 mois. « Durant leur séjour en cuisine, les personnes sont rémunérées, et ensuite, on leur offre de l’accompagnement pour trouver un emploi dans le domaine », indique M. Gohier-Drolet.

Jasmin Landry (au fond) suit un parcours d’insertion au marché de l’emploi dans les cuisines de Resto Plateau (Emmanuel Delacour/EMM)
Les possibilités d’emploi ne s’arrêtent pas au travail en cuisine dans un établissement de restauration, précise-t-il. En effet, certains s’orientent plutôt vers des services de traiteur, dans des résidences pour aînés, des écoles, « bref, tout endroit qui distribue de la nourriture ».
De manière générale, les personnes qui effectuent le parcours étaient éloignées du marché de l’emploi pour diverses raisons. « Ce sont des personnes qui potentiellement vivent de l’insécurité financière. Donc, en leur donnant cette structure, un cadre et un revenu, on attaque la précarité sous plusieurs angles », souligne le chargé de communication.
Ce parcours, Jasmin Landry le suit depuis novembre dernier. Il a ainsi passé les 12 dernières semaines aux postes de plongeur, garde-manger, rôtisseur, et il a même fait une incursion dans le service de traiteur de Resto Plateau. Ayant lui-même connu quelques mois difficiles durant lesquels il n’a pas pu se trouver de logement, il souhaite désormais aller travailler dans le milieu communautaire auprès des personnes dans la rue.
« Ça me tient à cœur de pouvoir faire en sorte que les gens puissent se trouver des repas à prix modique. Ici, en plus d’apprendre le métier, on découvre qu’il y a de l’amour au pied carré. On apprend à s’ouvrir aux autres », relate-t-il.
Diverses activités
Au-delà de son restaurant, Resto Plateau pilote une série d’initiatives communautaires. L’an dernier, ce sont 90 000 repas qui ont été distribués par l’OBNL. « Ça inclut le restaurant communautaire, mais aussi des repas distribués auprès de notre partenaire, l’organisme Projet Changement, à qui on offre le service de cafétéria. Ça compte aussi les repas distribués à l’École nationale de théâtre du Canada », souligne M. Gohier-Drolet. En effet, l’organisme tient un service de traiteur pour cette école, ainsi que pour l’Agence spatiale canadienne. Fonctionnant dans un modèle d’économie sociale, cette initiative vend des repas à ces groupes pour réinvestir les profits dans ses programmes communautaires.

Des employées s’affairent dans les cuisines du service de traiteur de Resto Plateau (Emmanuel Delacour/EMM)
En outre, Resto Plateau sert depuis l’automne 2024 des repas dans trois écoles de la Rive-Sud, soit Monseigneur-Forget, Maurice-L.-Duplessis et celle du Vieux-Greenfield Park. Le projet de La Cantine pour tous a permis de fournir 11 404 diners à faible coût lors de la dernière année scolaire. L’organisme a aussi remis 591 paniers solidaires et 200 paniers de Noël.
Selon le chargé de communication, les besoins alimentaires dans le quartier sont toujours en croissance. « On retrouve de plus en plus de personnes avec de lourds problèmes financiers, des personnes sans domicile fixe, des personnes qui ont besoin d’aide d’urgence. Donc, le nombre de repas gratuits qu’on a remis a explosé dans les deux dernières années. L’année dernière, ça tournait autour de 4 000 repas offerts gratuitement », affirme-t-il
Selon ce dernier, plusieurs tranches de la population du quartier ont « bougé vers la précarité », incluant les étudiants et travailleurs à temps plein. L’organisme s’affaire ainsi à répondre au maximum de personnes possible et à favoriser la mixité sociale dans les années à venir.
Le dossier spécial L’Est communautaire 2026 est produit en partie grâce à la contribution financière des partenaires suivants :












