
(Image tirée de la page Facebook des Bibliothèques de Montréal)
3 Décembre 2025Prix littéraires de Montréal : habiter l’est et s’en inspirer
Les finalistes du Grand Prix du livre de Montréal et du prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal, dont les gagnants seront dévoilés le 10 décembre prochain, ont récemment été annoncés. EST MÉDIA Montréal (EMM) a eu envie de rencontrer les nominés qui résident dans l’est de la métropole, afin de découvrir comment leur milieu de vie influence leur travail d’artiste au quotidien.

(Courtoisie Ville de Montréal/Catherine Braun-Grenier)
CATHERINE BRAUN-GRENIER, HUGO (Éditions Fonfon)
EMM : Qu’est-ce qui vous a amenée à vous établir dans l’est de Montréal, et qu’est-ce qui vous retient aujourd’hui dans votre quartier?
Catherine Braun-Grenier (CBG) : Cela fait déjà cinq ans que j’habite dans le secteur La Petite-Patrie et Plateau-Mont-Royal! Le mode de vie, un peu plus « de proximité », m’interpelait beaucoup. J’avais envie de profiter d’un peu plus de verdure et de l’aspect communautaire de ces quartiers.
EMM : En quoi votre environnement — les lieux, les gens, l’histoire ou l’atmosphère de l’est de Montréal — influence-t-il votre travail d’écriture ou d’illustration?
CBG : Dans mon livre Hugo, j’ai inclus plusieurs éléments qui rappellent l’est de Montréal, particulièrement les maisons de style « shoebox », ainsi que les mignons gazebos que l’on retrouve souvent dans les parcs. Je tenais à faire quelques clins d’œil à l’environnement que je côtoie au quotidien!
EMM : Y a-t-il un endroit précis de votre quartier (une rue, un café, un parc, un commerce) qui nourrit particulièrement votre créativité? Pourquoi?
CBG : Je profite souvent de balades au parc Laurier, ainsi que sur l’avenue Laurier Est pour me vider l’esprit. Rien ne bat une petite marche avec mon chien, afin de m’éclaircir les idées!
EMM : Comment percevez-vous l’évolution de l’est de Montréal ces dernières années, et quel regard portez-vous sur son identité culturelle actuelle?
CBG : J’aime profondément Montréal. Je souhaite réellement que l’on continue de pousser des modes de transports durables, ainsi que des services communautaires pour les citoyens. J’aimerais que de plus en plus de murales, espaces verts, espaces publics et pistes cyclables soient créés, un peu partout. Mon plus grand souhait est que ça continue ainsi.

(Courtoisie Ville de Montréal/Katya Konioukhova)
MAXIME BRILLON, AWARDS (Les Herbes rouges)
EMM : Qu’est-ce qui vous a amené à vous établir dans l’est de Montréal, et qu’est-ce qui vous retient aujourd’hui dans votre quartier?
Maxime Brillon (MB) : J’ai un cercle d’ami·e·s qui se passaient depuis plusieurs années les appartements d’un bloc sur la rue De Lorimier. On se partageait un jardin dans la cour avec un potager plein de tomates, de concombres, de fleurs et de fraises. On a récemment déménagé plus loin dans le quartier de Rosemont, dans un duplex avec ma belle-mère, parce qu’elle est tombée amoureuse de l’esprit de famille qui y régnait. Même si Rosemont est composé d’une multitude de sous-quartiers, ils partagent tous une certaine ouverture au voisinage, un souci de la mise en commun.
EMM : En quoi votre environnement — les lieux, les gens, l’histoire ou l’atmosphère de l’est de Montréal — influence-t-il votre travail d’écriture ou d’illustration?
MB : Étant maintenant à deux pas de la petite Ukraine, et ayant moi-même une grand-mère ukrainienne, une part de moi voudrait renouer plus profondément avec sa culture. Je l’avais fait avec la partie irlandaise de ma famille pour un autre projet; peut-être qu’un nouveau projet se dessine, ou à tout le moins, je suis prêt à m’enraciner dans un nouveau terreau.
EMM : Y a-t-il un endroit précis de votre quartier (une rue, un café, un parc, un commerce) qui nourrit particulièrement votre créativité? Pourquoi?
MB : Je suis plutôt casanier côté écriture – ça travaille mieux dans mon cocon -, mais si on parle de nourrir l’écriture au sens de remplir un ventre pour mieux écrire ensuite, je dirais le poulet frit du Pollo Gustoso (3396, rue Beaubien Est) et les sandwichs au kielbasa du Zytynsky’s Deli (3350, rue Beaubien Est).
EMM : Comment percevez-vous l’évolution de l’est de Montréal ces dernières années, et quel regard portez-vous sur son identité culturelle actuelle?
MB : Je n’y suis que depuis cinq, six ans, mais on ne peut pas se cacher que, comme beaucoup d’autres quartiers de Montréal, la gentrification et l’embourgeoisement font leur chemin. Les loyers augmentent, les appartements font des flips, les pizzerias et cafés remplacent tranquillement la diversité des commerces.

(Courtoisie Ville de Montréal/Chantale Lecours)
MÉLANIE BUJOLD-HENRI, DÉMÉNAGER AU CIEL (La courte échelle)
EMM : Qu’est-ce qui vous a amenée à vous établir dans l’est de Montréal, et qu’est-ce qui vous retient aujourd’hui dans votre quartier?
Mélanie Bujold-Henri (MBH) : Je suis dans La Petite-Patrie, c’est un quartier que je trouve à la fois calme et extrêmement vivant.
EMM : En quoi votre environnement — les lieux, les gens, l’histoire ou l’atmosphère de l’est de Montréal — influence-t-il votre travail d’écriture ou d’illustration?
MBH : Je ne peux pas créer dans l’instabilité, le chaos, le doute ou l’angoisse. J’ai besoin de sentir que je suis chez moi pour être créative : mes repères, mes points d’ancrage — les cafés du coin, les visages que je retrouve jour après jour, l’esprit familial qui règne ici — me placent dans les meilleures conditions pour écrire et créer.
EMM : Y a-t-il un endroit précis de votre quartier (une rue, un café, un parc, un commerce) qui nourrit particulièrement votre créativité? Pourquoi?
MBH : J’aime beaucoup le Café des Habitudes sur la rue Saint-Zotique : on y voit autant des bébés qui rient que des gens qui travaillent d’arrache-pied sur leurs écrans. Je m’y sens entourée, et sortir de ma solitude me motive à vivre et à avancer mes petits projets.
EMM : Que signifierait pour vous de remporter un prix littéraire montréalais en tant qu’auteur·rice/illustrateur·rice?
MBH : J’ai grandi à Longueuil, et mon père m’emmenait à Montréal comme si c’était l’Eldorado : la ville de tous les possibles, des rêves d’artistes. J’y suis arrivée à 18 ans et je m’y sens tellement chez moi aujourd’hui. Ce serait un honneur de sentir que la ville me renvoie cet amour.

(Courtoisie Ville de Montréal/Katya Konioukhova)
EVELYNE DE LA CHENELIÈRE, LES TRAITS DIFFICILES (Les Herbes rouges)
EMM : Qu’est-ce qui vous a amenée à vous établir dans l’est de Montréal, et qu’est-ce qui vous retient aujourd’hui dans votre quartier?
Evelyne de la Chenelière (EC) : Depuis trente ans, je vis dans Villeray. Je suis attachée aux familles dont j’ai vu les enfants grandir, je suis attachée à la proximité de la Petite-Italie et de Parc-Extension. Je suis attachée aux ruelles, aux écoles, au fait que je puisse marcher pour me rendre à mes lieux de travail.
EMM : En quoi votre environnement — les lieux, les gens, l’histoire ou l’atmosphère de l’est de Montréal — influence-t-il votre travail d’écriture ou d’illustration?
EC : Je crois que mes promenades dans le quartier nourrissent mon imaginaire et mettent ma pensée en mouvement. L’écriture se fait à partir, entre autres, de ce qui se dépose en moi quand je marche dans le quartier. Les silhouettes, les démarches, les formations de groupes, les parterres fleuris, les commerces, tout ce qui parle de l’humain et de sa manière de négocier avec le territoire m’inspire beaucoup.
EMM : Y a-t-il un endroit précis de votre quartier (une rue, un café, un parc, un commerce) qui nourrit particulièrement votre créativité? Pourquoi?
EC : J’adore le parc Jarry. C’est un lieu qui rassemble des gens et des familles très différentes les unes des autres. C’est un immense jardin que les gens investissent avec beaucoup de créativité. L’été, il s’y prépare des festins aux parfums délicieux par des groupes d’amis et des familles de toutes origines.
EMM : Comment percevez-vous l’évolution de l’est de Montréal ces dernières années, et quel regard portez-vous sur son identité culturelle actuelle?
EC : Je sens que les gens qui vivent dans la portion est de Montréal s’identifient à leur quartier, s’y engagent quand ils le peuvent. Le verdissement des dernières années en témoigne magnifiquement. La crise du logement et l’inflation en général sont évidemment préoccupantes. Je crois que la grande majorité des gens qui jouissent d’une sécurité sont de plus en plus sensibles à ceux et celles qui n’ont pas ce privilège.
EMM : Que signifierait pour vous de remporter un prix littéraire montréalais en tant qu’autrice?
EC : Je serais portée par un tel prix, parce que je crois sincèrement que Montréal me constitue en partie, et que c’est dans tous ses détails et ses dédales que la ville m’inspire au quotidien et fait de moi l’écrivaine que je suis.

(Courtoisie Ville de Montréal/Chantale Lecours)
JEAN-GUY FORGET, DÉMÉNAGER AU CIEL (La courte échelle)
EMM : Qu’est-ce qui vous a amené à vous établir dans l’est de Montréal, et qu’est-ce qui vous retient aujourd’hui dans votre quartier?
Jean-Guy Forget (JGF) : Je suis né à Pointe-aux-Trembles et j’ai passé la majorité de mon enfance et de mon adolescence dans le quartier Mercier-Ouest, près de la Garnison Montréal. Malgré l’embourgeoisement progressif du quartier et bien que je n’y réside désormais plus, ce quartier aura toujours une place importante dans mon cœur, ses bâtiments et ses visages ayant formé la tapisserie de ma jeunesse.
EMM : En quoi votre environnement — les lieux, les gens, l’histoire ou l’atmosphère de l’est de Montréal — influence-t-il votre travail d’écriture ou d’illustration?
JGF : Mon second livre, Pleure pas, Cadillac (Del Busso 2019), portait spécifiquement sur mon expérience du quartier et comment celle-ci a influencé qui je suis devenu. Je crois qu’il est impossible de dissocier mon quartier et ma classe économique d’émergence, qui ont donné forme et structure au point de vue qui guide mon écriture. Je suis le produit des conditions qui m’ont façonné et cela inclut le quartier que j’ai connu, même si le paysage a grandement changé. La rue Cadillac m’habite encore et est synonyme pour moi de ce qui m’a construit. Ses changements m’ont fait comprendre comment un quartier vit et évolue.
EMM : Comment percevez-vous l’évolution de l’est de Montréal ces dernières années, et quel regard portez-vous sur son identité culturelle actuelle?
JGF : L’embellissement des espaces publics ne camoufle pas la violence de voir une nouvelle classe économique plus aisée s’installer dans le quartier et changer son visage. Lorsque je visite le quartier (ce qui m’arrive toujours plusieurs fois par mois), je ne peux que ressentir un inconfort à l’idée que ce quartier devienne de moins en moins accessible à celleux qui y ont toujours résidé.







