La raffinerie de Lantic, sur la rue Notre-Dame Est (Emmanuel Delacour/EMM)

La raffinerie de Lantic poursuit son expansion

La raffinerie de sucre de Lantic, installée sur la rue Notre-Dame Est, fait partie du paysage montréalais depuis près de 140 ans. De l’extérieur, on ne soupçonne pas la titanesque transformation qui s’y opère. Pourtant, en plus de purifier quotidiennement des tonnes de sucre de canne en sucre blanc, l’usine est le lieu d’une autre métamorphose : la sienne.

Chaque année, 1,4 million de tonnes de sucre sont produites au Canada, dont 800 000 par Lantic Rogers. L’usine de Montréal raffine à elle seule 550 000 tonnes annuellement, ce qui en fait la plus importante de ses trois installations en territoire canadien. La majeure partie de sa production, soit près de 90 %, est destinée à des clients industriels et se retrouvera dans des produits alimentaires transformés.

Lantic reçoit la matière brute, du sucre de canne en provenance du Brésil, par bateau tous les 10 à 12 jours. Un bateau contient environ 1700 tonnes de cette matière brute. Il faut cinq jours de travail d’une durée de 16 heures aux employés de l’usine pour vider entièrement un tel bateau de son contenu. Sur l’image, on voit le convoyeur qui apporte le sucre brut vers l’unité d’entreposage (Emmanuel Delacour/EMM)

Or, si l’appétit des consommateurs particuliers pour le sucre fin n’a pas vraiment changé récemment, il en est tout autre pour les entreprises qui font affaire avec Lantic, qui sont de plus en plus gourmandes. En effet, le sucre est beaucoup moins cher au Canada qu’aux États-Unis, « entre 30 % à 40 % » plus abordable, selon Jean-Sébastien Couillard, vice-président des finances, chef de la direction financière et secrétaire corporatif chez Lantic Inc.. La raison est simple : la matière première, le sucre brut extrait de la canne à sucre en provenance du Brésil, fait l’objet de tarifs chez nos voisins du Sud.

Le sucre brut, extrait de la canne à sucre. Bien qu’il soit pur à 98 %, il doit être raffiné pour être propre à la consommation. (Emmanuel Delacour/EMM)

« Ce qui fait que plusieurs entreprises sont venues s’établir ici, pour non seulement servir le marché canadien, mais aussi servir le marché nord-américain », explique-t-il.

Ainsi, près de 40 % de tout le sucre raffiné au Canada se retrouveront dans un produit alimentaire destiné aux consommateurs américains, que ce soient des concentrés de chocolat, des biscuits, des jus ou de l’alcool. « La raison pour laquelle on doit s’agrandir, c’est pour être capable de répondre à la demande de clients qui sont venus s’établir au Québec », souligne le vice-président.

Client important de la raffinerie, la chocolaterie Barry Callebaut possède une usine à Saint-Hyacinthe, qui est la plus grosse productrice de chocolat en Amérique du Nord (200 000 tonnes par année). « Des camions-citernes de vrac (des sacs de sucre blanc de 1000 kilos), ils en prennent huit par jour », illustre M. Couillard.

Agrandissement

C’est pour répondre à cette demande croissante depuis la dernière décennie que Lantic a lancé en janvier 2024 un chantier d’agrandissement qui lui permettra d’augmenter de 20 % sa capacité de raffinage, soit 100 000 tonnes par année.

Avant de se lancer dans ce projet d’accroissement, Rogers Sugar, la société de portefeuille de Lantic, devait prendre en considération deux options. L’entreprise pouvait soit réduire la capacité de l’usine montréalaise et en construire une nouvelle sur le lac Ontario, du côté de Hamilton, ou augmenter la production ici et l’envoyer par rail à son centre de distribution situé à Toronto. « On a décidé d’opter pour ici. Une des raisons principales, c’est qu’on a négocié avec le gouvernement du Québec et ils ont très vite compris l’importance de Lantic, de l’industrie agroalimentaire », raconte M. Couillard.

À ce sujet, le vice-président nous fait part d’une anecdote historique. « Ce n’est pas très différent de ce qui a été fait en 2004, lorsque l’usine de Saint John au Nouveau-Brunswick a été fermée. Dans ce temps-là, soit on gardait l’usine de Montréal ou celle-là. Le gouvernement de Lucien Bouchard est intervenu pour aider l’usine de Montréal. Ils ont donc fermé l’autre et toute l’industrie agroalimentaire qui était dans les Maritimes est partie », relate-t-il.

La raffinerie produit 550 000 tonnes de sucre blanc par année. Le procédé commence par des montagnes de sucre brut que l’on peut voir ici. (Emmanuel Delacour/EMM)

À Montréal, Lantic emploie 450 travailleurs, dont 250 dans sa production industrielle.

Dès lors, même s’il est plus onéreux de construire une expansion dans un bâtiment centenaire plutôt que de bâtir complètement à neuf une nouvelle raffinerie, Lantic a souhaité poursuivre ses opérations dans ses installations montréalaises en raison d’un prêt de 65 M $ d’Investissement Québec, dans le cadre de son programme ESSOR, pour financer le projet. À l’annonce de cet investissement par l’ancien ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, en août 2023, l’ensemble du chantier était estimé à 200 M $. Désormais, c’est plutôt un projet de 300 M$, précise M. Couillard.

Faire du neuf avec du vieux

De l’extérieur des édifices de la rue Notre-Dame, on devine à peine la présence de ces travaux, si ce n’est une importante grue qui surplombe la raffinerie. Mais le chantier, qui devrait se terminer en décembre 2026, est bel et bien en cours, notamment dans un des plus vieux bâtiments de l’entreprise.

20 % du sucre raffiné par l’usine de Montréal part en direction du centre de distribution de l’entreprise situé à Toronto (Emmanuel Delacour/EMM)

Datant de la fin des années 1880, l’édifice communément appelé le « noir animal », en raison du produit du même nom qui était autrefois utilisé pour blanchir le sucre, trouvera bientôt une nouvelle fonction. En effet, depuis le changement de processus de blanchiment, ce bâtiment était presque vide.

C’est pour procéder à l’agrandissement de l’usine sans interrompre les opérations de raffinement (qui ont lieu 24 heures sur 24, sept jours sur sept) qu’on a choisi de s’y installer. On y prépare désormais l’ajout d’un équipement moderne, incluant d’énormes citernes en acier inoxydable et une panoplie d’autres appareils à tamiser, liquéfier, centrifuger et ioniser le sucre.

Au niveau logistique, le Port de Montréal a fait ajouter trois voies pour les wagons à l’usage exclusif de Lantic. Il faut savoir que l’usine envoie environ 20 % de sa production à son centre de distribution à Toronto.

Les deux silos de l’usine contiennent environ 9000 tonnes de sucre raffiné, soit à peine trois jours de réserve. Construits en 1964, ceux-ci seront peints en blanc dans le cadre du projet d’agrandissement. L’entreprise étudie la possibilité de créer un aménagement visuel, pour que les silos se démarquent en plus dans le paysage du quartier.

L’usine produit à peu près 110 sacs de 2 kilos par minute. (Emmanuel Delacour/EMM)