
Le parc industriel de RDP-PAT (courtoisie)
16 mai 2026RDP–PAT veut devenir le laboratoire industriel vert de l’est de Montréal
Longtemps associé aux grandes zones industrielles traditionnelles de l’est de Montréal, l’arrondissement de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (RDP–PAT) veut aujourd’hui redéfinir son rôle économique au sein de la métropole. Pour le maire d’arrondissement, Denis Pelletier, le territoire possède désormais tous les ingrédients nécessaires pour devenir l’un des principaux pôles de transition industrielle et écologique du Québec avec un territoire capable d’attirer les industries vertes, de moderniser ses zones d’emploi et de concilier développement économique et qualité de vie.

Le maire de l’arrondissement RDP-PAT, Denis Pelletier (courtoisie/MOCA)
« Nous ne sommes pas un territoire en attente. Nous sommes un territoire capable d’insuffler une nouvelle vision du développement de Montréal », affirme d’entrée de jeu Denis Pelletier. L’un des principaux atouts de RDP–PAT demeure l’espace disponible. Alors que plusieurs secteurs industriels montréalais approchent de la saturation, l’est de Montréal conserve encore des terrains stratégiques prêts à accueillir de nouveaux projets. « Le développement futur de Montréal doit passer par l’Est », soutient le maire.
Les secteurs 12 et 13 du parc industriel de la Pointe-de-l’Île sont déjà décontaminés, dit-il, et prêts à être développés rapidement. D’autres terrains pourraient également être mis en valeur au cours des prochaines années, même si cela nécessitera des investissements importants en infrastructures.
Le territoire bénéficie aussi d’une position logistique avantageuse. Situé à proximité des autoroutes 40, 25 et 640, ainsi que du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, l’arrondissement dispose également d’un accès direct au fleuve Saint-Laurent. « On a des infrastructures et on a de la logistique. Ce n’est pas tous les territoires qui ont cette opportunité-là », souligne Denis Pelletier.
Pour le maire, le défi ne consiste pas simplement à attirer davantage d’entreprises. Il s’agit surtout de transformer la façon dont les zones industrielles sont conçues. « Nous ne voulons pas faire du développement industriel comme il s’est fait au cours des 50 dernières années », explique-t-il. « On s’en va vers du développement technologique, vers l’aérospatiale, l’économie verte et les industries durables. »
Pour lui, cette transformation passe d’abord par une modernisation des parcs industriels existants. « Dans notre parc industriel, on a besoin de plus d’arbres, de plus de trottoirs, de plus de lumière. Les rues et les infrastructures ont besoin d’amour », affirme-t-il.
L’objectif est donc de créer des milieux d’emploi plus attrayants, autant pour les entreprises que pour les travailleurs. Une approche qui reflète aussi l’évolution des attentes du marché. « Aujourd’hui, ce n’est plus seulement une question de terrains disponibles. Les entreprises regardent aussi la qualité du milieu dans lequel elles s’implantent », explique le maire.
Miser sur les industries du futur
La vision économique présentée par l’arrondissement repose sur plusieurs secteurs jugés stratégiques pour les prochaines décennies. L’aérospatiale, telle que mentionnée plus tôt, figure parmi les priorités identifiées par le maire, notamment en raison de la présence déjà établie de certaines entreprises sur le territoire. Denis Pelletier mentionne notamment Tecnickrome, Hutchinson et Tecalia, qu’il considère comme des bases importantes pour attirer d’autres acteurs de la filière. D’ailleurs, le maire a récemment entrepris une tournée des entreprises locales, dont Tecnickrome, Hutchinson et Renaissance, afin de mieux comprendre leurs réalités et leurs besoins.
Le secteur manufacturier demeure également un moteur important pour l’économie locale. Des données récentes montrent d’ailleurs que RDP-PAT fait partie des rares arrondissements montréalais où l’activité manufacturière continue de progresser. Entre 2015 et 2024, le nombre d’établissements manufacturiers y a augmenté de 19,4 %, tandis que l’emploi manufacturier a connu une croissance de 8,5 %, la plus forte hausse enregistrée à Montréal durant cette période.
Pour Denis Pelletier, cette croissance démontre que le territoire possède déjà un véritable savoir-faire industriel, mais qu’il doit désormais évoluer vers une industrie plus propre et plus innovante. « L’industrie du futur sera aussi plus automatisée », affirme-t-il. « Nous devons attirer des entreprises capables de créer des emplois de qualité et de travailler avec nos institutions de recherche et de formation. »
Le maire identifie également les sciences de la santé et les technologies médicales comme des créneaux prometteurs. Des discussions seraient déjà en cours avec le ministère de la Santé concernant certains projets potentiels.
Faire de l’économie circulaire un moteur de développement
Au cœur de cette nouvelle vision industrielle se trouve aussi le concept d’économie circulaire. « Ce qui sort d’une entreprise peut devenir une ressource pour une autre », résume Denis Pelletier.
L’arrondissement souhaite ainsi favoriser les synergies entre les entreprises présentes sur le territoire afin de réduire les pertes de matières et de valoriser davantage les ressources existantes. Des discussions sont déjà amorcées avec Synergie Montréal afin de mettre en place de nouveaux projets dans les zones d’emploi de la Pointe-de-l’Île.
Pour le maire, cette approche représente l’une des clés du développement industriel de demain. « Pendant trop longtemps, nos modèles industriels ont fonctionné selon une logique de consommation et de rejet. L’économie du futur devra être beaucoup plus intelligente dans sa gestion des ressources », affirme-t-il.
Une transition écologique intégrée au territoire
La transformation des parcs industriels de l’est passe également par une adaptation aux enjeux climatiques et environnementaux. L’arrondissement souhaite notamment augmenter le verdissement des zones d’emploi, améliorer la gestion des eaux pluviales et protéger certains milieux naturels déjà présents à proximité des secteurs industriels.
« Quand on regarde une carte, ce n’est pas juste un grand îlot gris. Il y a aussi plusieurs terrains qui ont été conservés comme zones tampons entre certaines industries et les secteurs résidentiels », explique Denis Pelletier.
L’amélioration de la mobilité active fait aussi partie des priorités. Le maire pense que les futurs parcs industriels devront intégrer davantage de trottoirs, de pistes cyclables et d’espaces sécuritaires pour les déplacements des travailleurs. « Les jeunes travailleurs veulent être proches de leur travail et avoir accès à des modes de déplacement différents », souligne-t-il. « Il faut penser les zones d’emploi autrement. »

Le projet « Forêt de demain » (Courtoisie/Noémie Legault)
L’arrondissement mise également sur certains projets innovants liés à la décontamination écologique des sols. Denis Pelletier cite le projet « Forêt de demain », développé en collaboration avec le Jardin botanique et l’Université de Montréal. « C’est un laboratoire de recherche qui utilise la végétation pour aider à la décontamination. C’est un exemple concret de transition écologique », explique-t-il.
Développement économique et qualité de vie
Au-delà des chiffres et des investissements, le maire insiste sur la nécessité de maintenir une approche profondément humaine du développement économique. « Une économie forte n’a de sens que si elle améliore concrètement la qualité de vie des familles, des travailleurs et des citoyens », affirme Denis Pelletier.
L’arrondissement souhaite ainsi favoriser la création de quartiers complets où les citoyens peuvent à la fois vivre, travailler et se déplacer efficacement. Le développement de logements, de commerces de proximité et d’infrastructures urbaines devra donc évoluer en parallèle du développement industriel.
La question du transport collectif demeure également centrale. Denis Pelletier estime que l’est de Montréal souffre encore d’un important déficit en matière de transport structurant. « Ce qui est important, c’est d’avoir une ligne principale à haute vitesse qui permette aux travailleurs et à la population de circuler rapidement comme ailleurs à Montréal », affirme-t-il.
Même si l’arrondissement poursuit ses projets industriels sans attendre de nouvelles infrastructures majeures de transport collectif, le maire considère qu’une meilleure connectivité sera essentielle à long terme pour soutenir la croissance économique de l’est.
Une vision collective pour l’est de Montréal
Pour Denis Pelletier, le développement de RDP-PAT ne pourra toutefois se faire sans une mobilisation collective des différents acteurs du territoire. « Le développement du futur devra être profondément collectif », avance-t-il. « Aucun acteur ne peut transformer à lui seul un territoire aussi stratégique que RDP–PAT. »
L’arrondissement travaille déjà avec plusieurs partenaires économiques, institutionnels et communautaires, notamment PME MTL Est-de-l’Île, la Chambre de commerce de l’Est de Montréal et le tout nouveau Bureau de l’Est.
Le maire estime également que l’actuelle convergence politique autour du développement de l’est représente une occasion historique. « Rarement dans notre histoire aurons-nous vu autant d’acteurs publics reconnaître simultanément l’importance stratégique de notre territoire », soutient-il.
Pour Denis Pelletier, l’objectif dépasse donc largement les limites de l’arrondissement. « Investir ici, ce n’est pas faire de la compensation territoriale. C’est investir dans l’avenir économique du Québec », conclut-il.












