La première minsitre Christine Fréchette était notamment entourée des élus Chantal Rouleau, Karine Boivin Roy, Soraya Martinez Ferrada, Anne St-Laurent et Denis Pelletier lors de l’annonce (Marie-Hélène Chartrand / EMM)

Québec met enfin la main sur une grande partie des terrains d’Esso

Québec a annoncé hier un investissement de 123 M$ pour accélérer la décontamination et la revalorisation d’un immense terrain industriel à Montréal‑Est, longtemps laissé en friche. L’annonce, faite par la première ministre Christine Fréchette lors d’une conférence de presse, marque une nouvelle étape dans la relance économique de l’est de l’île.

Le terrain visé totalise près sept millions de pieds carrés et se trouve entre les rues Sherbrooke et Notre‑Dame, à la hauteur de l’avenue Gamble. Vacant depuis le début des années 2000, il a autrefois servi au raffinage et au stockage de produits pétroliers pour la pétrolière L’Impériale (Esso). Sa localisation, au cœur du secteur industriel de la Pointe‑de‑l’Île, à proximité du Port de Montréal, du réseau ferroviaire et des grands axes routiers, en fait un site considéré comme stratégique par les acteurs économiques.

Christine Fréchette a rappelé que ce secteur est inutilisé depuis des décennies malgré son potentiel. « Pendant plus de 40 ans, ces terrains ont été laissés à l’abandon, clôturés, inaccessibles, au cœur d’un emplacement stratégique », a-t-elle souligné. Elle estime que l’annonce de mardi permettra de « tourner la page » sur ce passé industriel lourd et d’écrire un nouveau chapitre.

La Société de mise en valeur de terrains dans l’Est de Montréal (SMTEM), mise en place par Fondaction Gestion d’actifs en partenariat avec Investissement Québec, sera responsable de l’acquisition et de la réhabilitation du site. L’investissement gouvernemental prend la forme d’une participation financière dans cette société, qui a pour mandat d’acheter, décontaminer et remettre en marché ces terrains.

Première étape: décontaminer le site

Avant la relance économique du secteur, il faut d’abord et avant tout le décontaminer.  Les travaux de ce chantier majeur sont déjà amorcés et s’échelonneront sur plusieurs années. Pour ce faire, plusieurs techniques seront mises à profit en fonction des besoins : certaines parties du terrain nécessitent le retrait des sols contaminés, d’autres devront être encapsulées ou traitées par phytoremédiation. L’objectif est d’atteindre le critère C, soit un niveau de contaminants jugé acceptable pour des terrains à usages commerciaux et industriels.

La première ministre a précisé que la durée des travaux pourrait varier selon les segments. « Pour certains secteurs, on parle de cinq à dix ans de travail. Les techniques ne sont pas les mêmes partout », a-t-elle expliqué. Elle souhaite que les travaux soient réalisés par phases afin de rendre disponibles certaines portions du terrain plus rapidement.

Une fois les sols remis en état, il faudra installer de nouvelles infrastructures : les anciennes installations pétrochimiques étaient autonomes et ne correspondent pas aux besoins actuels. Égouts, aqueducs, rues et réseaux électriques devront être construits presque entièrement. Christine Fréchette espère que le gouvernement fédéral participera au financement de ces infrastructures.

Un levier pour la relance économique de l’est

Pour les nombreux élus locaux présents et autres acteurs civils liés au développement du territoire de l’est de Montréal, l’annonce représente un moment attendu. La mairesse de Montréal‑Est, Anne St-Laurent, visiblement émue lors de la conférence de presse de la première ministre, a notamment rappelé que le site est vacant depuis plus de trente‑cinq ans. « Ce geste concret permettra de requalifier un site stratégique et de le rendre prêt à accueillir des projets porteurs, créateurs de richesse et d’emplois de qualité », a-t-elle affirmé.

La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, voit dans ce projet une occasion de transformer un espace improductif en moteur de développement. « On passe d’un terrain qui freinait le développement à un site qui pourra demain le propulser », a-t-elle illustré. Elle insiste sur l’importance de bâtir des milieux de vie modernes pour les résidents de l’est, en cohérence avec la vision de transition écologique de la Ville. « On ne parle pas juste de décontamination, on parle d’une transformation. Je le dis souvent: ’’Ce n’est pas normal que l’espérance de vie soit plus petite dans l’est’’ », a-t-elle mentionné.

Stéphan Morency, administrateur de la SMTEM, estime que l’acquisition du terrain marque un tournant. « Concrètement, il y a sept millions de pieds carrés qui redeviennent redéveloppables pour le développement économique », a-t-il indiqué. Selon lui, ce projet s’inscrit dans une longue mobilisation du milieu pour reprendre en main les grands terrains industriels de l’est.

Une vision à définir avec les acteurs du milieu

Les secteurs d’activité qui s’implanteront sur le site ne sont pas encore déterminés. Le gouvernement souhaite élaborer cette vision en concertation avec les acteurs locaux. La première ministre évoque des industries liées aux technologies propres, à la transition énergétique, à l’aéronautique ou à l’intelligence artificielle, mais rien n’est arrêté.

M. Morency insiste sur l’importance de viser une requalification ambitieuse. « On ne veut pas une réindustrialisation lourde, monoindustrielle. On veut un mixte où des gens qui vivent dans l’est de Montréal vont vouloir y vivre davantage », a-t-il souligné.

Depuis 2019, Québec a investi plus de 200 M$ pour la réhabilitation de terrains industriels dans l’est de la métropole. L’annonce de mardi porte la contribution totale à plus de 320 M$.