
Porte d’entrée du Quartier chinois sur la rue Saint-Laurent (Deposit photos)
14 juillet 2025Quartier chinois : un plan d’action qui suscite des interrogations
Un plan d’action adopté en juin 2021 par la Ville de Montréal visait à relancer le commerce et à mettre en valeur la culture du Quartier chinois d’ici 2026. Un an avant son échéance, l’arrondissement de Ville-Marie dresse un bilan positif de l’initiative, bien que certains commerçants demeurent sceptiques quant à son efficacité.
Dès 2019, des consultations citoyennes ont été entamées pour évaluer les besoins de ce secteur emblématique de la métropole. Robert Beaudry, conseiller de la Ville pour le district de Saint-Jacques dans l’arrondissement de Ville-Marie, se dit satisfait à la fois de la démarche, qui a permis de mobiliser la communauté, et des actions qui en ont découlé, notamment la préservation patrimoniale, qui figure parmi les aspects centraux du plan.

Robert Beaudry, conseiller de la Ville pour le district de Saint-Jacques dans l’arrondissement de Ville-Marie (Courtoisie)
« On a réussi à protéger, en partenariat avec le gouvernement du Québec, des espaces super importants. Au niveau réglementaire, on a revu les hauteurs et densité pour faire en sorte que la spéculation devienne moins intéressante, mais qu’on respecte aussi le cadre bâti du Quartier chinois », explique-t-il.
La Ville a entre autres fait l’acquisition de terrains sur la rue Clark dans le but d’y construire 60 unités de logements sociaux.
La Table ronde du Quartier chinois fait débat
Dans la foulée du plan, la Table ronde du Quartier Chinois a été créée pour faciliter les communications entre les instances municipales et la communauté.
Yi Fang Hu, présidente et fondatrice du Marché de Nuit Asiatique, croit pour sa part que les préoccupations des commerçants du quartier n’ont pas suffisamment été prises en considération dans les communications liées au Plan d’action pour le développement du Quartier chinois. Selon elle, la Table ronde du Quartier chinois, à vocation davantage culturelle, n’accueille pas toujours favorablement les initiatives commerciales qui lui sont proposées. « Il y avait un plan publicitaire pour le Quartier chinois. J’étais dans le comité de consultation. Et, parce que la Table ronde trouvait que ce n’était pas assez culturel et historique, elle a lâché le projet à la dernière minute. C’était beaucoup d’argent investi en amont sur un projet qui n’a jamais abouti. Les commerçants n’étaient pas très contents », indique-t-elle.

Yi Fang Hu, présidente et fondatrice du Marché de Nuit Asiatique (LinkedIn)
Pour cette femme d’affaires, ancienne propriétaire de restaurants dans le secteur, les commerçants de la communauté seraient sous-représentés à la Table ronde du quartier. Seulement deux d’entre eux siègent à son comité. « Pour qu’un comité soit représentatif, il faudrait qu’une moitié soit commerciale, l’autre moitié résidentielle. J’aime la table ronde. C’est juste qu’elle n’est pas assez représentative du Quartier chinois dans son ensemble », précise Mme Hu.
M. Beaudry croit pour sa part que la Table ronde arrive quand même à mobiliser une forte partie de la population. « La Table pour nous, c’est un outil pour avoir un contact direct avec une bonne proportion des gens qui composent le Quartier chinois. »
Il reconnaît par contre que les commerçants et les citoyens peuvent parfois s’opposer sur les manières de traiter des enjeux touchant le secteur, comme par exemple celui de l’itinérance. « C’est pour ça que, la Ville, on se positionne avec une approche équilibrée. Il faut démontrer de la bienveillance. On doit travailler avec des groupes communautaires et on doit travailler avec nos intervenants d’ÉMMIS (L’équipe mobile de médiation et d’intervention sociale). »
Mme Hu constate aussi des positions opposées entre les deux groupes. « La Table ronde dit : » Non! Il faut protéger les gens en situation d’itinérance dans le quartier. » Les commerçants disent qu’il faut faire quelque chose à propos du problème d’itinérance et croient plutôt qu’il faut arriver à un milieu. »
Un projet de Société de développement commercial
Dans le Plan d’action déposé en 2021, on propose l’instauration d’une Société de développement commercial (SDC) pour réunir les gens d’affaires du secteur. Quatre ans plus tard, le projet de SDC du Quartier chinois n’a toujours pas été concrétisé. Selon M. Beaudry, c’est à la communauté – et à elle seule – de déterminer la forme que prendra une telle association commerciale. « Ce n’est pas à nous de choisir. On va pas aller l’imposer ou la forcer. Certains vont trouver qu’une SDC, c’est une opportunité extraordinaire, puis souhaitent toujours la mettre en œuvre. D’autres sont beaucoup plus frileux par rapport à ça. »
Les démarches pour la création d’une SDC ont toutefois bel et bien été entamées, mais n’ont pas donné de résultats jusqu’à maintenant. « Il y a des choses qui auraient pu très bien se régulariser dans les rencontres de SDC, mais des communications qui auraient pu être plus fortes n’ont pas été faites. Les efforts sont un peu éparpillés », croit Mme Hu, qui a participé aux consultations pour la création d’une SDC du Quartier chinois.
Même si des associations commerciales y existent déjà, elle croit que ce quartier a besoin d’une organisation « transparente qui inclut la majorité des commerçants ».
« Et qui est capable d’aller chercher plus de ressources pour le quartier, puis qui se bat pour son côté commercial. C’est absolument nécessaire. »
Le Marché de Nuit Asiatique
Si elle se réjouit des initiatives comme le Nouvel an lunaire, financé par l’Arrondissement, pour revitaliser le quartier durant l’hiver, la fondatrice du Marché de Nuit Asiatique se désole que son propre événement se soit fait couper les vivres au mois de mai. « Cette année, en prévision du Marché de Nuit, ils (l’arrondissement) nous disent : » On n’a plus de fonds! Peut-être l’année prochaine, parce qu’il n’y a pas de budget alloué au Quartier chinois. » »
Le conseiller de Ville-Marie rappelle que même si le montant habituellement versé pour la tenue de l’événement n’a pas été reconduit, l’Arrondissement n’a pas abandonné le Marché de Nuit Asiatique pour autant. « On le finance d’autres façons. Il y a du financement qui vient de l’arrondissement, du financement qui vient de la ville-centre aussi. On les supporte autrement cette année. Il y a aussi un support logistique qu’on fait à cet égard-là », précise-t-il.







