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Qualité de l’air : face à la fermeture d’une station, des citoyens collectent leurs propres données

Des citoyens d’Hochelaga-Maisonneuve ont entrepris de mesurer la qualité de l’air dans leur quartier, alors qu’une station du gouvernement utilisée à cet effet a été récemment fermée. Ce retrait laisse un vide dans la collecte de ce genre de données, primordiales dans un secteur durement touché par la pollution atmosphérique, dénoncent les militants.

Les membres de Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM, un organisme environnementaliste qui milite depuis de nombreuses années dans Hochelaga-Maisonneuve, ont décidé de prendre en main le suivi de la présence de particules fines dans l’air (voir explication plus bas) dans leur voisinage, et ce, depuis le début du mois de novembre. Cette initiative découle du fait que l’achat du matériel nécessaire est maintenant accessible et disponible sur le marché à prix abordable. De plus, des chercheurs de l’Université de Montréal (UdeM) collaborent avec l’organisme.

« La seule station [de mesure de la qualité de l’air] qu’on avait dans le secteur va être retirée en janvier prochain, alors que nous demandions qu’elle soit bonifiée, afin qu’elle mesure [d’autres polluants] et non seulement les particules fines », se désole Élisabeth Greene, membre de Mobilisation 6600 Parc-Nature MHM.

Peu de temps après avoir appris ce retrait de la « station 50 » du Réseau de surveillance de la qualité de l’air (RSQA), située au 3250, rue Sainte-Catherine Est, Mme Greene a fait une visite du quartier avec le professeur en chimie analytique et atmosphérique de l’UdeM Patrick Hayes. Celui-ci lui a alors proposé d’installer des microstations pour collecter les données sur les particules fines. « On a trouvé l’idée géniale parce qu’on voyait là un moyen de s’auto-outiller », insiste la membre de l’organisme environnementaliste.

Les deux microstations, des appareils de la marque Purple Air, sont installées près de l’angle des rues Ontario Est et Viau, dans l’est d’Hochelaga-Maisonneuve. Il s’agit d’un emplacement stratégique, parce qu’il se trouve à proximité du Port de Montréal, mais aussi de la plateforme de transbordement de Ray-Mont Logistiques, à laquelle s’opposent farouchement plusieurs citoyens militants.

Ces outils, relativement peu couteux (entre 300 $ et 400 $), permettent donc de mesurer les particules dans l’air. « L’idée, c’est d’avoir une mesure qui est assez bonne. Bien entendu, ce ne sont pas des capteurs de la même qualité que les outils de référence de la Ville de Montréal et du gouvernement du Canada, dont le prix peut atteindre 10 000 $. Mais c’est quand même assez bon et on peut faire des petits projets comme celui-ci », explique le professeur Hayes.

Un tableau de bord sur la pollution dans Hochelaga-Maisonneuve

Ainsi, grâce à cette collaboration entre les citoyens et les chercheurs, il a été possible de monter un tableau de bord disponible sur Internet. On y retrouve des informations mises à jour tous les quatre jours sur la présence de particules fines dans le quartier. Ces données sont mises en relation avec la direction et la provenance des vents, ainsi qu’avec les précipitations et la température. « Nous nous approvisionnons en données sur les vents qui proviennent d’une station d’Environnement Canada. Cela nous permet de voir s’il y a une association entre la direction du vent et la croissance de particules fines dans l’air, mais aussi de savoir si la force du vent est liée à la croissance ou décroissance de la concentration de ces particules », souligne Emmet Norris, chercheur au postdoctorat en géochimie.

Le peu de données colligées jusqu’à ce jour ne permet pas de tirer des conclusions claires sur la provenance de la pollution atmosphérique dans Hochelaga-Maisonneuve, nuance le professeur Hayes. « D’abord, lorsqu’on parle de pollution atmosphérique, on parle de plusieurs polluants : il y a les particules fines, qui sont importantes, mais il y a aussi les métaux dans l’air et les particules de suie. Nous avons des données intéressantes, mais limitées pour l’instant », insiste le chercheur.

A priori, celui-ci observe toutefois que les vents en provenance de l’ouest et du sud-ouest semblent pousser des particules fines en provenance du centre-ville de Montréal vers l’est. Il s’agit encore d’une « question ouverte », précise-t-il.

« C’est pour cela qu’éventuellement, on aimerait bonifier les données collectées pour en avoir aussi sur les poussières et les métaux, insiste Mme Greene. Aussi, la plateforme de Ray-Mont Logistique n’opère qu’à 8 % de son projet final. (…) À terme, ça va être 1 500 camions et 200 wagons de train par jour. »

Le professeur Hayes abonde dans le même sens. « Les gouvernements et leurs chercheurs sont souvent en position réactive, c’est-à-dire que la collecte de données se fait à la suite d’un problème, quand il est trop tard. Alors, c’est pour cela que nous essayons de commencer avant que Ray-Mont Logistiques lance ses activités [complètes]  », ajoute-t-il.

Pourquoi fermer la station 50?

Contactée par EST MÉDIA Montréal, la Ville de Montréal confirme que la station 50 du RSQA n’est plus en marche depuis la fin de 2025. Dans un courriel, on explique que ce choix a été pris « conformément aux recommandations d’Environnement et Changement climatique Canada (ECCC) ».

« Cette décision s’inscrit dans le cadre du programme national de surveillance de la pollution atmosphérique (SNPA) et repose sur une analyse rigoureuse démontrant que la station ne répondait plus aux besoins du programme », insiste-t-on à la Ville.

Ajout: Dans un courriel, ECCC indique que seul les PM2.5 (matière particulaire d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres) étaient mesurés à la station 50.

« Une analyse des mesures de PM2.5 provenant des stations du SNPA à Montréal a été réalisée par ECCC. Cette analyse a conclu que les mesures à la station Hochelaga-Maisonneuve n’étaient pas sensiblement différentes de celles des stations avoisinantes », ajoute-t-on dans le courriel.

Le gouvernement estime donc que « les mesures provenant des stations voisines, où d’autres polluants sont déjà surveillés, fourniront les données nécessaires pour les prévisions Info-Smog et de la qualité de l’air dans le secteur, et permettront de satisfaire aux exigences de fournir des renseignements sur la qualité de l’air au public ».

« Il est important de souligner que cette fermeture n’affecte pas la qualité du suivi environnemental : les mesures des particules fines se poursuivent à la station 80, située à moins de 3 km (NDLR : au 2580, rue Saint-Joseph Est, dans Rosemont—La Petite-Patrie), qui couvre le même secteur et assure le suivi de plusieurs autres polluants. Cette approche garantit la continuité et la fiabilité des données pour la protection de la qualité de l’air », soutient de son côté la Ville.

« Notre secteur est très touché par les activités industrielles et celles du Port de Montréal, conteste pour sa part Mme Greene. Il est très minéralisé (…) et on y retrouve de nombreux îlots de chaleur, ce qui a pour effet d’intensifier les polluants dans l’air. Ces données sont essentielles. »

Qu’est-ce qu’une particule fine?

Selon le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, les « particules fines (PM 2,5) désignent les aérosols en suspension dans l’air sous forme solide ou liquide dont le diamètre aérodynamique est inférieur ou égal à 2,5 micromètres ».

« Leur composition dépend de leur provenance, de la saison et des conditions atmosphériques. Les particules sont composées entre autres de sulfates (SO42-), de nitrates (NO3), d’ammonium (NH4+), de chlorure de sodium (NaCl), de carbone (élémentaire et organique), de matières minérales et d’eau. Au Québec, les PM2,5 constituent la principale composante du smog. »