
L’église et le presbytère Sainte-Gertrude (Google View)
18 mars 2026Reconversion du presbytère Sainte-Gertrude : un projet pour préserver et nourrir
À Montréal-Nord, un projet de réaffectation du presbytère de l’église Sainte-Gertrude pourrait bientôt donner une nouvelle vie à ce bâtiment religieux. L’idée : transformer cet espace en pôle communautaire réunissant services aux aînés et initiatives alimentaires pour la population du quartier.
Le projet s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir des bâtiments religieux au Québec. Selon Serge Geoffrion, développeur territorial impliqué dans le dossier, ces édifices représentent un patrimoine considérable mais souvent sous-utilisé.

Serge Geoffrion, développeur territorial (LinkedIn)
« On a un grand patrimoine bâti, qui vaut des milliards de dollars, et de l’autre côté on a des besoins sociaux énormes. Mais il n’y a pas de pont entre les deux », explique-t-il.
Pendant près d’un siècle, ces bâtiments ont été construits avec des matériaux et une qualité architecturale remarquables. Pourtant, plusieurs sont aujourd’hui peu occupés ou menacés d’abandon. « C’est un cadre bâti de grande qualité, construit sur presque cent ans. Et aujourd’hui, il est très, très inutilisé », souligne M. Geoffrion.
Un projet ancré dans les besoins du quartier
Au cœur du projet se trouve le Carrefour des retraités de Montréal-Nord, un organisme qui souhaite déménager dans le presbytère pour y développer ses activités. Existant depuis 50 ans, il occupe depuis 35 ans les mêmes locaux, devenus trop petits pour répondre aux besoins actuels.
« On est logé dans deux petits locaux, très petits. Depuis la pandémie, l’organisme a pris un envol et il y a beaucoup de demandes », explique sa directrice, Linda Therrien. Selon elle, la pandémie a contribué à faire connaître davantage les services du Carrefour, ce qui a entraîné une hausse importante des demandes d’aide et d’accompagnement pour les aînés.
Le déménagement dans le presbytère permettrait donc à l’organisme de se développer et d’offrir un lieu accessible où les personnes âgées pourraient trouver des services et participer à des activités. « Il y a tellement d’aînés sur le territoire de Montréal-Nord qu’il faut arriver à mettre un endroit accessible pour eux, pour qu’ils puissent venir chercher les services dont ils ont besoin », affirme Mme Therrien.
Briser l’isolement des aînés
Au-delà de l’agrandissement de l’organisme, le projet vise aussi à répondre à un problème majeur dans le quartier : l’isolement des personnes âgées.
Le Carrefour des retraités mène déjà des interventions de terrain auprès d’aînés vulnérables. « On a un intervenant qui fait du travail de milieu pour les aînés vulnérables et qui se promène dans la rue pour les aider », explique Mme Therrien. Ces interventions ont permis de constater l’ampleur des besoins. « Les aînés qui sont vraiment isolés ont de grands besoins et vivent beaucoup de solitude. Le projet est né de ces besoins observés », ajoute-t-elle.
Un pôle alimentaire pour le quartier
Le projet ne se limite pas aux services aux aînés. Il prévoit également un important volet alimentaire, notamment avec la participation de l’organisme Les Fourchettes de l’Espoir. Présent à Montréal-Nord depuis 24 ans, il est une entreprise d’économie sociale dont la mission est de favoriser l’accès à une alimentation saine.

Brunilda Reyes, directrice générale des Fourchettes de l’Espoir (Courtoisie Ville de Montréal/Sylvain Légaré)
« Notre mission, c’est de donner l’accessibilité à tous les citoyens à une alimentation équilibrée et une bonne alimentation », explique sa directrice générale, Brunilda Reyes. Dans le cadre du projet, l’organisme ne déménagera pas dans le presbytère, mais souhaite y développer un nouveau service. « On veut y créer une épicerie communautaire pour les citoyens du quartier », précise Mme Reyes.
Cette initiative s’inscrit dans un plan de développement social élaboré par les partenaires communautaires de Montréal-Nord. « Ce n’est pas un projet qu’on commence maintenant. Ça fait déjà plusieurs années qu’on travaille avec les partenaires pour identifier des alternatives alimentaires pour les citoyens », explique-t-elle.
Dans un contexte marqué par l’inflation et la hausse du coût de la vie, l’accès à une alimentation abordable est devenu un enjeu majeur pour de nombreuses familles. « Avec la problématique financière et l’inflation, il fallait trouver des solutions collectives pour permettre aux gens de bien se nourrir », souligne Mme Reyes.
L’épicerie communautaire envisagée s’inspirerait notamment de modèles déjà existants ailleurs à Montréal, comme le modèle qu’a démarré la Cuisine Collective Hochelaga-Maisonneuve.
Un projet de collaboration entre organismes
Pour les promoteurs du projet, la force de l’initiative réside dans la collaboration entre plusieurs organisations. Selon Serge Geoffrion, ce type de projet ne peut fonctionner que si les différents acteurs travaillent ensemble dès le départ. « On a réuni autour d’une table la Ville, la fabrique paroissiale et les organismes communautaires. Chacun a mis ses enjeux sur la table, sans agenda caché », raconte-t-il.
Cette approche permet de faire émerger des solutions collectives. « Souvent, quelqu’un se rend compte que la solution qu’il a répond au problème d’un autre. C’est ce que j’appelle l’intelligence collective », explique M. Geoffrion.
La fabrique pourrait d’ailleurs rester impliquée dans le projet, notamment grâce à la location du bâtiment. « De louer le bâtiment pourrait rapporter quelques centaines de milliers de dollars et permettre d’entretenir l’église », note-t-il. Ainsi, la vocation religieuse du site pourrait coexister avec une nouvelle vocation sociale. « On perpétue une vocation sociale et on perpétue une vocation religieuse », résume M. Geoffrion.
Redonner vie à un patrimoine menacé
Au-delà du cas particulier de Sainte-Gertrude, le projet s’inscrit dans un phénomène plus large. Partout au Canada et au Québec, de nombreuses églises ferment leurs portes. Selon les données citées par Serge Geoffrion, plus de 4 300 églises ont fermé au Canada entre 2009 et 2018. « On parle d’un patrimoine qui vaut des milliards de dollars et qui risque d’être abandonné si on ne trouve pas de nouvelles vocations », souligne-t-il.
Pour Brunilda Reyes, la transformation du bâtiment constitue surtout une occasion de renforcer la solidarité dans le quartier. « C’est l’opportunité de transformer un édifice en lieu de services à la communauté », affirme-t-elle.







