Le parc Gerry-Roufs dans RDP (courtoisie RDP-PAT/MOCA)

RDP–PAT mise sur un développement intégré pour transformer l’est de Montréal

Dans un contexte où l’est de Montréal cherche à redéfinir son avenir urbain, économique et culturel, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (RDP–PAT) avance une vision globale qui lie logement, transport, économie, culture et identité territoriale. Lors d’un échange approfondi sur les priorités de développement, le maire, Denis Pelletier, a exposé une stratégie qui repose sur un principe central : faire de l’est un territoire complet, connecté et attractif, sans perdre ses caractéristiques locales.

Des milieux de vie au cœur de la stratégie d’attractivité

Pour l’équipe de l’arrondissement, la transformation de RDP–PAT ne peut pas se limiter à la construction ou à l’économie. Elle doit d’abord s’appuyer sur la qualité des milieux de vie.

Le maire d’arrondissement Denis Pelletier sur une des navettes fluviales (courtoisie RDP-PAT)

« L’objectif, c’est d’avoir un milieu de vie sécuritaire, moderne et adapté aux réalités des citoyens, avec une vraie mixité résidentielle », déclare d’entrée de jeu M. Pelletier, en rappelant que le développement doit répondre autant aux familles qu’aux personnes seules.

Cette vision repose d’abord sur une diversité dans l’offre de logements : sociaux, abordables, hors marché, condos, maisons unifamiliales. Et l’arrondissement prévoit environ 4 000 nouveaux logements dans les prochaines années, répartis dans une trentaine de projets.

Mais cette densification doit rester cohérente avec les quartiers existants. « On ne veut pas créer des milieux désancrés du tissu urbain. Il faut que les nouveaux projets respectent ce qu’on voit déjà dans les quartiers », insiste le maire.

L’enjeu est donc d’éviter les ruptures urbaines, tout en permettant une croissance suffisante pour répondre à la crise du logement.

Répondre à la crise du logement sans dénaturer les quartiers

La crise du logement constitue, sans surprise, l’un des moteurs principaux des interventions de l’arrondissement. L’approche retenue vise à multiplier les types d’habitations, tel que mentionné plus haut, et à favoriser la proximité des services.

« Ce qu’on veut, c’est du logement mixte, un équilibre qui répond à tout le monde », réitère Denis Pelletier. L’idée de la « ville du quart d’heure » est évoquée comme horizon de développement, où les citoyens peuvent accéder rapidement à leurs besoins essentiels : travail, commerces, loisirs et services.

Toutefois, l’élu reconnait les limites structurelles du territoire. RDP–PAT, plus étendu et moins dense que les quartiers centraux, doit adapter ce modèle à sa réalité. Malgré cela, la direction est claire : rapprocher les services et renforcer les pôles locaux.

Transport : une condition essentielle au développement de l’est

Au cœur des préoccupations revient de façon constante un enjeu jugé fondamental : le transport collectif. Pour le maire, il s’agit de la clé de voûte du développement de l’est.

« Tout part du transport. Sans un transport collectif efficace et rapide, on ne peut pas parler de vrai milieu de vie », affirme M. Pelletier.

L’arrondissement plaide pour une amélioration immédiate des services existants, notamment une hausse des fréquences d’autobus et une meilleure adaptation du réseau aux besoins locaux. En parallèle, les grandes infrastructures structurantes — métro, tramway ou autres projets rapides — sont attendues à moyen et long terme.

Et l’élu rappelle que les conséquences du manque de transport sont déjà visibles : exode des jeunes, difficulté d’accès aux études et dépendance accrue à l’automobile. « On perd les étudiants parce que les déplacements sont trop longs et trop coûteux. Le jour où le transport sera structurant, tout le reste suivra », a résumé Denis Pelletier.

Le fleuve et la navette fluviale comme levier d’identité et de mobilité

Dans cette logique de mobilité, la navette fluviale occupe une place particulière. Elle est à la fois un symbole identitaire et une solution de transport complémentaire. « La navette fluviale, c’est un moyen unique de relier notre territoire au centre-ville et d’attirer les gens chez nous », croit fermement le maire.

L’arrondissement travaille même à l’idée de prolonger son utilisation à l’année, en collaboration avec des partenaires gouvernementaux.

Mais au-delà de la mobilité, le fleuve tout comme la rivière des Prairies sont présentés comme des éléments structurants de l’identité locale. Peu de territoires montréalais peuvent s’appuyer sur deux cours d’eau majeurs et de vastes accès publics à l’eau.

« On est privilégiés avec le fleuve et la rivière, mais on ne le réalise pas toujours assez. Il faut que les citoyens en soient fiers », insiste M. Pelletier.

Le marché public de PAT (courtoisie RDP-PAT)

Développement économique et économie circulaire : une transition industrielle

Historiquement perçu comme un secteur industriel lourd, RDP–PAT est aujourd’hui en transformation. L’arrondissement mise donc sur la décontamination des sols, l’innovation et les industries vertes.

Des collaborations avec des institutions comme le Jardin botanique et l’Université de Montréal permettent de tester des méthodes naturelles de décontamination, illustrant cette transition.

« On veut innover dans les façons de faire, notamment avec des industries vertes et des nouvelles pratiques environnementales », explique Denis Pelletier.

L’économie circulaire constitue un autre axe majeur. Le principe est simple : les déchets d’une entreprise peuvent devenir la matière première d’une autre. L’arrondissement souhaite ainsi accélérer ce modèle en collaboration, notamment, avec Synergie Montréal.

« L’économie circulaire, c’est exactement ça : transformer nos industries pour qu’elles fonctionnent ensemble plutôt qu’en silo », résume le maire.

Revitaliser les cœurs de quartier : Vieux Pointe-aux-Trembles et village de Rivière-des-Prairies

La transformation du territoire passe aussi par la revitalisation de ses noyaux historiques. Le Vieux Pointe-aux-Trembles est au centre, depuis plusieurs années, d’une importante mise en valeur patrimoniale et commerciale.

On y observe déjà l’ouverture de nouveaux commerces et la transformation de bâtiments historiques, notamment une l’église Saint-Enfant-Jésus, appelée à devenir une salle de spectacle.

« Le Vieux Pointe-aux-Trembles devient un pôle d’attraction où les gens viennent pour découvrir, consommer et se rencontrer », indique Denis Pelletier.

Le même principe s’applique au village de Rivière-des-Prairies, où une nouvelle localisation pour le marché public et l’apparition d’espaces commerciaux de proximité sont appelés à jouer un rôle structurant.

La culture comme moteur de transformation urbaine

La culture occupe une place centrale dans la stratégie de développement de RDP–PAT. Elle est vue comme un outil de cohésion sociale, de fierté et d’attractivité.

L’arrondissement met de l’avant son plan d’action culturel en vigueur jusqu’en 2028, qui soutient les artistes locaux et favorise la participation citoyenne. « La culture, c’est ce qui donne une âme à nos quartiers. Elle permet aux citoyens de se reconnaître dans leur milieu. C’est pourquoi nous avons l’intention de bonifier la programmation événementielle et de déployer des activités culturelles d’envergure », déclare M. Pelletier.

Des initiatives nomades, comme la Récré-Ô-Mobile, en lien avec les bibliothèques, permettent d’aller directement vers les citoyens afin de rendre la culture accessible sur le vaste territoire. Puis plusieurs événements estivaux sont conçus pour fonctionner ensemble et créer un tissu culturel cohérent.

Un spectacle estival extérieur (courtoisie RDP-PAT)

Espace-Rivière : un futur pôle culturel et communautaire

Parmi les projets structurants, Espace-Rivière occupe une place centrale. Le projet prévoit une nouvelle bibliothèque, une salle de spectacle et des espaces pour organismes communautaires. La livraison est prévue vers la fin de 2029.

« C’est un projet majeur qui va devenir un véritable pôle d’attraction pour le secteur », affirme le maire. Ce type d’infrastructure est présenté comme essentiel pour répondre aux besoins des jeunes, des familles et des aînés, tout en renforçant la vitalité du quartier.

Un territoire en transformation, mais ancré dans ses forces

Au-delà des projets, l’arrondissement insiste sur une idée fondamentale : la transformation doit s’appuyer sur les forces existantes du territoire, comme ses espaces naturels, ses parcs, son patrimoine et ses communautés.

« Notre plus grande richesse, ce sont nos milieux de vie. Il faut les développer sans les dénaturer », conclut Denis Pelletier.