Site de phytoremédiation dans l’Est de Montréal. Crédit photo : Michel Labrecque, IRBV – UdeM.

RDP-PAT VEUT DEVENIR L’ARRONDISSEMENT LE PLUS FERTILE EN AGRICULTURE URBAINE

L’administration municipale de Rivière-des-Prairies−Pointe-aux-Trembles poursuit sur sa lancée « verte et bleue » qui vise depuis quelques années à réintégrer massivement les accès à l’eau et à mettre en valeur les espaces verts sur son territoire. « RDPAT » comme on l’appelle plus communément aujourd’hui, annonçait en effet hier lors d’une conférence de presse qu’il devient ainsi le premier territoire montréalais à adopter officiellement une politique d’agriculture urbaine.

30 hectares d’ici 2030

C’est l’équivalent de 37 terrains de football qui devrait donc être consacré à l’agriculture urbaine à la fin de la prochaine décennie sur le territoire de RDP-PAT, un objectif pour le moins ambitieux dévoilé par l’arrondissement hier matin. Ambitieux car en date d’aujourd’hui, on répertorie quelque 10 hectares exploités en agriculture urbaine sur le territoire, soit le tiers de la superficie souhaitée en 2030. À noter que les détails de la nouvelle politique, ainsi que les budgets qui y seront alloués, seront toutefois connus qu’au printemps prochain.

Mais qu’est-ce que l’agriculture urbaine, au juste? Selon le document d’information produit par la ville, elle serait définie comme toutes activités agricoles hors de la zone agricole permanente. Elle se pratiquerait donc aux quatre coins de la ville, que cela soit dans la cour arrière des résidents, le terrain d’un immeuble résidentiel, à l’intérieur d’un bâtiment ou sur le toit d’un restaurant, par exemple. Elle prendrait également différentes formes allant de la production de fruits et légumes jusqu’à l’élevage d’insectes comestibles, en passant par la culture de champignons et la phytoremédiation.

Valérie Plante, mairesse de Montréal, et Caroline Bourgeois, mairesse de l’arrondissement de RDP-PAT avaient visiblement beaucoup de plaisir hier lors de l’annonce de la première politique locale d’agriculture urbaine sur le territoire montréalais. (Photo : EMM).

Cette vaste définition de l’agriculture urbaine inclut aussi pour la ville plusieurs « vertus » dont la promotion des saines habitudes de vie, le développement économique local, l’embellissement, la lutte aux îlots de chaleur, l’éducation populaire et la production alimentaire. C’est donc une politique qui touchera inévitablement une foule de projets à caractère environnemental et communautaire dans RDP-PAT dans les années à venir, mais aussi bien sûr qui devrait changer le coup d’œil sur plusieurs terrains vacants ou laissés en friche, comme par exemple l’ancienne voie ferroviaire qui traverse une grande partie de Pointe-aux-Trembles, au sud de Notre-Dame, dont la superficie est de 10,9 hectares. Un des sites qui semblent actuellement dans la mire des élus municipaux.

Cette Politique d’agriculture urbaine intégrerait les besoins, les habitudes et les enjeux liés à cette pratique et identifiés lors de consultations publiques réalisées en 2018, auxquelles ont participé 644 citoyens de l’arrondissement. Elle est dit-on le fruit d’un travail de concertation entamé en 2017 entre l’arrondissement et les acteurs institutionnels, communautaires, municipaux et citoyens du milieu, soutenus par l’Éco de la Pointe-aux-Prairies et le Laboratoire sur l’agriculture urbaine. Cinq grandes orientations guideront par ailleurs l’élaboration finale de la nouvelle politique municipale, soit :

  • Préserver et mettre en valeur les éléments agricoles patrimoniaux;
  • Favoriser et faciliter une diversité de projets citoyens;
  • Soutenir et appuyer les projets communautaires sur le territoire;
  • Créer un cadre qui soutient les initiatives innovantes du secteur privé et institutionnel;
  • Mobiliser l’ensemble des acteurs autour de la vision 30-2030.

Quelques opportunités déjà identifiées

Sans mettre de l’avant pour le moment les sites précis à exploiter pour atteindre les 30 hectares, l’administration municipale identifie toutefois déjà quelques lieux potentiels ou émets des idées via son document d’information préliminaire. Voici des extraits du document.

Un passé agricole à mettre en valeur

Jadis un  territoire agricole dynamique, RDP-PAT a connu un développement industriel et résidentiel rapide dans la première moitié du XXe siècle. Ce développement a modifié profondément son visage et déplaça graduellement les activités agricoles à l’extérieur de son territoire. Le Vieux-Moulin, la maison Bleau, les berges où il était encore possible de pêcher dans un passé pas si lointain et la Maison Beaudry font partie des derniers éléments patrimoniaux qui témoignent encore aujourd’hui de la vitalité agricole du territoire.

Plus encore, le territoire a la particularité d’être bordé par une zone agricole dont certaines terres demeurent encore aujourd’hui en friche et dont leur potentiel à nourrir les citoyens de RDP-PAT demeure à explorer. Que cela soit sur la rive nord, sur la rive sud ou sur les autres îles de l’archipel, l’arrondissement se trouve dans une situation géographique exceptionnelle afin d’augmenter l’offre d’aliments locaux en partenariat avec les autres municipalités de la CMM.

L’Île Sainte-Thérèse, en face de PAT, est un ancien site agricole qui fut jadis très exploité. Aujourd’hui un seul agriculteur y cultive encore quelques parcelles.

Une multitude d’espaces à développer dans un territoire connecté

L’arrondissement de RDP-PAT est l’un des rares territoires de l’Île de Montréal à détenir encore autant d’espaces vacants propices à des développements importants. En effet, le territoire est séparé en deux par une importante zone industrielle dans laquelle on retrouve des espaces vacants, notamment dans les parcs industriels Armand-Chaput et Saint-Jean-Baptiste. Ce sont près de 90 hectares en zone industrielle qui sont non utilisés ou sous-utilisés. Ce potentiel de développement est également présent en secteur résidentiel, notamment dans le secteur Faubourg Pointe-aux-Prairies, le secteur du futur quartier de la gare et aux abords de la Coulée Grou.

L’utilisation de ces nombreux espaces vacants ou sujets à requalification au cours des prochaines années à des fins d’agriculture urbaine comporte cependant plusieurs défis : terrains contaminés, propriétaires privés, potentiel important de densification urbaine, charge portante insuffisante sont quelques-uns des éléments à prendre en considération. Malgré ces contraintes, RDP-PAT détient le potentiel, tant par sa constitution spatiale du territoire que par la volonté de la collectivité à aller de l’avant, de faire émerger des projets d’agriculture urbaine innovants et adaptés aux contraintes du territoire.

De plus, lors de la conférence de presse, la mairesse Caroline Bourgeois a souligné la volonté de l’arrondissement d’augmenter le nombre de terrains contaminés réhabilités par le procédé de phytoremédiation, d’augmenter l’offre de jardins communautaires, d’ajouter des infrastructures  comme des bacs de culture sur les terrains municipaux, d’aider à l’élaboration de cultures agricoles sur les toits et même de construire de nouveaux quais dédiés à la pêche sportive le long des berges dans RDP-PAT, entre autres initiatives.