Le 13300, rue Sherbrooke Est, à PAT (Google Maps)

Projet de McDonald’s à Pointe-aux-Trembles: l’Arrondissement fait marche arrière

La construction d’un restaurant de la chaîne McDonald’s à proximité de résidences à Pointe-aux-Trembles ira de l’avant. Une décision rendue mardi soir par les élus de l’Arrondissement ouvre la voie à ce projet contesté.

Après environ deux ans de délibérés, la saga du projet prévu au coin de la rue Sherbrooke Est et de la 36e Avenue tire à sa fin. En effet, les élus de Rivière-des-Prairies—Pointe-aux-Trembles (RDP-PAT) en ont statué ainsi lors du dernier conseil d’Arrondissement, faisant un pas en arrière sur une précédente décision.

Selon toute vraisemblance, un point contentieux du projet, la création d’un service à l’auto et la mise en place d’accès aux véhicules sur la 36e Avenue, fera partie de celui-ci.

Il s’agit d’un revirement de situation, car en février dernier, l’Arrondissement avait rejeté une demande d’appel déposée par le propriétaire du terrain et de l’immeuble situé au 13300, rue Sherbrooke Est.  L’entreprise, le Groupe Immobilier Taillefer, réclamait alors à l’Arrondissement de revenir sur sa décision d’imposer certaines conditions à son projet de démolir l’édifice présent, afin de construire un restaurant McDonald’s sur le lot.

Ces conditions, proposées par le Comité d’étude des demandes de démolition de l’Arrondissement, incluaient l’interdiction de permettre une entrée et une sortie pour les véhicules à partir de la 36e avenue, ainsi que l’interdiction d’installer un service à l’auto sur le terrain. Effectivement, plusieurs résidents craignaient que cela entraine une circulation automobile trop forte sur cette voie résidentielle.

En outre, le comité recommandait la création d’un mur antibruit à l’arrière du lot, afin de protéger les résidents à proximité et la création de murs végétalisés.

Cette décision d’imposer ces conditions était passée à deux reprises devant les services juridiques de la Ville, afin d’assurer qu’elle était fondée sur des arguments solides. Le maire de RDP—PAT, Denis Pelletier, avait assuré en février dernier qu’il s’agissait d’une « décision juridique et non politique. »

Or, de « nouveaux éléments ont été portés à notre attention concernant les fondements légaux de notre argumentaire », résume Gabrielle Rousseau-Bélanger, conseillère de la Ville dans le district de Pointe-aux-Trembles (PAT) et élue d’Ensemble Montréal.

En effet, à la suite d’échanges entre l’Arrondissement et les avocats du propriétaire, ces derniers ont avancé que le projet n’aurait pas dû passer dans les rouages du Comité d’étude des demandes de démolition, car selon certaines prescriptions du règlement d’Arrondissement, les édifices étant situés à l’arrière des terrains ne sont pas soumis à ce processus.

« On a réalisé qu’il y a un petit flou de règlement. Ça n’a aucun bon sens qu’il y a un flou de ce côté-là. Donc, on a mandaté nos services afin de clarifier ce règlement pour qu’une situation comme ça n’arrive plus jamais », assure l’élue.

Un argument « insensé »

Pour la conseillère d’arrondissement du district de PAT et élue de Projet Montréal, Marie-Claude Baril, cet argument ne tient pas la route.

« Si on regarde la rue Sherbrooke, c’est une artère commerciale. Tous les commerces sont plus reculés que la ligne médiane parce qu’il y a des stationnements en façade. Ça veut dire que tout le monde aurait le droit de démolir sans passer par le comité de démolition. Ça crée un précédent qui n’a absolument pas de sens. Donc l’argument ne se défend absolument pas », conteste-t-elle.

Cette dernière était en poste lors de la précédente administration de la mairesse Bourgeois, lorsque le projet a été déposé en 2024. Les élues s’étaient alors farouchement opposées à l’idée de la création d’un McDonald’s à cette adresse. De plus, une pétition citoyenne en ligne avait été lancée en février dernier s’opposant à ce projet. Un règlement pour interdire les restaurants avec service au volant près des cours résidentielles avait aussi été adopté par l’équipe de Mme Bourgeois, mais, n’étant pas rétroactif, le projet en question n’y est pas soumis.

Selon Mme Baril, en abrogeant la précédente décision, les élus de RDP-PAT ont retiré le seul levier en leur possession contre le propriétaire. « Sans surprise, le promoteur veut poursuivre l’Arrondissement. On pouvait s’y attendre avec ce genre de décision. C’est pour cela qu’il semble y avoir un besoin de reculer face à cette poursuite », affirme-t-elle.

Et puisque le projet est de plein droit, les conditions imposées par le Comité de démolition étaient le seul moyen d’améliorer les plans du propriétaire afin de réduire les nuisances pour les résidents du secteur. Celle-ci craint qu’il ne faille s’en remettre à la bonne volonté du promoteur pour instaurer les ajustements.

« Il y avait de très fortes chances qu’on perde, que ce soit défavorable, justifie de son côté Mme Rousseau-Bélanger. Et en tant qu’administration, on ne peut pas parier comme ça avec l’argent des payeurs de taxes. Parce qu’après, si on est à défaut, on doit payer une compensation financière qui probablement va être assez élevée, parce qu’on s’entend que c’est McDonald’s et qu’ils ont des assurances de rentabilité. On ne pouvait pas prendre ce pari avec l’argent des contribuables. »

Cette dernière rappelle que la décision de mardi dernier autorise aussi le directeur du Développement du territoire et des études techniques de l’Arrondissement à signer une entente avec le propriétaire visant à établir les conditions de réalisation du projet.

De plus, la question de la circulation sera au cœur des discussions entre l’Arrondissement et les citoyens dans les prochains mois, assure l’élue. La mise en place d’un « comité de bon voisinage » est aussi prévue, « pour s’assurer qu’on n’ait pas d’angle mort par rapport à ces enjeux-là, puis qu’on puisse apporter les ajustements nécessaires ».

Un projet « conforme à la loi »

Contacté par EST MÉDIA Montréal, le président du Groupe Immobilier Taillefer, Jean-François Taillefer, a souligné que son projet était de plein droit.

« Ce n’est pas une faveur que j’ai eue là; c’est le rétablissement d’une décision inappropriée de l’ancienne administration. Alors, j’ai pris des procédures contre la Ville. Et puis, les propres avocats de la Ville, si je comprends bien, j’en déduis qu’ils ont dit à l’Arrondissement : « vous n’avez pas de cause, parce que vous êtes contre la logique de la réglementation » », avance M. Taillefer.

Par ailleurs, celui-ci insiste sur le fait que la création d’un restaurant McDonald’s dans le secteur se fera « pour le bien de la collectivité. »

« Le McDonald’s en question va employer à peu près 65 personnes. […] Ce n’est pas trop mal qu’il y ait des jeunes et de jeunes retraités qui veulent continuer à faire un petit peu de sous. Ça évite aussi le problème des sans-abris, parce que c’est arrivé à plusieurs reprises que j’aie dû rebarricader la propriété », insiste M. Taillefer.

Celui-ci ajoute que les plans déposés devant l’Arrondissement prévoyaient déjà la construction d’un mur antibruit et de murs végétalisés.

               « Ça ne sera pas pire qu’une station-service avec un « car wash » ou avec un dépanneur » – Jean-François Taillefer, président du Groupe Immobilier Taillefer

De plus, la présence d’une chaîne de restauration rapide ne générera pas des nuisances sonores excessives, assure-t-il. « J’ai fait faire des tests de bruit et j’ai comparé avec le McDonald’s qui est en opération au coin de Sherbrooke et de Saint-Jean-Baptiste. Je me suis installé dans la ligne arrière du « McDo ». Je ne me rappelle plus le nombre de décibels exact, mais ça donnait disons 54 décibels en moyenne. Et sur le terrain de la 36e Avenue qui est actuellement inoccupée, quand le trafic passe d’autobus et de camions, ça revient à peu près à 54 décibels aussi », argumente-t-il.

« Les gens qui se trouvent à l’arrière du [futur] McDonald’s se trouvent dans une situation bien améliorée parce que le bâtiment actuel, qui pourrait être utilisé comme dépanneur ou débit de boisson en vertu du même règlement municipal, est bâti à peu près à 20 pieds des cours arrière des voisins. Cependant, le nouveau bâtiment va être collé sur la rue Sherbrooke, à peu près à 50 pieds plus loin », ajoute M. Taillefer.

Une longue saga

Le 9 décembre 2024, la Direction du développement du territoire et des études techniques de RDP—PAT a reçu une demande de permis en démolition visant un bâtiment commercial isolé situé au 13300, rue Sherbrooke Est, à PAT.

Trois avis d’opposition, datés du 19 et du 20 août 2025, ont été transmis à l’Arrondissement et soumis au Comité d’étude des demandes de démolition.

Le 27 août 2025, le projet a fait l’objet d’une décision du Comité de démolition en vertu de l’article 4 du Règlement régissant la démolition d’immeubles lors d’une séance publique. Des conditions sont alors imposées au propriétaire pour aller de l’avant avec la démolition de l’édifice présent sur le terrain.

Une demande d’appel a été interjetée par écrit par le propriétaire du bâtiment concerné le 22 septembre 2025, en vertu de l’article 28 du Règlement régissant la démolition d’immeubles. Un document justificatif a également été transmis par courriel le 26 septembre 2025.

L’équipe de la précédente mairesse avait aussi instauré à l’époque une réglementation pour interdire les restaurants avec service au volant près des cours résidentielles.

Le 3 février 2026, les élus de RDP—PAT ont voté à l’unanimité contre la demande d’appel du propriétaire.