
(Photo tirée de la page Facebook de l’arrondissement de Montréal-Nord)
13 septembre 2025Projet Impact Collectif à Montréal-Nord : quand l’inclusion sociale frappe à la porte
À Montréal-Nord, une initiative locale tente de répondre aux besoins des résidents : le Projet Impact Collectif (PIC). Ce dernier est porté par un réseau d’organismes communautaires et coordonné par Un itinéraire pour tous, un OBNL qui agit dans une perspective de développement social et de lutte à la pauvreté. Le PIC mobilise une équipe de travailleurs de proximité qui parcourt les habitations de l’arrondissement pour aller à la rencontre des résidents, identifier leurs préoccupations puis les connecter concrètement aux services requis.
L’initiative a débuté à la suite d’une étude menée par une équipe de chercheurs de l’UQAM en 2023 sur le thème de la justice sociale à Montréal-Nord. « Cette recherche a mis en évidence plusieurs obstacles structurels à l’inclusion sociale et économique, tels que le manque d’informations, les problèmes de mobilité ou encore l’inefficacité des services », explique Sagesse Miekountima, coordonnatrice en inclusion sociale et économique au sein de l’organisme Un itinéraire pour tous. Elle siège au comité Inclusion sociale et économique.

Sagesse Miekountima, coordonnatrice en inclusion sociale et économique au sein de l’organisme Un itinéraire pour tous (LinkedIn)
L’étude est donc devenue un cadre de référence pour le travail sur la justice sociale dans le quartier que différents acteurs du milieu souhaitaient entreprendre en collaboration. « Puis un plan de développement social s’est dessiné, visant à améliorer les conditions de vie dans le quartier », explique Mme Miekountima. « Il est devenu une référence commune pour tous — citoyens, organismes et institutions — afin que l’on travaille collectivement à des transformations locales. »
Parmi les objectifs clés du plan se trouvent la création d’un environnement inclusif, la réduction de la violence, l’amélioration de l’accès à des logements salubres et aux services essentiels, et le développement d’infrastructures communautaires vertes.
Sur le terrain
Pour identifier les secteurs à couvrir, l’équipe s’est appuyée sur l’Indice d’équité de milieux de vie, accessible à tous sur le site de la Ville de Montréal. « Cet indice évalue divers besoins (sociaux, économiques, de loisirs, etc.) et nous a permis de déterminer les quartiers prioritaires. » En complément, la connaissance fine du terrain par les organismes du comité a permis de cibler plus précisément les zones où les besoins étaient les plus criants.
Depuis, des travailleurs de proximité vont donc de porte en porte pour écouter les besoins des résidents, les informer sur les services existants et les accompagner dans leurs démarches. « Leur approche repose sur l’écoute active, la confidentialité et le non-jugement. » Pour structurer leur travail, des outils comme un questionnaire ont été développés, afin de mieux connaître les profils rencontrés, de collecter des données et d’assurer un suivi personnalisé. « Et après leur visite, les intervenants recontactent les personnes pour s’assurer qu’elles ont bien reçu les services nécessaires ou pour répondre à leurs nouveaux besoins », ajoute Mme Miekountima.
Ces équipes, qui travaillent de près avec les citoyens, ont reçu plusieurs formations en amont, notamment en gestion des comportements agressifs, en premiers soins en santé mentale ainsi qu’une formation qui leur a permis de se familiariser avec les différents organismes partenaires.
Les constats
L’exercice a permis de déterminer que l’accès à l’emploi est le besoin le plus fréquemment exprimé par les résidents de Montréal-Nord sur le pas de leur porte, représentant environ un tiers des cas. D’autres besoins notables incluent le logement, la santé et l’intégration des nouveaux arrivants. « Ces réponses orientent directement les actions de notre équipe sur le terrain », explique la coordonnatrice en inclusion sociale et économique.
Pour répondre efficacement aux besoins exprimés, une tournée des organismes du territoire a été réalisée en amont du PIC. Sagesse Miekountima elle-même a alors rencontré une dizaine d’organismes pour comprendre leur mission, identifier les bons contacts et établir une liste de références claires. Ce travail a permis la création d’une boite à outils contenant des dépliants, des fiches et des coordonnées à jour, facilitant le référencement et la distribution d’informations pertinentes par les travailleurs de proximité lors du porte-à-porte. « Et une idée en cours de développement consiste à ce que notre équipe contacte directement les organismes pour leur transmettre les noms des résidents intéressés par leurs services, ce qui favoriserait un suivi plus direct et personnalisé », indique Mme Miekountima.
Le bilan de la première phase du PIC est considéré comme très encourageant. Sur 1589 portes frappées, 217 personnes ont accepté d’ouvrir et de répondre au questionnaire, et 76 suivis personnalisés ont été réalisés. « Cela démontre une réelle volonté des résidents de se connecter aux services disponibles », croit Mme Miekountima. Et malgré la méfiance initiale de certains habitants, vu la nature inattendue du porte-à-porte, l’accueil général a été chaleureux. « Le défi principal reste de créer un lien de confiance durable avec la population », ajoute-t-elle.
Et si toutes les équipes mobilisées derrière le PIC sont fières de collaborer, il n’en demeure pas moins que cette collaboration demande beaucoup de temps, d’adaptation et de communication. « Le principal défi est de libérer du temps pour les réunions et les actions collectives, les organismes étant déjà fortement sollicités par leur mission propre », indique Mme Miekountima.

Une équipe du PIC à l’œuvre (Photo tirée de la page Facebook d’Un itinéraire pour tous)
Impacts
Plusieurs indicateurs mesurent l’impact du projet : le nombre de portes frappées, de portes ouvertes, de questionnaires remplis et de suivis réalisés. Le taux de référencement vers les services et la participation des résidents aux activités communautaires sont également des marqueurs importants pour évaluer le succès du projet. « Ces indicateurs nous permettent d’ajuster les actions sur le terrain. »
De plus, un comité aviseur composé de résidents de Montréal-Nord vient jouer un rôle clé dans l’évolution du projet. Il permet de vérifier si les actions entreprises répondent réellement aux besoins du terrain et d’en identifier les angles morts. « Leur participation influence les priorités stratégiques et garantit que les actions ne soient pas déconnectées de la réalité vécue par les citoyens », termine Mme Miekountima.
À l’heure actuelle, le PIC se poursuit, et une réflexion est en cours sur son avenir et peut-être son expansion au-delà de la phase en cours. À travers l’implication de ses travailleurs de terrain et un réseau communautaire collaboratif, cette initiative tente non seulement d’écouter les résidents et de répondre à leurs besoins immédiats, mais essaie aussi, à terme, de reconstruire un lien de confiance durable au sein de la communauté de Montréal-Nord.







