Vue aérienne du projet des Halles d’Anjou (Courtoisie OCPM)

PROJET IMMOBILIER AUX HALLES D’ANJOU : DES PRÉOCCUPATIONS DANS LE RAPPORT DE L’OCPM

L’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) a dévoilé au début du mois le rapport final de consultation publique du projet de transformation du centre commercial Les Halles d’Anjou. La démarche de consultation portait plus spécifiquement sur le règlement P-23-042, qui permettrait diverses dérogations pour l’ajout sur le site de tours d’habitation et d’un autre bâtiment résidentiel de plusieurs étages. Le rapport final de l’OCPM montre que les participants à la consultation ont relevé « d’importantes lacunes » dans le projet et qu’ils réclament des ajustements à différents niveaux.

Après avoir été mis en suspens, les plans du projet de redéveloppement immobilier aux Halles d’Anjou, situé au 7500, boulevard des Galeries-d’Anjou, à la limite de l’arrondissement de Mercier—Hochelaga-Maisonneuve (MHM), ont finalement été présentés au public l’hiver dernier. Occupant une superficie de 45 946,3 m², le site des Halles d’Anjou comprend actuellement un marché et un centre commercial. 

Le Groupe Jadco, promoteur du projet, propose un réaménagement du site comprenant l’agrandissement du bâtiment existant par l’ajout, du côté de l’avenue des Halles, de 2 tours d’habitation de 19 étages, et de 1 bâtiment de 6 à 8 étages, qui accueillerait des maisons de ville. Le projet immobilier, auquel l’arrondissement d’Anjou s’est dit favorable, avait d’abord été déposé en 2022 en tant que projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (PPCMOI), l’usage « habitation » n’étant pas autorisé dans le secteur ciblé. Par la suite, le projet a été soumis à un référendum destiné aux « personnes habilitées à voter dans le secteur », obligeant finalement le promoteur à retirer sa demande. L’arrondissement d’Anjou avait subséquemment procédé au retrait du PPCMOI.

Quelques mois après avoir été mis sur pause, le projet fut modifié puis relancé, pour être finalement soumis à l’OCPM au printemps dernier. La consultation publique du projet des Halles d’Anjou, qui s’est déroulée sous forme de rencontres d’informations et de collectes d’opinions et de recommandations entre les mois de février et avril 2024, figure comme le premier mandat de l’OCPM dans l’arrondissement d’Anjou. 

Pour le promoteur, « l’objectif est d’assurer la fonctionnalité du site et une intégration adéquate entre les activités des Halles d’Anjou et de la nouvelle composante résidentielle », indique le rapport final de l’OCPM. 

Vue aérienne du site des Halles d’Anjou (Tirée du rapport final de l’OCPM)

Un rapport bien accueilli, mais comptant plusieurs interrogations et réserves

Bien que la vaste majorité des participants à la consultation soit en accord avec le projet et la densification du site des Halles d’Anjou, des questions demeurent, notamment sur les enjeux concernant l’aménagement, la biodiversité, la sécurité des déplacements ou encore le nombre de logements sociaux abordables prévus. D’abord, selon les conclusions rapportées dans le rapport final de l’OCPM, des participants jugent que « les solutions proposées sont partielles et inadaptées ». Puis, alors que les démarches de consultation étaient à peine lancées, le comité logement du secteur exigeait déjà l’inclusion de logements sociaux dans le projet, a révélé un article d’EST MÉDIA Montréal paru en mars dernier. Finalement, plusieurs organismes communautaires ont réitéré leurs inquiétudes dans le rapport final de l’OCPM, jugeant que « le projet tel que présenté ne tient compte ni du profil sociodémographique dans le secteur ni des besoins des locataires de l’arrondissement ». Selon ces derniers, le projet présenté risque plutôt de contribuer à « embourgeoiser le secteur au profit de personnes aisées en provenance de l’extérieur ».  

Selon le promoteur, Groupe Jadco, le projet comprendra « des unités abordables telles que définies par la Société canadienne d’hypothèques et logement (SCHL) ». La construction de 69 unités familiales est prévue, à laquelle s’ajoutera une compensation financière pour le volet social, rapporte le rapport de l’OCPM. En contrepartie, des participants ont quant à eux déploré qu’une offre de compensation soit privilégiée « plutôt que [la construction] du logement social in situ ». 

Certains ont également émis des « réserves sur les types de logements avec l’absence de logements abordables et sociaux au sens du Règlement pour une métropole mixte (RMM) ». Pour d’autres répondants, le projet des Halles d’Anjou constitue tout de même une réponse à la crise du logement, puisque que les 700 unités de logement qui seront construites « contribueront à renforcer l’abordabilité du logement ». 

Alors que certains citoyens ont indiqué être en faveur de la conception architecturale choisie pour le projet, d’autres n’apprécient pas particulièrement de voir s’installer de hautes tours d’habitation, ayant préféré « que ce projet mixte soit limité à 12 étages et comprenne une réorganisation du bâtiment des Halles qui aurait plutôt des commerces au rez-de-chaussée et des habitations au-dessus. »

En ce concerne le dossier de la sécurité des déplacements et de l’accessibilité, plusieurs participants sont d’avis que la reconfiguration du site « contribuerait à renforcer la sécurité des utilisateurs et des piétons », notamment grâce à l’aménagement de trottoirs. Ce point de vue ne fait pas l’unanimité puisque d’autres ont plutôt souligné le manque d’aménagements prévus « pour des zones d’interaction dangereuses côté sud, ajouté à une discontinuité du trottoir dans une ligne de désir ». Le projet de réaménagement des Halles d’Anjou est situé à la jonction des arrondissements d’Anjou, de Saint-Léonard et de MHM. Les résidents de ces secteurs partagent des lieux communs, comme le parc du Boisé-Jean-Milot et les commerces (les Halles), « générant autant de lignes de désir ». 

Des lacunes ont aussi été soulevées dans le rapport d’une soixantaine de pages concernant l’approche environnementale prise par le projet. Plusieurs interventions soulignent « le déficit d’espaces verts et la faible place réservée à la protection de la biodiversité ». Le rapport rapporte qu’il y a notamment un consensus sur le fait que le site du projet est en grande majorité occupé par de la surface asphaltée réservée aux stationnements, une réalité qui risque de créer un « ilot de chaleur ». On ajoute que les verdissements prévus dans le projet seront insuffisants pour répondre à cet ilot. Les recommandations inscrites au rapport suggèrent de répondre à cet enjeu avec « la plantation d’arbres et de végétaux, l’aménagement de toits verts et la construction d’infrastructures vertes ».

Finalement, le rapport fait état d’une absence de mesures pour la gestion des eaux pluviales, affirmant que le projet « n’offrirait pas de vision d’aménagement durable et de transition écologique ».

Une « vision d’ensemble », recommande l’OCPM

À la suite d’une analyse, la commission de l’OCPM a finalement recommandé l’adoption du règlement autorisant le projet, « mais formule une série d’ajustements qui permettraient une meilleure intégration dans le secteur ». Dans la section «Constats et analyse de la commission» du rapport final, on note « des contradictions entre les renseignements donnés par le promoteur et l’arrondissement », et on souligne que « des enjeux auraient dû faire l’objet de plus de précisions », en énumérant entre autres ceux concernant les logements abordables prévus, la sécurité des piétons et des cyclistes ou encore la gestion des déchets et des eaux pluviales sur le site. 

Dans une lettre annonçant la finalisation du rapport de consultation remise à la Ville de Montréal en mai dernier, le président de l’OCPM, Philippe Bourke, recommande à l’arrondissement d’Anjou l’adoption d’une « vision d’ensemble » en vue du développement de projets immobiliers similaires qui seront potentiellement réalisés en marge du prolongement de la ligne bleue du métro. Pour M. Bourke, cette vision globale, qui « rendra assurément plus harmonieux le développement de ce secteur », permettra aussi d’offrir une réponse efficiente « tant à la crise du logement qu’à la crise climatique ». 

Questionné à propos du rapport final, des lacunes soulevées et des propositions émises, l’arrondissement d’Anjou précise « accueillir favorablement le rapport de l’OPCM » et être actuellement à prendre acte des recommandations, a-t-on informé EST MÉDIA Montréal par courriel. L’équipe serait actuellement à l’étape de l’analyse et des démarches d’application. « Le rapport demeure somme toute très récent. Nous suivons le processus et répondrons aux instances concernées dès ce travail complété », a ajouté la direction des services administratifs, des relations avec les citoyens et du greffe de l’arrondissement d’Anjou.