
Photo courtoisie SDA
25 septembre 2025Projet d’école à Angus : urgence… ou pas?
Enterré il y a un peu plus de quatre ans dans une certaine polémique, le projet de construction d’une école primaire sur le terrain de la Société de développement Angus (SDA) dans Rosemont semble vouloir refaire surface.
L’actuel maire de l’arrondissement de Rosemont−La Petite-Patrie, François Limoges, a confirmé à EST MÉDIA Montréal que s’il est réélu le 2 novembre prochain, il aimerait « convaincre les principaux interlocuteurs qu’il faut une école à Angus. » Il en ferait même une de ses priorités.
Le maire a aussi confirmé avoir parlé récemment au président et chef de la direction de la SDA, Christian Yaccarini, afin de sonder son ouverture à remettre le projet sur les rails, et pour savoir si l’entreprise d’économie sociale avait toujours un terrain disponible pour accueillir une nouvelle école. Contacté à ce sujet, M. Yaccarini a confirmé la tenue de cette discussion et s’est déclaré « totalement ouvert » à cette idée.
Porte fermée au CSSDM
Des élus (notamment le maire de l’arrondissement et le député de Rosemont, Vincent Marissal) et plusieurs acteurs importants de la société civile de Rosemont continuent de réclamer une école dans le secteur Angus malgré l’échec de 2021. Mais du côté du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), pourtant initiateur du projet à l’époque, on se contente aujourd’hui d’émettre une réponse laconique à propos de cet enjeu qui préoccupe également nombre de nouvelles familles arrivées dans le quartier ces quatre dernières années via d’imposants projets immobiliers.
« Nous n’avons pas de plan de développement pour le moment. Ce secteur de Rosemont Ouest est déjà bien desservi en termes de capacité d’accueil et les prévisions sont stables pour les prochaines années », a répondu par courriel Alain Perron, responsable des relations de presse pour le CSSDM, lors de notre demande de mise à jour du dossier.
Rappelons que c’est pourtant la Commission scolaire (aujourd’hui CSSDM) qui avait manifesté un intérêt pour une nouvelle école dans ce secteur dans les années 2010. « L’idée d’une école à Angus, ça vient de la Commission scolaire. C’est sa direction qui nous avait contactés, on était partis de là. Ils sont débarqués ici, ils étaient neuf personnes, dont la présidente, la direction générale, des commissaires, en disant qu’ils avaient absolument besoin d’une école », affirme Christian Yaccarini.

Christian Yaccarini (Courtoisie)
Le dirigeant de la SDA est d’avis que le projet a finalement été écarté par le ministère de l’Éducation parce que le rapport du CSSDM était mal ficelé. « On a travaillé fort dans ce dossier, on a dépensé beaucoup d’argent, fait des plans en collaboration avec le CSSDM, donc je n’étais pas de bonne humeur quand la décision est tombée. Mais quand j’ai regardé le document que le CSSDM avait déposé au ministère, je dois avouer que ma réponse aurait aussi été non. Ce n’était vraiment pas une analyse rigoureuse et ça ne démontrait pas un réel besoin pour aller chercher le financement. Il fallait aller plus loin que de dire simplement que des promoteurs immobiliers avaient des projets dans le coin et que ça pouvait amener de nouvelles familles. Mais ça se résumait à peu près à ça », soutient Christian Yaccarini.
Le ministère de l’Éducation avait finalement rejeté le projet en fonction, entre autres, d’une baisse du taux de défavorisation dans le secteur, qui augmentait alors la capacité d’accueil d’élèves par classe, qui était limitée auparavant à 25 dans quelques écoles.
Des classes transitoires avaient aussi été construites afin d’augmenter la capacité d’accueil de quelques écoles de Rosemont à l’époque. Selon les dernières données disponibles au ministère, le besoin pour le secteur en termes d’élèves se situerait aux alentours de 3 000 et cette évaluation serait stable pour les prochaines années. On ne sait pas par contre si cette évaluation tient compte des récentes constructions de complexes de condos dans le quartier, dont plusieurs unités de deux et trois chambres sont destinées aux familles, et de l’arrivée de vagues récentes d’immigrants.
Densification de Montréal : le défi des écoles
Le débat d’une nouvelle école dans Angus vient soulever un nouvel enjeu bien réel de la réalité montréalaise qui guette particulièrement l’est de la ville. Avec le nouveau Plan d’urbanisme et de mobilité adopté récemment par l’administration Plante, on ouvre la porte à la construction de nouveaux quartiers plus denses qu’auparavant grâce notamment à la possibilité de construire, dans certains nouveaux développements, des bâtiments d’habitation en hauteur. C’est le cas déjà pour des secteurs en projection tels qu’autour des nouvelles stations de métro de la ligne bleue, ou encore sur le site de la Place Versailles, par exemple.

François Limoges (Archives EMM)
« Il va y avoir bien sûr un besoin pour des nouvelles écoles, mais on ne pourra plus les construire selon les critères actuels du ministère, sur un ou deux étages. Il va falloir faire autrement, convaincre le gouvernement qu’il est possible d’ériger des écoles plus en hauteur, dans des environnements plus restreints, réaménager les espaces communs comme les cours d’école, parce que des terrains à Montréal, dans plusieurs quartiers qui arrivent, il n’y en aura pas selon les spécifications de Québec », explique François Limoges.
Selon l’élu, le cas à Angus « est précurseur de ce qui s’en vient ailleurs ».
« Actuellement, le seul terrain disponible ne respecte pas les exigences, il faudra déjà accepter de construire en hauteur. Angus, c’est le canari dans la mine », indique-t-il. Fait corroboré par Christian Yaccarini.
Rappelons également que depuis 2020, la Loi sur l’instruction publique oblige les municipalités à céder gratuitement des terrains aux centres de services scolaires pour la construction d’écoles. Un casse-tête pour la Ville de Montréal dans la projection de nouveaux grands secteurs d’habitation, et un lourd fardeau financier.










