
Vieux-Pointe-aux-Trembles (courtoisie Société de développement Angus)
23 octobre 2025RDP–PAT : deux candidats aux ambitions bien différentes s’affrontent dans la course à la mairie
Arrondissement le plus à l’est de la métropole, Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles (RDP–PAT) fait pourtant face à des enjeux bien connus du reste des Montréalais. Logement, mobilité et propreté figurent parmi les sujets auxquels veulent s’attaquer les deux candidats des principaux partis en course, qui proposent des visions différentes de la gestion de ce territoire.
Mairesse sortante de Projet Montréal, Caroline Bourgeois propose aux électeurs de lui confier un troisième mandat à ce titre. Se disant « fière du travail accompli » jusqu’à ce jour par son administration, l’élue dit espérer profiter de son expérience pour faire avancer plusieurs dossiers déjà lancés.
À celle-ci, s’oppose Denis Pelletier, candidat pour Ensemble Montréal. Résident de RDP–PAT depuis 22 ans, celui-ci a aussi été président de la Chambre de commerce de la Pointe-de-l’Île.
Un mandat dans la continuité
Si elle l’emporte au scrutin le 2 novembre prochain, Mme Bourgeois affirme qu’elle ne cherchera pas à faire un « one woman show » et qu’elle proposera une administration rassembleuse. « Je n’ai jamais dit : « regardez, tout est fait grâce à moi ». Ma façon de travailler, c’est de rassembler les gens. J’ai une équipe formidable d’élues et de candidates prêtes à travailler fort. Ma façon de concevoir un leadership, c’est de travailler avec des partenaires d’affaires, du communautaire et des autres paliers de gouvernement », insiste-t-elle.
D’entrée de jeu, c’est la question de l’habitation qui se trouve en premier sur sa plateforme électorale. Mme Bourgeois rappelle que dans les dernières années, de grands efforts ont été entrepris pour sortir des logements du marché privé, afin d’assurer leur abordabilité. Le plus important succès en ce sens fut sans doute celui du Domaine de la Rousselière, un complexe de huit immeubles à Pointe-aux-Trembles dont les 720 logements à loyer abordable pour des personnes âgées, des familles et des personnes seules ont été acquis par la Corporation Mainbourg pour 120 M$.
« Il faut poursuivre dans cette veine-là. Par exemple, aux Jardins Saint-Georges, c’est inadmissible d’avoir une centaine de logements vacants », se désole la mairesse sortante. Celle-ci fait référence à un reportage de la chaîne Noovo Info qui cet été révélait que le propriétaire de ces édifices résidentiels à prix modique laissait plusieurs de ses unités à l’abandon, malgré la forte demande pour du logement. « Il y a maintenant des dispositions qui sont à notre portée; notre candidat à la mairie (Luc Rabouin) s’est engagé notamment à imposer une taxe sur les logements vacants, pour s’assurer de forcer les propriétaires à remplir leurs logements. »

Caroline Bourgeois, mairesse sortante et candidate à la mairie de RDP–PAT pour Projet Montréal (Courtoisie)
Celle-ci ajoute que plusieurs projets de développement immobilier dans RDP–PAT seront soumis à la nouvelle règle qu’entend mettre en place l’administration de M. Rabouin si elle remporte les élections. Ainsi, tout promoteur qui désirera bâtir des édifices de 200 unités ou plus devra fournir 20 % de logements hors marché, advenant l’adoption de cette règle. « C’est important que tous puissent avoir accès à un logement de qualité et puissent rester dans leur quartier », souligne la candidate.
Ensuite, Mme Bourgeois dit vouloir poursuivre la réfection dans l’arrondissement, que ce soit au niveau des installations publiques ou des chaussées et trottoirs. « Il faudra investir pour entretenir nos installations sportives, nos terrains… et même chose du côté des trottoirs. Il y a eu des décennies pendant lesquelles il n’y a pas eu de trottoirs construits », explique Mme Bourgeois. Cette dernière prend en exemple la réfection des escaliers Simone-Dénéchaud, un lien du boulevard Gouin que plusieurs citoyens aînés empruntent pour se rendre plus au sud, notamment au ruisseau de Montigny.
De façon générale, celle-ci veut revoir le plan des intersections de RDP–PAT pour prendre en compte la réalité des usagers de la route les plus vulnérables, soit les piétons, particulièrement les personnes âgées.
La rue Notre-Dame Est, qui fait l’objet de travaux majeurs en ce moment dans le secteur du Vieux-Pointe-aux-Trembles, sera encore assujettie à des chantiers dans les prochaines années, anticipe la mairesse sortante. « On a commencé de la 1re à la 13e avenue; on s’engage aussi pour la portion située entre la 13e et la 36e avenue. Ce ne seront pas des travaux de la même grandeur, mais les gens qui sont à l’est de Notre-Dame nous demandent souvent quand on va s’occuper de cette portion-là », affirme Mme Bourgeois.
De plus, l’an prochain, des travaux sur le pont Jean-Baptiste-Legardeur, qui relie Pointe-aux-Trembles à la ville de Repentigny, seront entrepris. Si la gestion de la structure est répartie entre les deux villes et le gouvernement du Québec, la candidate de Projet Montréal assure vouloir « suivre de très près » le chantier.
Un autre grand projet du premier mandat de la mairesse sortante fut la sécurisation du boulevard Gouin. « On a refait la chaussée et complètement refait la rue. Maintenant, on commence à refaire les trottoirs sur Gouin petit à petit. On l’a d’abord fait à l’est et on va continuer à l’ouest, car je sais que c’est une préoccupation des citoyens », indique-t-elle.
Qualifiant le service de navette fluviale qui fait un arrêt à Pointe-aux-Trembles de « projet extraordinaire pour l’arrondissement », Mme Bourgeois souhaite le pérenniser et en assurer l’accessibilité aux citoyens. Il s’agirait en fait d’améliorer la voie qui descend sur le quai de la navette, au bout du boulevard Saint-Jean-Baptiste. « C’est très en pente, ce qui rend ça très difficile pour une personne à mobilité réduite. On veut le faire, mais ça demande des millions d’investissements, dans une perspective où l’on pérennise la navette. Si on n’a pas d’assurance, c’est difficile pour la Ville de faire tous ces réaménagements. »
En outre, l’élue rappelle qu’elle s’est engagée avec des objectifs ambitieux en transition écologique, ce qu’elle veut poursuivre. « En verdissement, on avait un objectif de planter 7 700 arbres sur les 5 prochaines années. On l’a atteint, on est même rendu à 10 000 et on continue. On a été même plus efficaces que notre propre ambition », insiste-t-elle.
Son administration espère aussi pouvoir continuer de protéger les berges et les accès aux cours d’eau, petit à petit.
En dernier lieu, Mme Bourgeois affirme entendre beaucoup parler de préoccupations sur la propreté de la part de ses concitoyens. En ce sens, la candidate dit vouloir augmenter le nombre de poubelles sur le territoire.
« C’est vraiment comme ça que j’ai abordé mes précédents mandats. Il faut avoir de la vision et de l’ambition, mais jamais au détriment du service aux citoyens », conclut-elle.
« Travailler différemment »
Promettant d’établir une administration à l’écoute de la population qui s’affairera à « agir, et non réagir », Denis Pelletier affirme qu’Ensemble Montréal saura gérer efficacement les finances de RDP–PAT et faire sauver des sous aux contribuables.
Un des premiers dossiers qu’il souhaite aborder est celui de l’accès aux soins de santé dans l’arrondissement. Principalement, c’est la fermeture de la polyclinique de Pointe-aux-Trembles en juillet 2024 qui est le principal enjeu aux yeux de M. Pelletier.
« On est près de 60 000 habitants à Pointe-aux-Trembles, avec Rivière-des-Prairies, ça fait environ 110 000 habitants, il y a une seule clinique et on a chacun un petit CLSC, mais ce n’est pas beaucoup. Je comprends que le système de santé relève du provincial. Avec Ensemble Montréal, on a rencontré Mme Rouleau (députée de Pointe-aux-Trembles et ministre de la Métropole) pour lui dire qu’il nous faut une clinique ici », signale le candidat. Celui-ci se dit prêt à travailler en étroite collaboration avec le gouvernement provincial pour assurer le retour d’une clinique, notamment en facilitant le zonage pour un éventuel projet.

Denis Pelletier, candidat à la mairie de RDP–PAT pour Ensemble Montréal (Courtoisie)
Au niveau du transport, M. Pelletier se désole du fait que les temps de déplacement sont encore trop importants pour les personnes qui souhaitent se rendre au centre-ville. « Mes enfants ont dû déménager plus à l’ouest, parce que dans leur quotidien, ça leur prenait deux heures de voyagement. Ils ont été obligés de s’endetter pour trouver un logement, parce qu’il n’y en a pas à faible coût dans le coin où ils sont allés », illustre-t-il.
M. Pelletier rappelle que lors du débat qui s’est tenu devant la Chambre de commerce de l’Est de Montréal, la chef d’Ensemble Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a reconnu que le développement de l’Est passera « par un transport collectif efficace ». « Ça doit commencer en premier par le fait que le provincial propose un tramway », poursuit le candidat.
Ainsi, pour garder la jeunesse de RDP–PAT dans l’Est, il est important que la prochaine administration « s’active » pour faire avancer le dossier de la mobilité, mais aussi celui du logement. « C’est primordial, le logement abordable », insiste M. Pelletier. C’est toutefois en réduisant le coût du panier d’épicerie de ses concitoyens que le candidat d’Ensemble Montréal souhaite les aider à épargner.
« Dans le territoire, on a quatre organismes qui fournissent des paniers alimentaires. Il y a des arrondissements qui n’en ont qu’un seul. Donc, on a une vulnérabilité au niveau de la clientèle », explique-t-il. Ce dernier s’engage donc à travailler étroitement avec les organismes communautaires locaux pour qu’ils puissent poursuivre leur mission.
Cet ancien directeur de la Guignolée pour Montréal-Est et Pointe-aux-Trembles rappelle que l’équipe d’Ensemble Montréal est composée de gens du milieu des affaires et du milieu communautaire, tels que le candidat au poste de président du comité exécutif de la formation, l’ancien président-directeur général de Centraide, Claude Pinard. « L’Arrondissement et la Ville, on va aider (le milieu communautaire). Mais aussi, avec les contacts que j’ai avec le milieu des affaires, on va pouvoir continuer à aider ces organismes. »
Au niveau de la question de la propreté, M. Pinard affirme vouloir suivre le slogan de son parti, « écouter et agir ». Au terme de trois mois de porte-à-porte dans RDP–PAT, les citoyens lui ont fait part du fait que « la propreté des parcs s’est dégradée au cours des huit dernières années ». « Il y a même des parcs où les salles de bain sont nettoyées par les résidents; les cols bleus n’ont pas le temps de nettoyer le parc », s’indigne-t-il.
La présence d’animaux dans les espaces verts plus à l’Est, plus forte en raison de la proximité avec les boisés, fait en sorte qu’il est primordial d’effectuer une gestion adéquate des poubelles et ordures dans les parcs, note le candidat d’Ensemble Montréal. « À Pointe-aux-Prairies, on a un problème avec les coyotes. Alors, on ne peut pas circuler comme on veut les soirs et matins, parce qu’ils errent dans nos rues. Il faut vider plus fréquemment nos vidanges afin d’éviter de les attirer », soulève-t-il.
M. Pelletier propose donc « d’analyser la situation » et de regarder avec les fonctionnaires de l’arrondissement comment il serait possible « d’augmenter les services sans augmenter la masse salariale. » « Il faudra travailler différemment », indique-t-il en terminant.



