
(Photo : courtoisie/ Collectif Sauvons Le Prévost)
15 juillet 2026Le projet de Tennis Canada inquiète les joueurs de baseball dans Villeray
Le scénario privilégié par Tennis Canada pour moderniser ses installations prévoit la construction d’un nouveau stade sur l’espace actuellement occupé par le terrain de baseball no 3 du parc Jarry. Même si rien n’est encore définitif, cette possibilité ravive les inquiétudes chez les amateurs de baseball de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, un an après la controverse entourant la disparition annoncée du terrain du parc Le Prévost.

(Photo : courtoisie/ Collectif Sauvons Le Prévost)
Le terrain no 3 est aujourd’hui le plus grand terrain de baseball encore disponible dans l’arrondissement. Il est utilisé par les équipes de 15 ans et plus, car il s’agit du seul terrain dont les dimensions permettent d’accueillir ces catégories dans VSP. Au baseball, les dimensions des terrains varient selon l’âge : les terrains pour les 9 à 13 ans sont plus courts; les terrains « Bantam » (U15) d’une taille intermédiaire sont destinés aux joueurs âgés de 13 à 15 ans; et les terrains U18 et U21 sont prévus pour les joueurs âgés de 16 ans et plus, avec des distances de 90 pieds entre les buts et un champ extérieur plus profond.
« Le terrain de Jarry 3, c’est un U15 en théorie, mais on fait jouer nos (joueurs) U18 et nos U21 là-dessus faute de mieux. C’est le plus grand terrain qu’on a, il n’y en a pas d’autres dans l’arrondissement », résume Maxime Brossard, président de l’Association de baseball amateur Jarry (ABAJ).
« On entend souvent dire qu’il reste des terrains de baseball. C’est vrai. Mais ce ne sont pas les mêmes terrains. Celui qu’on pourrait perdre à Jarry est le seul qui permet aux joueurs de 15 ans et plus d’évoluer dans des conditions comparables », soutient Valérie Hébert, porte-parole du Collectif Sauvons Le Prévost.
La croissance de l’ABAJ accentue également la pression sur les infrastructures. L’association regroupe maintenant plus de 340 joueurs et joueuses répartis dans 27 équipes, contre un peu plus de 300 joueurs et 24 équipes l’année précédente.
Le collectif citoyen et l’ABAJ rappellent d’ailleurs qu’une vingtaine de terrains de balle ont été supprimés depuis le début des années 2000 à travers le territoire de VSP.
« On n’a pas demandé de nouvelles installations. On veut simplement conserver nos acquis, mais on nous les enlève un par un », déplore Valérie Hébert.
Relocaliser le terrain, mais où?
L’an dernier, l’arrondissement expliquait la disparition du terrain de baseball du parc Le Prévost tout comme la réduction de la taille du terrain du parc Georges-Vernot par la rareté des espaces verts disponibles. Un an plus tard, Tennis Canada affirme sur son site Web, « travailler avec la Ville de Montréal pour identifier un emplacement situé le plus près possible du parc Jarry afin d’y aménager un terrain répondant aux besoins des utilisateurs » dans l’éventualité ou le scénario privilégié se concrétise. Tennis Canada rappelle tout de même que ce dernier n’est pas définitif :« On ne peut pas dire que c’est coulé dans le béton, mais c’est le scénario qu’on favorise », indique Valérie Tétreault, vice-présidente, communications et tournois professionnels chez Tennis Canada et directrice de l’Omnium Banque Nationale à Montréal.

Les installations du Stade IGA (photo tirée du site Web de Tennis Canada)
En entrevue avec EST MÉDIA Montréal le maire de VSP, Jean-François Lalonde, a insisté sur le caractère préliminaire de la démarche. « Pour ma part, ce n’est pas un projet, c’est une intention annoncée », affirme-t-il. Il rappelle également que le parc Jarry fait partie des grands parcs et qu’il relève des services centraux de la Ville de Montréal, et non directement de l’arrondissement.
Au moment de l’entrevue, M. Lalonde disait ne pas pouvoir confirmer ou infirmer l’affirmation de Tennis Canada voulant que l’organisme travaille déjà avec la Ville pour identifier un terrain de remplacement. Tennis Canada a depuis précisé avoir discuté du dossier avec la direction générale de VSP, le maire lui-même, ainsi qu’avec le Service des grands parcs, du Mont-Royal et des sports. Aucun emplacement potentiel n’a été rendu public.
Les décisions récentes de l’arrondissement illustrent les limites de l’espace disponible. Au parc Georges‑Vernot, VSP disposait auparavant d’un terrain de grande dimension. Dans le cadre du réaménagement actuellement en cours, cette superficie n’a pas été conservée. Le nouveau terrain sera plus petit que celui qui existait auparavant et que celui demandé par l’ABAJ.
Lors de la séance du dernier conseil municipal, Nadine Médawar, directrice de la culture, des sports, des loisirs et du développement social, a expliqué la situation ainsi : « Initialement, le but, c’était de garder la même taille du terrain original, mais il y a d’autres utilisateurs du parc qui ont des besoins aussi. Oui, parfois, il y a des décisions qu’il faut prendre tout en gardant un terrain de baseball pour offrir d’autres services dans le parc. Alors, il a dû être rapetissé. »
Pour Maxime Brossard, cette situation illustre précisément les limites auxquelles se heurte le baseball dans l’arrondissement. « À la base, il y avait déjà un grand terrain sur cet espace. Il y avait un terrain senior et un Pee-Wee. Aujourd’hui, on rouvre un seul terrain plus petit, alors que nos besoins pour les catégories U15 et plus continuent d’augmenter», déplore le président de l’ABAJ.

Vue aérienne de l’actuel parc George-Vernot (Louis-Étienne Doré)

Vue aérienne projetée du projet de réfection du parc Goerge-Vernot (image: courtoisie / arrondissement VSP)
À ses yeux, le dossier Georges-Vernot soulève une question qui dépasse ce parc. « Si on n’a pas réussi à conserver un terrain de grande dimension là où il existait déjà, ça soulève inévitablement des questions lorsqu’on nous dit qu’on trouvera un nouveau terrain près du parc Jarry », dit-il.
Le parc De Normanville, évoqué comme solution de rechange dans le dossier du parc Le Prévost, présente des limites similaires à celui de Georges-Vernot. Le terrain peut accueillir les plus jeunes catégories, mais sa taille et les autres usages du parc ne permettent pas d’y faire jouer les équipes de 15 ans et plus. L’arrondissement soutient que les catégories autorisées peuvent y jouer en toute sécurité, mais le terrain demeure de petite dimension.
En somme, les solutions de rechanges évoquées par l’arrondissement dans le cadre de la disparition du terrain du parc Le Prévost ne correspondent pas aux dimensions requises pour les catégories qui utilisent actuellement le terrain no 3 du parc Jarry.
Pour Mme Hébert, le débat ne porte donc pas uniquement sur le nombre de terrains, mais sur leur capacité à répondre aux besoins des différentes catégories. « Il faut que le nouveau terrain soit dans l’arrondissement, qu’il soit éclairé, qu’il ait les mêmes dimensions et qu’il soit prêt avant que celui de Jarry disparaisse. Sinon, on ne remplace pas réellement ce qu’on perd », affirme-t-elle.
Une collaboration perçue différemment
Au-delà de la question des terrains, le collectif Sauvons Le Prévost et l’ABAJ estiment que leurs préoccupations sont insuffisamment prises en compte dans la planification des infrastructures sportives.
Le maire de VSP, Jean-François Lalonde, soutient pour sa part que les échanges avec l’ABAJ sont fréquents et que les besoins de l’organisme sont pris en considération. « On est en mesure de répondre à l’ensemble des demandes formulées par l’ABAJ quant au nombre d’heures et à la répartition des terrains », affirme-t-il.
L’élu ajoute que plusieurs rencontres ont eu lieu au cours des dernières années afin de mieux comprendre les besoins de l’association. De plus, ce dernier soutient que l’ABAJ a collaboré au plan de réaménagement du parc De Normanville et s’est montré satisfaite des améliorations proposées.
Le président de l’ABAJ, Maxime Brossard, dresse toutefois un portrait plus nuancé. Selon lui, les communications sont bonnes lorsqu’il est question des opérations quotidiennes, comme l’entretien des terrains ou l’organisation des activités. « Au quotidien, la collaboration fonctionne bien. En revanche, lorsqu’il est question de planification des infrastructures et de répondre à nos besoins à long terme, c’est 100% non », affirme-t-il.
En ce qui concerne le réaménagement du terrain De Normanville M. Brossard reconnait que les travaux effectués amélioreront les conditions de jeu. Il estime toutefois que le terrain ne répond pas aux besoins des catégories plus âgées. « C’est un terrain destiné aux plus jeunes. Les améliorations sont les bienvenues, mais elles ne règlent pas notre manque de terrains de grande dimension », résume le président de l’ABAJ.
Ce dernier souligne que l’association a collaboré avec les équipes municipales afin d’améliorer le projet. « Quand la Ville nous présente un projet, on participe pour qu’il soit le meilleur possible. Mais collaborer ne veut pas dire que cette solution répond à nos besoins », précise-t-il.

Terrain de baseball du parc De Normanville (photo: Marie-Hélène Chartrand / EMM)







