(Photo / Courtoisie Ville de Montréal-Est)

Repenser la ville de Montréal-Est

Le 23 avril dernier, la Ville de Montréal-Est était l’hôte de l’exposition ouverte au public « Montréal-Est 2050 : imaginez la ville de demain ». Pour la troisième année consécutive, des étudiantes et étudiants du baccalauréat en urbanisme de l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage de l’Université de Montréal (UdeM) ont présenté leurs propositions d’aménagement pour cinq sites présélectionnés de la municipalité.

Une quarantaine de participants répartis en dix équipes ont ainsi repenser l’aménagement des secteurs retenus, en tenant compte à la fois des orientations de la Ville et des réalités du terrain. Les propositions devaient être réalistes — chaque dollar dépensé devait être justifié — tout en s’inscrivant dans un horizon de 25 ans.

Projet – Vers un réseau de mobilité polyvalent (Image / CVL Urbaniste)

La principale nouveauté de cette troisième édition est l’implication citoyenne dans le cadre d’opérations populaires d’aménagement (OPA) menées en collaboration avec la CDC de la Pointe- région Est. Pour se pencher sur la partie résidentielle de la ville, les étudiants sont allés à la rencontre des résidents afin de mieux cibler leurs besoins.

Deux constats ont particulièrement orienté leur travail. D’abord, la mobilité active — se déplacer à pied ou à vélo dans un axe nord-sud — est perçue comme difficile à Montréal-Est, y compris sur l’avenue Broadway, l’artère principale du secteur résidentiel. Ensuite, deux adolescents présents lors de la marche ont mis le doigt sur un angle mort : la ville offre des aménagements pour les jeunes enfants et pour les adultes, mais peu de choses pour les jeunes de leur âge.

« Ces adolescents nous ont dit : « ça nous prend quelque chose pour nous aussi dans ce territoire-là. » Et ça a été pris en compte par les deux équipes », rapporte Martin Gagnon, chargé de cours à l’Université de Montréal et co-organisateur de l’événement. Pour Nicolas Dziasko, directeur du service de l’aménagement du territoire et du développement économique chez Ville de Montréal-Est, impliquer les citoyens dans une démarche d’urbanisme va de soi : « L’urbanisme, on fait ça avant tout pour les citoyens. Il faut les impliquer », dit-il.

D’autres équipes se sont penchées sur le site « des sheds » — un ensemble d’entrepôts situés près de l’avenue Marien et de la rue Sherbrooke, en lisière du secteur résidentiel — ainsi que sur un terrain industriel vacant acquis par la Ville à proximité du fleuve Saint-Laurent. Un troisième type de mandat portait sur les implications urbanistiques d’un éventuel projet de transport collectif structurant pour l’ensemble du territoire.

En revanche, un vaste terrain situé entre la voie ferrée et la rue Sherbrooke, qui avait fait l’objet de travaux lors d’éditions précédentes, a été délibérément écarté cette année. « C’est un site tellement grand que les étudiants de deuxième année ont de la difficulté à le travailler. C’est plus pour des stratégies à long terme », explique Martin Gagnon.

Un partenariat gagnant-gagnant

Plusieurs éléments expliquent le choix de la Ville de Montréal-Est pour ce type d’exercice académique, à commencer par le potentiel de transformation de ce territoire qui compte 29 millions de pieds carrés de friches industrielles : « Montréal-Est est un territoire assez intéressant pour penser le développement, puisqu’il est un peu entre deux phases : une phase de croissance qui a eu lieu en grande partie dans le passé et une nouvelle phase de croissance qu’on peut envisager dans l’avenir », précise Martin Gagnon, chargé de cours à l’Université de Montréal et co-organisateur de l’événement.

Au surplus, outre la position géographique stratégique de la ville et sa disponibilité foncière, l’ouverture de l’administration municipale est également un atout  : «  Ce n’est pas simplement un territoire sur lequel on envoie les équipes travailler. C’est un territoire qui va réagir à ce travail-là », mentionne M. Gagnon. Ce dernier souligne d’ailleurs la présence de la mairesse de Montréal-Est lors de la présentation finale et celle de M. Dziasko qui a participé à titre de critique aux présentations intermédiaires en cours de session. Du côté de l’administration municipale, ce laboratoire étudiant est une source d’inspiration :  « C’est une opportunité d’avoir des idées neuves et de voir comment la nouvelle génération peut comprendre le territoire et proposer des choses dans le cadre de sa transformation », résume Nicolas Dziasko.

Trois grandes tendances

En croisant les propositions des dix équipes, trois thèmes reviennent de façon récurrente. Un transport collectif performant reliant Montréal-Est au reste de l’île apparaît comme une condition préalable à tout autre développement. Améliorer les conditions de déplacement actif — marche et vélo — dans le secteur résidentiel ressort également comme une priorité partagée. Enfin, les équipes envisagent un développement résidentiel compact dans les zones qui y sont destinées, de manière à soutenir le commerce de proximité, notamment sur Broadway.

M. Dziasko a relevé le travail d’une équipe qui s’est penchée sur le secteur «des sheds» en intégrant l’hypothèse d’une future station du Projet structurant de l’Est : « Ils ont tissé la ville sur elle-même en fonction de ça. C’était vraiment intéressant — ça permettait à tout un quartier de se redévelopper au complet », fait-il remarquer.

La prise en compte des changements climatiques — réduction des îlots de chaleur, gestion des eaux de surface, verdissement — traverse l’ensemble des projets, comme c’est le cas depuis le début de l’exercice. « Il n’y a pas un groupe qui est passé à côté », note M. Gagnon.

Une valeur à la fois académique et consultative

Les propositions étudiantes n’ont pas force de loi, mais M. Dziasko leur reconnaît une portée qui dépasse le simple exercice scolaire. Il souhaite que l’ensemble des travaux produits lors des trois éditions soit éventuellement regroupé et rendu accessible en ligne. « C’est une façon de poursuivre le rêve de transformer la ville de demain. Je m’attends à ce qu’on puisse s’inspirer et se challenger grâce aux travaux des étudiants au fil des années », dit-il.

La Vision 2050 adoptée par la Ville en janvier 2025 sert de cadre de référence à l’ensemble de la démarche. Avec environ 29 millions de pieds carrés de friches industrielles à redévelopper, Montréal-Est se trouve dans une situation que peu de villes peuvent revendiquer : celle de pouvoir repenser, presque à partir de zéro, un territoire central en plein cœur de la région métropolitaine. La révision du schéma d’aménagement de l’agglomération de Montréal, prévue d’ici 2029, permettra ensuite d’arrimer le plan d’urbanisme local à ces nouvelles orientations.

La présence de Chantal Rouleau, députée de Pointe-aux-Trembles et ministre responsable de la métropole, a aussi marqué l’événement. « Pour moi, ça veut dire que le territoire de Montréal-Est suscite énormément d’attention, et on espère bien que cette curiosité amène encore plus d’actions concrètes », souligne M. Dziasko.

Un deuxième volet axé sur la technologie

La soirée comprenait également la remise de prix de la première édition du Concours Villes et Jumeaux numériques (VJN), une initiative de la Chaire de recherche AdapT-UMQ de l’ESG UQAM et de Dassault Systèmes. Sept équipes d’étudiants issus de disciplines variées — urbanisme, architecture, ingénierie et génie logiciel — ont modélisé des scénarios de développement pour le territoire à l’aide du jumeau numérique, un outil permettant de simuler en trois dimensions l’impact de différents choix d’aménagement sur les infrastructures, la mobilité ou encore la gestion des eaux pluviales.

Le premier prix a été décerné à l’équipe STEP, composée de chercheurs aux cycles supérieurs. Un prix coup de cœur a été remis aux Arpenteuses, une équipe de bachelières de premier cycle. Pour Nicolas Dziasko, qui siégeait au jury, l’exercice a mis en lumière le potentiel de cet outil pour la planification urbaine. « On a désormais accès à des technologies qu’on n’avait pas il y a encore quelques années. Peut-être que la prochaine étape, ce serait de nous demander si nous-mêmes, à l’interne, on serait capables de commencer à utiliser ce logiciel pour voir si nos modélisations ont du sens. »