
Le Centre d’impact Maurice-Duplessis (courtoisie Renaissance)
19 mai 2026Renaissance veut faire des parcs industriels de l’Est un moteur d’économie circulaire
Dans l’est de Montréal, les anciens terrains industriels, les friches et les vastes zones logistiques racontent autant l’histoire manufacturière de la métropole que les défis socioéconomiques qui persistent encore aujourd’hui. Et pour Renaissance, cette situation singulière représente plutôt une occasion de transformation.

Le directeur général de Renaissance, Éric St-Arnaud (courtoisie)
« Je trouve que l’est de Montréal a toujours été un peu mis de côté et délaissé », affirme le directeur général de Renaissance, Éric St-Arnaud. « Il y a donc une opportunité majeure de développer l’est. »
Depuis une trentaine d’années, l’entreprise d’économie sociale s’est progressivement implantée dans l’est montréalais. Elle y exploite aujourd’hui 9 friperies, 25 centres de dons, des librairies et plusieurs services d’aide à l’emploi. Et son plus récent projet, le Centre d’impact Maurice-Duplessis, à Rivière-des-Prairies (RDP), marque une nouvelle étape dans ses ambitions.
Le bâtiment rassemble sous un même toit un centre de dons, une friperie traditionnelle, un magasin à la livre, des programmes d’insertion professionnelle et des activités de traitement des matières. « C’est le seul et unique projet où il y a l’ensemble des activités de Renaissance réunies au même endroit », explique M. St-Arnaud.
Mais au-delà de ce tout premier projet de construction immobilière pour l’entreprise, Renaissance voit dans les parcs industriels de l’est une possibilité de redéfinir le développement économique du secteur autour de l’économie circulaire.
Une économie au service des besoins sociaux
Pour Éric St-Arnaud, la particularité de l’économie sociale réside dans sa finalité. Contrairement aux entreprises traditionnelles, dit-il, les organisations comme Renaissance utilisent les outils économiques pour atteindre des objectifs sociaux et environnementaux. « L’économie sociale, c’est toujours mettre l’être humain au centre de la prise décisionnelle, au lieu de le percevoir comme un simple intrant », résume-t-il.
Cette approche influence directement les choix de l’organisation. Par exemple, certains projets environnementaux sont maintenus même lorsqu’ils ne génèrent pas de profits importants. « On acceptait des projets environnementaux où on savait qu’on n’avait pas d’argent à y gagner, mais c’était la bonne chose à faire parce qu’il fallait être responsables socialement. »
Dans le contexte économique actuel, marqué par l’inflation et les difficultés dans plusieurs secteurs industriels, le directeur général estime que les organisations d’économie sociale jouent un rôle particulièrement important. « Ce sont les plus vulnérables qui vont perdre leur emploi, qui vont être tassés. C’est là que le modèle Renaissance doit exister. »
Les parcs industriels comme laboratoires de circularité
Dans la vision de Renaissance, les parcs industriels de l’est pourraient devenir bien davantage que de simples zones logistiques ou manufacturières. Ils pourraient accueillir des entreprises spécialisées dans la réparation, la revalorisation, le tri ou encore la transformation des matières. « L’est est un terreau fertile présentement pour la circularité », affirme Éric St-Arnaud. Selon lui, les infrastructures existantes, les grands espaces industriels et les réseaux de transport constituent des atouts majeurs pour développer un nouvel écosystème économique. Il imagine des entreprises capables de travailler ensemble autour du réemploi des matériaux et du recyclage textile. « Ce serait intéressant d’avoir un lieu pour tout ce qui est matières à trier, revaloriser, réparation, transformation. Les entreprises de circularité ont un pouvoir d’attraction. »
Le dirigeant croit aussi que l’est pourrait progressivement se détacher de son image historique associée aux industries lourdes et pétrochimiques. « On a un pouvoir d’attraction pour créer un autre modèle de parc industriel, autre que chimique ou pétrochimique, dans lequel on est aujourd’hui. »
Cette transformation pourrait également contribuer à revitaliser plusieurs secteurs du territoire. Le Centre d’impact Maurice-Duplessis lui-même a été construit sur un terrain longtemps laissé à l’abandon et partiellement contaminé. « C’est un terrain qui n’était pas utilisé depuis des décennies. On l’a décontaminé. On a ajouté des arbres. Ça permet de revitaliser le secteur. »

Un employé de Renaissance à l’oeuvre (courtoisie)
Changer la perception de l’usagé
L’un des plus grands défis de l’économie circulaire demeure toutefois culturel. Pendant longtemps, l’achat de vêtements ou d’objets usagés était associé à la pauvreté. Éric St-Arnaud raconte que sa génération elle-même a grandi avec cette perception. « On s’était fait une promesse : nos enfants ne porteraient pas de vêtements usagés. »
Selon lui, cette mentalité est toutefois en train de changer rapidement. Il cite des études montrant qu’il y a quelques années encore, les Québécois figuraient parmi les consommateurs les plus réticents à acheter usagé au pays. Aujourd’hui, Renaissance observe une diversification importante de sa clientèle. « Avant, la majorité des gens avaient un niveau d’études plus faible. Maintenant, on a toutes les strates d’âge, d’éducation et de métiers comme clients. » Et le phénomène dépasse désormais les considérations financières. Plusieurs consommateurs recherchent activement des produits de seconde main pour des raisons environnementales ou encore pour le plaisir de trouver des objets uniques à bas prix. « Les gens disent : “J’ai trouvé telle chose à 10 $, ça vaut 50 $.” Il y a tout l’aspect des trouvailles qui procure de la joie et de la fierté. »
Renaissance mène depuis plusieurs années des activités de sensibilisation à l’impact de la consommation des textiles afin de faire évoluer les mentalités. Elle recevra notamment au sein de son Centre d’impact Maurice-Duplessis l’événement de dévoilement des résultats du Baromètre de la consommation responsable le 5 juin prochain. La population pourra venir y découvrir les résultats de l’étude par le biais d’un parcours immersif sur le poids de la consommation textile, et ce, de 13h à 17h.
Le défi du coût de la vie
Malgré cet engouement nouveau, plusieurs obstacles freinent encore le développement de l’économie circulaire, le principal demeurant le prix. « Le citoyen n’a pas toujours les moyens de payer plus cher », reconnaît M. St-Arnaud. Même lorsqu’un vêtement est réparé ou revalorisé, les consommateurs disposent souvent d’un budget limité. Il devient donc difficile de financer certaines opérations de transformation textile.
L’organisation doit également composer avec les pressions qui touchent l’ensemble du commerce de détail. « Ce n’est pas parce qu’on est dans l’usagé qu’on ne vit pas de pression. »
À cela s’ajoutent les défis logistiques liés à la collecte, au transport et au traitement des matières. Renaissance milite notamment pour une amélioration du transport collectif dans les secteurs industriels de l’est. Le manque de desserte a d’ailleurs poussé l’organisation à mettre en place sa propre navette pour certains employés.
Une ambition pour l’est de Montréal
À plus long terme, Renaissance rêve de faire de l’est de Montréal un pôle incontournable de l’économie sociale et circulaire au Québec. L’organisation souhaite ainsi développer un véritable « hub de circularité » consacré notamment au textile, avec des activités de recyclage, d’innovation et de formation de la main-d’œuvre. « On aimerait devenir un modèle d’employabilité, d’insertion et de réemploi. »
Mais Éric St-Arnaud insiste sur le fait que cette transformation ne pourra pas se faire seule. Il mise sur les partenariats avec les entreprises privées, les organismes communautaires, les institutions et les autres acteurs économiques du territoire. « Est-ce qu’on peut être un catalyseur, un motivateur, un mobilisateur avec les autres acteurs, et apporter notre expertise? »
Car pour lui, l’avenir de l’est passe par un développement plus humain, plus local et plus durable. « L’est, c’est un maudit beau territoire. Il faut le développer », conclut le directeur général.













