
La deuxième phase du réaménagement de Laurier Est touchera une cinquantaine de commerces (Emmanuel Delacour/EMM)
18 septembre 2026Des commerçants s’inquiètent du réaménagement de l’avenue Laurier Est
Un réaménagement de l’avenue Laurier Est dans le Plateau-Mont-Royal (PMR) est prévu dans les prochaines années, des travaux de réfection des infrastructures souterraines étant au programme. Les commerçants du secteur s’inquiètent des répercussions des chantiers majeurs à venir sur leur chiffre d’affaires.
Lors de deux phases de travaux, c’est l’ensemble des réseaux d’aqueduc et d’égout qui seront remis à neuf sur l’avenue Laurier Est, entre la rue Saint-Hubert et l’avenue Papineau.
En outre, la Ville prévoit d’améliorer l’aménagement de l’artère « en portant une attention particulière aux déplacements, au verdissement, au mobilier urbain et à la qualité de l’expérience de l’ensemble des usagères et usagers », peut-on lire sur le site internet de Montréal.
La première phase du chantier est planifiée au printemps 2027 et se déroulera sur le tronçon situé entre les rues Saint-Hubert et De Brébeuf.
Puis, au printemps 2029, c’est la section s’étendant entre la rue De Brébeuf et l’avenue Papineau qui sera visée. C’est sur cette portion que sont regroupés plus de 50 commerces, qui forment Le Petit Laurier.
Beaucoup d’appréhensions
Interrogés par EST MÉDIA, plusieurs propriétaires d’établissements nous ont fait part de leurs inquiétudes quant à la deuxième phase des travaux, même si elle est prévue dans plus de deux ans.
« On a des appréhensions concernant les ruelles, parce qu’il y en a peu dans le secteur. On ne sait pas comment seront effectuées les livraisons durant les travaux. On craint aussi de ne pas pouvoir installer de terrasse, ce qui risque de nous faire perdre beaucoup de clients durant l’été », souligne Nicolas Rémi, propriétaire du restaurant Antipode.
Même son de cloche de la part d’Isabelle Coulombe, propriétaire de Maître Corbeau Fromagerie. Celle-ci anticipe un chantier « compliqué » qui mettra en jeu l’accessibilité sur l’avenue Laurier Est.
« On a énormément d’appréhensions, surtout parce qu’on a été laissés perplexes dans le passé par la gestion du réaménagement d’autres artères commerciales de la part de l’Arrondissement, comme celle de Saint-Denis, qui à mon avis a été un flop », insiste-t-elle.
Cette dernière craint notamment que l’administration montréalaise priorise « la guerre à l’auto » plutôt que les enjeux touchant les commerçants dans le plan d’aménagement de l’avenue.
Parmi les questions que Mme Coulombe aimerait voir résolues figure l’absence de ruelles pour fournir les services publics lors de la fermeture de la voie. « Où passeront les camions à ordures? Nous n’avons pas d’espaces pour les conteneurs à déchets. Faudra-t-il que je garde mes poubelles dans le magasin? », se demande-t-elle.
L’enjeu des livraisons est aussi au cœur de ses préoccupations, ne sachant pas où les camions de ses fournisseurs pourront se stationner durant les travaux. « On a peur qu’il y ait un manque de planification et une absence d’une vision réelle d’aménagement. Moi, j’ai environ 50 000 $ de stock dans mon magasin. Est-ce qu’on sera prévenus plus de 24 heures à l’avance pour nous avertir en cas de rupture de service d’eau ou d’électricité? Ce sont des choses qui doivent être réfléchies par la Ville. »
C’est pour cette raison que cette dernière plaide pour le retour d’une association commerçante dans le Petit Laurier, afin de pouvoir faire front commun avec leurs revendications.
À la tête de cette initiative de regroupement se trouve Elisheva San Nicolas, propriétaire de la boutique de décoration d’intérieur Cœur d’Artichaut.
Créer une association permettrait de penser collectivement aux moyens d’améliorer l’attractivité de l’artère et d’obtenir du financement pour améliorer son image de marque. « Donc, ce n’est pas seulement en raison des travaux qu’on veut s’organiser, mais c’est certain que puisqu’on aura deux années de chantiers, avoir une association nous permettrait d’évaluer comment soutenir les commerçants durant cette période », explique Mme San Nicolas.
À l’instar de ses comparses, elle s’inquiète de l’impact des travaux sur le trafic piéton et automobile sur Laurier. « S’il y a de moins en moins de passages, ce sera difficile de fidéliser les clients. C’est certain que cela jouera sur notre chiffre d’affaires. »
Elle souhaite ainsi que les instances publiques se penchent sur des solutions, telles que la possibilité d’instaurer du stationnement sur les rues en périphérie de l’avenue.
Le réaménagement de l’artère pourrait aussi avoir des effets positifs, croit cette dernière. Un élargissement des trottoirs pourrait être bien accueilli par les commerçants, pense Mme San Nicolas, car le trafic des piétons est très important dans le secteur.
Une ouverture aux suggestions
Du côté des élus du PMR, on assure que les opinions et suggestions de tous les résidents et les commerçants seront écoutées. « On a eu deux ateliers de consultation avec des citoyens qui étaient ouverts à tous au début de l’été. On a eu aussi un kiosque au parc Laurier cet été », indique Gabriel Fortin, conseiller d’arrondissement pour Projet Montréal dans le PMR. Des visites auprès des commerçants afin de les informer de la venue prochaine du chantier ont été faites à partir de 2024, assure l’élu.
En outre, une séance publique a été tenue mercredi dernier pour expliquer la vision d’aménagement de la première phase des travaux. On y a notamment annoncé que quarante places de stationnement seront supprimées devant le parc Laurier alors que le trottoir longeant celui-ci sera élargi. Une pergola sera également aménagée à proximité de la rue Saint-Hubert.
M. Fortin rappelle que le projet est pris en charge par la Ville centre. Ce dernier plaidera tout de même pour une certaine vision d’aménagement dans le secteur. « C’est sûr qu’on souhaite que les trottoirs soient élargis, qu’on améliore la sécurité de la cohabitation avec les vélos, les voitures et les piétons », souligne-t-il.
En ce qui concerne les entraves pendant les chantiers, celui-ci assure que l’Arrondissement souhaite mettre en place « les meilleures conditions possibles pour les commerces ». Les rues transversales pourraient accueillir des sites désignés pour les livraisons et les vignettes de stationnement octroyées pour l’avenue Laurier pourraient y être réallouées.
Puisque la deuxième phase est prévue en 2029, M. Fortin affirme qu’aucun plan quant à l’aménagement de l’avenue n’a été partagé par la Ville pour l’instant.
D’autres consultations et présentations publiques devraient se tenir au mois d’octobre prochain.
Ajout: La Ville de Montréal nous a fait parvenir un courriel dans lequel on indique que le concept de réaménagement de l’avenue Laurier Est « prévoit notamment l’élargissement du trottoir longeant le parc Laurier afin d’offrir un environnement plus confortable pour les piétons ainsi que le maintien et la sécurisation des pistes cyclables. Les intersections seront également réaménagées afin d’améliorer la visibilité et de réduire les conflits entre les différents usagers ».
« Les interventions comprennent également des ajustements aux feux de circulation et un espace public permanent en remplacement du placottoir dans le secteur commercial entre Saint-Hubert et Saint-André. Les arbres existants seront conservés et un verdissement additionnel sera intégré dans les secteurs les plus minéralisés », ajoute-t-on à la Ville.
De plus, on assure que des mesures de gestion de la circulation et du stationnement sont en cours d’élaboration dans le cadre de la préparation des plans et devis. « L’accessibilité du secteur pour les commerces, les institutions, les résidents et les visiteurs sera maintenue. Des mesures d’atténuation, comme la relocalisation temporaire de certaines cases de stationnement et de débarcadères, seront déployées et adaptées selon l’évolution du chantier. Les détails seront communiqués avant le début des travaux », conclut-on dans le courriel.







