
Plan prévisionnel des parcs du futur site de la Place Versailles (Courtoisie Provencher_Roy)
22 juin 2025RÉAMÉNAGEMENT DE LA PLACE VERSAILLES : ENTRE AVANCÉES ET PRÉOCCUPATIONS CITOYENNES
Le 12 mai dernier, la Ville de Montréal annonçait l’approbation du projet de réaménagement de la Place Versailles et de son stationnement en nouvel espace de quartier résidentiel et commercial. Ce projet, qui s’étalera sur 25 ans et prévoit notamment la construction de nouveaux immeubles résidentiels, suscite des inquiétudes chez certains résidents. Un comité de bon voisinage devrait d’ailleurs être formé cet été.
Le promoteur principal, la Place Versaille, et la Ville de Montréal ont déposé le nouveau plan de développement réajusté après les observations contenues dans le rapport de l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) présenté en décembre dernier. Environ 5805 unités de logements pouvant accueillir quelque 10 000 résidents seront construites sur le site, dont 979 logements sociaux et 39 logements abordables.
L’ampleur du projet et surtout la présence de chantiers sur le site pour une durée de 25 ans ont vite fait d’inquiéter certains résidents du voisinage habitant au nord et à l’ouest du centre commercial actuel. « Qu’est-ce que ça va avoir comme impact sur notre santé physique, sur la santé psychologique, de vivre dans cet environnement sur une durée de 25 ans? », se demande Marie-Claude Alary, résidente du quartier juxtaposé à la Place Versailles.

Pierre Lessard-Blais, maire de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (Courtoisie)
Le maire de l’arrondissement de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (MHM), Pierre Lessard-Blais, comprend les préoccupations des résidents mais juge que les travaux seront effectués à une distance raisonnable des rues résidentielles. « Ça se peut que quelqu’un qui habite sur Desgroseillers voit un bâtiment se construire à 60 mètres de chez lui, derrière sa cour. Mais 60 mètres, dans un contexte urbain, c’est une distance qui se gère très bien », expose-t-il.
Selon l’élu, aucun résident ne subira la proximité des travaux sur cette période de plus de deux décennies. « Si vous avez vraiment une cour qui donne vers le stationnement, ça se peut que pendant 3 ans, il y ait des travaux derrière chez vous. Mais une fois que ce bâtiment sera construit, les constructions suivantes ne seront pas derrière chez vous », souligne le maire.
Conjointement avec le promoteur, la Ville de Montréal et l’arrondissement de MHM s’engagent à limiter les nuisances encourues à proximité des chantiers. « Ça veut dire des toiles qui protègent de la poussière puis du gravat », mentionne M. Lessard-Blais. On s’engage aussi à faire « asperger les camions pour que la poussière soit emportée par l’eau puis qu’elle tombe sur le sol avant que le camion aille sur la rue ».
Même si le début des travaux est prévu pour l’automne 2026, d’ici là, le promoteur doit s’assurer d’obtenir un permis de construction. Pour ce faire, il doit signer trois ententes administratives avec la Ville de Montréal : l’entente de développement, l’entente sur le logement social et l’entente sur les infrastructures souterraines. « Ces ententes-là sont toutes encadrées parce qu’elles étaient votées à la ville-centre. Tout ça doit être signé avant d’octroyer le permis de construction », précise M. Lessard-Blais
Toujours selon ce dernier, le promoteur devra aussi passer devant le comité consultatif d’urbanisme pour faire approuver « l’architecture spécifique de chacun des bâtiments » par les experts de la Ville.
La firme de relations publiques National, représentant la Place Versailles, n’a pas souhaité nous accorder une entrevue pour répondre à ces préoccupations.
Comité de bon voisinage
Un comité de bon voisinage devrait se former « au plus tard » le 31 août prochain, précise le maire de MHM. Mme Alary et d’autres résidents du secteur ne savent toujours pas s’ils pourront y prendre part. « Ce comité doit être mis en place par le promoteur avec le soutien de la Ville. On aimerait en faire partie », indique-t-elle.
D’autant plus que cette résidente du secteur suit l’évolution du projet depuis ses balbutiements. « Ça fait plus de trois ans que je vais au conseil d’arrondissement de façon régulière pour demander d’être impliquée, pour demander que les citoyens soient impliqués. Qu’est-ce que ça aurait demandé d’impliquer des gens du secteur dans la planification du projet ? », se questionne-t-elle.
M. Lessard-Blais assure que les résidents du secteur pourront se manifester auprès de l’arrondissement pour joindre le comité de bon voisinage. Pour lui, ce comité sera essentiel une fois les travaux lancés. « On veut garder un lien avec les citoyens pour les tenir au courant et entendre leurs préoccupations. Et une fois qu’il y aura des travaux, s’il y a des choses qui se passent mal, les promoteurs pourront l’entendre et s’ajuster rapidement. »
Maintenir l’offre commerciale
Si le développement résidentiel est mis de l’avant dans les différentes phases du projet, autant la Ville que le promoteur ont voulu préserver l’offre commerciale du secteur. « Le centre commercial sera préservé à 75 % jusqu’à la fin de la phase 1 de la construction », affirme M. Lessard-Blais. Selon les données fournies par l’arrondissement, plus de 52 000 pieds carrés de l’espace commercial actuel seront ainsi préservés.
Maintenir une offre commerciale régionale et bonifier l’offre locale seraient d’ailleurs dans les priorités du promoteur. Pour le maire, ce nouveau développement correspond parfaitement à ces priorités. La grande majorité des rez-de-chaussée des nouveaux bâtiments sera d’ailleurs à vocation commerciale. « Pour des cafés, des restos, des commerces de proximité, des épiceries et des garderies, ça va être intéressant d’ouvrir dans ces espaces commerciaux, parce qu’ils sont déjà bien desservis par les axes de transport. En plus, il va y avoir environ 10 000 nouvelles personnes qui sont des clients potentiels. »
Mme Alary craint justement les retombées néfastes de l’arrivée de ces nouveaux résidents sur la circulation automobile dans le quartier. « On ajoute plus de 10 000 personnes dans le quartier. C’est un peu utopique de penser qu’elles vont toutes prendre le métro. Comment va-t-on être capable de circuler autour de notre quartier ? », soulève la résidente.
Construction d’une école
Dès l’annonce du projet, le promoteur a fait part de son désir de construire une école dans ce nouveau secteur. Selon Mme Alary, celle-ci ne pourra réalistement pas être construite dans les premières années du projet et les nouveaux enfants du quartier devront donc fréquenter les écoles existantes à proximité. « Présentement, l’école de quartier est saturée. Même si une école est prévue sur le nouveau site, il faut qu’il y ait des habitants qui soient là et qui justifient la création de la nouvelle école. Il faut que le gouvernement provincial débloque les fonds pour une nouvelle école. Il va y avoir un délai. Qu’est-ce qu’on fait avec les enfants pendant ce temps-là ? »
Selon M. Lessard-Blais, la Ville de Montréal a déjà eu « toutes les discussions nécessaires » avec le Centre de service scolaire de Montréal (CSSDM). « C’est dans l’entente avec le promoteur, on a déjà réservé un terrain pour qu’il soit scolaire. Son emplacement est déjà prévu. Le CSSDM a déjà confirmé au ministère de l’éducation le besoin et la priorité de construire cette école », termine-t-il.







